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Le Kalesaka Conte populaire de Norvège Format imprimable  Format imprimable (pour imprimer le conte)

Le désir têtu me démange, l'envie me trotte la cervelle d'aller entonner la chanson, bouche parée pour le chant mage égrenant le dit de ma gent, la rune enchantée de ma race.

 

Les mots me fondent dans la bouche, grains de gorge, pluie de paroles, ils se ruent, torrent sur ma langue, ils s'embruinent contre mes dents.

 

Petit frère, mon frérot d'or, mon beau compagnon de jeunesse! Fais-moi compagnie pour le chant viens-t'en me joindre au jeu des runes car nous sommes ce jour ensemble après maint jour en d'autres bords! Rare est le jour qui nous rassemble, le temps que nos chemins se croisent en ces confins de pauvres terres, champs de Norois, terres piteuses.

 

Topons çà la main dans la main, doigts glissés par entre les doigts pour entonner la chanson bonne et bailler la rune meilleure, la foule d'or pourra l'entendre pour savoir, la flopée curieuse, ceux de la jeunesse levante, haute pousse, les ouailles belles : Ce sont les mots de l'héritage, runes tournées au baudrier du vieux Väinämöinen, sous la forge d'Ilmarinen, l'épée de Lemminkäinen, l'arc de Joukahainen au fin fond des champs de Pohja, les landes du Kalevala.

 

Mon père les chantait jadis en taillant un fût de cognée, ma mère les a dévoilés quand elle torsait la quenouille, moi le marmot sur le plancher je tournaillais dans ses jupons, méchant moutard, barbe de lait, tout menu, bouche en caillebotte. Sampo ne fallait point de mots ni Louhi de sortilèges : Sampo est mort de mots bavards et Louhi de ses charaudes1, Vipunen creva dans ses rimes et Lemminkä dans ses goguettes.

 

Or je sais tant d'autres paroles, secrets appris par devinades : ripés sur le bord des chemins, cueillis dans la brande aux bruyères, dans les fourrés, griffe, brindille, racle ramille à la ramée, tous grattés au ras des fenées, tous agrippés dans la cavée quand j'allais la sente en berger, gamin, aux pasquiers du bétail dans les touffes coiffées de miel, par les buttes, les cimes d'or derrière Muurikki la noire, avec Kimmo, la panse caille.

 

Le froid m'a fredonné la rime et la pluie m'a versé les runes. Le vent m'a soufflé d'autes chants, la houle en mer les a drossés. Les oiseaux picoraient les mots, mainte parole en cime d'arbres. J'en ai roulé mon écheveau, serrés, noués, belle pelote. J'ai mis l'écheveau sur ma luge, la pelote au fond du traîneau. J'ai tiré la luge au logis, mon traîneau devant le hâloir ; j'ai tout mis dans la banne en bronze, au bout du chafaud du grenier,

 

Ils ont vu le froid des semaines, long temps nichés sous le chagrin. Vais-je tirer mes chants du froid, puiser mes runes fors le gel, porter la bannette au logis, le boissel, dessus l'escabeau sous la faîtière au grand renom, belles poutres, le bon abri ?

 

Je déclos le coffre des mots clenche lâche, l'arche des runes, je tire le bout du lisseau, j'ouvre le noeud de l'écheveau ? Je peux chanter la rime bonne, je la chantonne toute belle pour une miche en mie de seigle et la bière brassée de l'orge.

 

Quand on ne baille point de bière ni la godaille* à pleine chope, je chante de bouche plus maigre, je dis la rune à gorgée d'eau pour la joie de notre veillée je salue ce jour mémorable et je dis les joies à venir, l'aube d'une aurore nouvelle.

 

Ainsi jadis j'ai donc ouï dire telle rune, par bon savoir : les nuits nous viennent seules, noires, les jours lèvent seuls, soleils pâles, tout seul Väinämöinen un jour est né, barde sans âge par le ventre de la porteuse, Ilmatar, la mère du monde. La vierge vit, fille du ciel, dame belle de la nature.

 

Elle vit pure des semaines, jour et jours en vie de pucelle dans les plessis larges du ciel, plessis larges, l'enclos de plaine. Elle se languit chaque jour, peine étrange, elle vit d'ennui, toujours seule à couler ses jours, elle vit, pucelle sans rire, dans les plessis larges du ciel, plessis larges, plaine béante.

 

Lors elle trotte vers l'aval, elle descend dessus les vagues sur la mer à l'échine claire, le grand largue, la houle ouverte. Vient le vent par grande rafale, l'air mauvais levé du levant ; il dresse la mer en remous, la chahute en vagues rageuses.

 

Or donc le vent berce la fille, la vague drosse la pucelle sur les reins bleus tout à l'entour, par les vagues coiffées d'écume : lui vente un feton dans le ventre, la mer engrosse la pucelle. Elle porte le feton dur, peine lourde, son ventre plein, année sur année, sept centaines, le temps de vie de neufs gaillards ; mais point de naissance à venir, le feton de rien ne choit guère.

 

La vierge va, mère de l'eau. Nage au levant, nage au ponant, nage au norois, jusqu'au midi, par tous les rivages du ciel, giron taraudé par le feu, peine lourde en son ventre plein ; mais point de naissance à venir, le feton de rien ne choit guère. La pucelle roule en sanglots, parle en sanglots, gémit ces mots :

 

"Ô misère, jour de mes jours, quelle menée, fille de guigne! Me voici mise en male route : toute ma vie dessous de ciel balancée par le grain du vent drossée par la houle en dérive sur ces eaux grandes, grosses vagues, les remous du roulis profond !

 

"Je saurais des jours bien meilleurs à vivre en pucelle du ciel, des jours meilleurs que cette vie, mère des eaux pour la dérive : ici ma vie est de froidure, âpre sente et chemin de peine, et les vagues sont mon logis, les trouées d'eau mes routes larges.

 

"Ô Ukko, Dieu dessus les dieux, ô toi qui portes tout le ciel ! Viens -t'en pallier à mon besoin, à grand-hâte quand je t'appelle !

 

"Tire la fille de ses crampes, la femme aux tortis de son ventre ! Viens-t'en vite et céans t'en cours, le besoin me presse et me froisse !"

 

Le temps passe, une poudrée d'âge, un filet de temps s'est sauvé.

 

Vient le milouin, vol droit, bec bleu, l'oiseau vole sa haute brasse, il cherche la place d'un nid, un coin de terre où nicher. Vole au levant, vole au ponant, vole au norois, jusqu'au midi.

 

Ne trouve nul coin pour son nid, nul brin de terre même pire pour y brindiller se nichée, et prendree gîte après le vol. Il vole ici, il voltige là, lors le milouinan parle au vent !

 

"Ferai-je ma cabane au vent, sur les vagues, mon beau logis ? Le vent va verser ma cabane et la vague rouler mon gîte."

 

En ce temps la mère des eaux, dame de l'eau, vierge du ciel, lève son genou de la mer, son épaule dessus les vagues pour la nichée du milouin bleu, le doux logis pour le plongeur.

 

Le milouin, bec bleu, bel oiseau, plane par-ci, voltige là.

 

Il voit le genou de la femme, à fleur de la mer aux reins bleus, le prend pour un toupet de foin, motte de tourbe toute fraîche.

 

Il lisse son vol, lance l'aile, se pose à la fleur du genou, sitôt là brindille son nid, il pond ses oeufs, coquilles d'or : six oeufs, les coquilles sont d'or, le septième est un oeuf de fer.

 

Il se met à couver ses oeufs, il chauffe la fleur du genou.

 

Il couve le jour, couve deux jours, tantôt trois jours il a couvé.

 

Or déjà la mère des eaux, dame de l'eau, vierge de l'air, sent le feu mordre son genou, la braise en hargne sur sa peau, cuidant que le genou lui brûle, et les veine chauffées lui fondent.

 

Elle chahute son genou, elle ébroue sa jambe en secousses : les oeufs dégringolent dans l'eau, versent tous à la vague en mer, ils sont brisés, gerbes d'écailles, jonchées d'esquilles fracassées.

 

Les oeufs n'iront point à la vase, aux remous de l'eau les écailles.

 

Les débris prennent bonne allure, les morceaux muent en belle mine :

 

La coquille basse de l'oeuf sera la terre, coque basse ; la coquille haute de l'oeuf sera le ciel, la voûte haute ; la mie haute du feton jaune sera le soleil, feu du jour ; la mie haute de l'étui blanc, ce sera la lune en lueur ; les points diaprés sur la coquille seront les étoiles du ciel ; sur la coque les tâches noires feront les nuages dans l'air.

 

Le temps passe, le temps s'avance, les années chassent les années sous le feu du soleil nouveau, les lueurs de la lune neuve.

 

La mère de l'eau nage encore, dame de l'eau, vierge de l'air, nage toujours par les eaux calmes, dans les houles coiffées de brume, devant elle la vague molle, et devers elle le ciel clair.

 

A l'orée de l'année neuvième, or dès le dixième estivage, elle lève son front de l'eau, haute proue par-dessus la mer.

 

Elle commence les genèses, elle engendre ses créations, sur la mer à l'échine claire, le grand largue en plaine béante.

 

Elle tourne la main par-ci, ce sont des caps à sa caresse ; elle boute son pied par-là, les fosses pour le frai se creusent ; elle gauille la vague en bulles et ce sont les gouffres profonds.

 

Puis courbe ses reins vers la terre : ce sont les rives, grèves lisses ; se retourne pieds contre terre : ce sont frayères de saumons ; pose sa tête contre terre : ce sont les baies, bâillées de terre.

 

Lors elle nage loin de terre, elle fait halte vers le large : ce sont les récifs de la mer, les brisants cachés sous la vague pour le naufrage des navires, la malefort pour les marins.

 

Ainsi les îles sont brossées, les récifs piqués sur la mer et fichés les piliers du ciel, terres, contrées sont déparlées, les traits sont tracés sur les pierres, lignes marbrées dans la rocaille.

 

Or mais Väinämöinen n'est point né, le barde sans âge.

 

Le vieux Väinämöinen va dans le ventre de sa mère depuis tantôt trente estivages, autant d'hiver qu'il s'en dérive par les eaux calmes, la bonace, sur les vagues coiffées de brume.

 

Lors il pense, le sage, il songe pourquoi demeurer, comment vivre dans sa cachette fourrée d'ombre, dans son gîte voûté d'angoisse où jamais il n'a vu la lune ni perçu les grains de soleil.

 

Il parle de haute parole ainsi chante les mots qui suivent :

 

"Lune et soleil, vite, à mon aide, Grande Ourse, sois-moi bonne guide que je passe la porte obscure, loin de la barrière étrangère, le petit nid de maigre couche, ma demeure voûtée d'angoisse !

 

"Tire à terre l'homme de route, l'enfant de l'homme, sous le ciel, qu'il regarde la lune au ciel, le soleil aux rayons de joie, qu'il vienne apprendre la Grande Ourse et reguigner vers les étoiles !"

 

Or la lune faillit à l'aide, le soleil faut à délivrer ; jour après jour il se languit, vie d'ennui, longs jours de souffrance : il hoche à hue l'huis du fortin par le doigt menu, le sans nom, il huche à dia le loquet d'os par un orteil de son pied gauche ; passe le seuil à grippe griffe, à genouillons par l'huis du porche.

 

Lors il dévale vers la mer, tête et bras roulant à la houle ; bonhomme reste au creux des vagues, parmi les roulis, le gaillard. Cinq ans vaque, cinq ans dérive, cinq années, six années tantôt, puis l'an septième, et le huitième.

 

Il se dresse enfin sur l'eau grande, vers le cap aux rives sans nom, terre ferme, terre sans arbres.

 

Il se hisse, genoux à terre, se cambre à la force des bras : il est debout pour voir la lune, pour s'ébahir au pied du jour, il suit les voies de la Grande Ourse et ses yeux boivent les étoiles.

 

Ainsi Väinämöinen a vu le jour, le barde brave, par le ventre de la porteuse, Ilmatar la mère du monde.









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Isabelle de contes.biz