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la naissance de petit lion  Format imprimable  Format imprimable (pour imprimer le conte)

Golo le Singe s’agite comme un fou. Ses bras, ses jambes bougent en tous sens, ses mains tapent en cadence sur le gros tam-tam royal, caché dans l’ombre des buissons, derrière le palais. C’est que sa mission est de la plus haute importance et qu’il est très fier d’en avoir la charge. Le Roi des nimaux, Gaïndé le Lion, lui a ordonné d’annoncer à toute la brousse la naissance de son premier fils : Petit Lion est né pendant la nuit et sa Majesté le Roi veut que chacun dans son royaume le sache et s’en réjouisse.

Voilà donc pourquoi Golo tape, tape depuis l’aube, tous les doigts douloureux d’avoir frappé le bois dur. Le message s’envole dans la savane et le vent léger qui l’emporte courbe l’herbe sèche et les épineux. Il caresse les arbres de la forêt où les parents de Golo font leur toilette matinale, et où les oiseaux sont cachés au plus épais des feuillages. Il s’introduit dans les terriers sombres et frais où sont tapis les animaux pour échapper à la chaleur du jour... Enfin il ricoche sur l’eau de la rivière dont la calme surface n’est troublée que par la bosse de l’oeil du crocodile ou la grande mâchoire rose et noire de l’hippopotame.

Que dit le message du tam-tam ?

"Oh vous tous, mes fidèles sujets, réjouissez vous de la naissance de mon fils, Petit Lion aux yeux bleus. En l’honneur de sa venue au monde, je vous offre une grande fête. Je présiderai à cette occasion un concours de danse et un très beau prix récompensera le vainqueur. Comme il est d’usage, chacun de vous, mes fidèles sujets, tiendra à offrir un cadeau à mon fils. Mais Ma Majesté désirant bâtir une case pour le Prince héritier, je vous demande d’apporter en présent ce qu’il faut pour cette construction. Ainsi la maison de Petit Lion s’élèvera vite, et sous son ombre, j’assisterai au concours de danse. Venez nombreux et réjouissez-vous !"

Tel est le message que le vent porte à travers la brousse surchauffée. Golo, après avoir tant et tant tapé, tombe enfin épuisé sur le sol, bras et jambes écartés et s’endort comme une masse.

Toute la brousse s’anime joyeusement. les animaux ont entendu et s’affairent à trouver leur cadeau. Puis ils se mettent en route dans leurs habits de fête. Chacun transporte son paquet et c’est parfois bien lourd et bien loin sous le soleil de midi. Galopant, courant, volant ou sautant, ils atteignent enfin le palais du Roi. Dans la soirée, tous sont arrivés.

Girafe, qui garde la famille royale, est là avec de grosses bottes de paille destinées au toit de la case. Chacal et hippopotame tiennent de longues branches bien droites qui serviront de poutres. Yacine le Crocodile, tout essoufflé d’avoir quitté la fraîcheur de l’eau, se dandine sous le poids des sacs de terre qu’il a remplis en grattant la berge de la rivière. Gneye l’Éléphant lève haut sa trompe gonflée d’eau : il soufflera une pluie de gouttelettes pour humidifier la terre sèche. Ainsi pourra-t-on fabriquer de beaux murs ronds et épais en tassant cette boue, et déposer le toit par dessus. La Mangouste ploie sous les pierres plates destinées au foyer de la case. Serpent arrive sans se presser, c’est lui qui dirigera les travaux grâce à son sifflet puissant. Quant à Bouky l’Hyène, la plus bête et la plus avare de la savane, elle n’a su apporter que quelques pièces d’or pour aider le Roi à payer à boire à ses sujets...

Dès son arrivée, chacun se met au travail, espérant que le Roi remarquera sa force ou son habileté. La case s’élève peu à peu dans la nuit et au petit matin, la voici terminée, brillante et neuve dans les premiers rayons du soleil.

Et Leuk le lièvre, me direz-vous ?

Leuk est arrivé bon dernier, en gambadant, léger, léger, car il ne portait rien. Il va de l’un à l’autre, s’agite, offre à boire, pique Golo pour le réveiller et le mettre au travail, conseille à l’Éléphant de bien diriger la pluie de gouttelettes de sa trompe, tire la queue du Serpent pour qu’il siffle plus fort... Bref Leuk est partout, mais il ne fait rien, rien de rien, si ce n’est un petit somme dans un coin quand il se sent fatigué. Dans la nuit noire et sans lune, il croit que personne ne s’est aperçu de sa paresse.

Et pourquoi Leuk ne travaille-t-il pas, alors que tous ses amis de la forêt et de la savane peinent comme des fourmis pour terminer la case à temps ? Leuk est un grand malin, le plus grand malin de la brousse. Il sait qu’au matin débutera le concours de danse et que tous les animaux seront si épuisés de leur travail de la nuit précédente qu’ils n’auront plus la force de bouger. Et lui, tout reposé, il gagnera sûrement le prix !

Mais Leuk le rusé a oublié une seule chose : c’est que les serpents voient dans la nuit la plus noire. Leurs yeux ronds, verts et jaunes, percent l’obscurité et aucune ombre n’existe pour eux. Serpent a donc bien observé les ruses de Leuk et l’a même vu dormir discrètement à plusieurs reprises. Et Serpent a une intelligence aussi aiguë que son sifflet : il jure de punir ce grand paresseux qui tant de fois lui a joué des tours...

Il fait grand jour à présent, tous les oiseaux de la brousse sont perchés dans le fromager sacré et chantent en l’honneur de Petit Roi. Celui-ci se lève sur ses pattes chancelantes et guidé par son père le Roi, vient s’installer dans sa belle case neuve. Tous les animaux applaudissent, malgré les membres fatigués, les ampoules, les échardes et les pattes tordues. Ils ont épousseté leurs habits de fête et s’apprêtent à danser l’un après l’autre, au rythme du tam-tam. Car tous voudraient gagner le concours et recevoir un riche cadeau.

Le premier dans la danse est bien sûr Leuk, léger, léger comme le vent et les pattes alertes. Il recueille beaucoup d’applaudissements et même Gaïndé le Lion, qui pourtant se méfie de lui, lui accorde un sourire. Puis vient Girafe qui courbe son long cou, en dandinant son corps en cadence.

Mais tout à coup, elle pousse un hurlement : sa patte est transpercée d’une longue épine et elle a affreusement mal. Elle sort en clopinant pour aller se soigner... Elle a perdu ! Et qui a placé cette longue épine ? Mais Leuk, bien sûr, pendant sa danse...

Puis arrive le tour de Bouky l’Hyène, fatiguée et affamée, mais dont les poches tintent encore de quelques pièces d’or qui sonnent agréablement aux oreilles du Roi. Leuk s’approche d’elle :

- Ma pauvre Bouky, tu es bien pâlotte ce matin, que t’arrive-t-il ?Tu ne vas pas pouvoir danser !

- C’est que j’ai si faim Leuk. Tiens, regarde le trou dans mon ventre, j’ai tellement travaillé cette nuit.

- Bouky, tu es mon amie, si tu veux, je te donnerai une gorgée de ce miel plein de vitamines. Regarde, j’en ai un pot à ma ceinture en cas de fatigue.

- Ah Leuk, merci.







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Isabelle de contes.biz