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Petit moineau est déjà grand  Format imprimable  Format imprimable (pour imprimer le conte)



Rocco se décida à approcher des trois merveilles qu’il avait épiées depuis des mois. Aujourd’hui, c’est le grand jour, se disait-il pour s’encourager. Le ciel était clément, le soleil du printemps réchauffait l’air. Il s’était baigné dans une flaque laissée par la pluie de la veille et son plumage brillait et lui donnait fier allure.
Rocco tournoya longtemps en décrivant des cercles autour de ses belles. Elles l’observaient et commentaient bruyamment le séducteur acrobate. Soudain, elles se turent, fascinées par le vol piquet et l’atterrissage en douceur du maestro.
Rocco lissa ses plumes ébouriffées pour conserver une allure présentable. Il voulait mettre toutes les chances de son côté, lui, le petit moineau des cités osant approcher ces trois demoiselles perruches venant des îles et au plumage de couleurs si chatoyantes. Ses copains avaient bien tenté de le dissuader, mais il n’avait écouté que son désir.
Il lança un « bonjour, mesdemoiselles » sonore et qui retentit longuement. Simultanément, il fut pris d’une angoisse terrible de les avoir effarouchées. Les trois grâces se mirent aussitôt à parler toutes les trois en même temps, dans un vacarme assourdissant qui le déconcerta.
« Monsieur, je vous demande de cesser de nous importuner. Mes soeurs et moi-même sommes très désappointées de votre visite. Aussi, je vous demande de quitter les lieux instamment ».
C’était la Bleue qui avait parlé ainsi. « Importuner, désappointées, instamment », Rocco ne comprenait rien à ce langage.
Il les observa un moment. La Bleue qui se tenait toujours bien droite, étirant son cou et se déplaçant de manière saccadée. Il la surnomma in petto « la psychorigide ». La Jaune, plus massive, qui mangeait tout le temps, dormait souvent et qui, dans un état soudain d’agitation intense, mordillait pendant des heures les barreaux de leur cage. C’était la maniaco-dépressive. Enfin, la Blanche. Ah, la Blanche ! Quelle merveille ! Réservée, timide peut-être, espiègle parfois, triste sûrement. Il ne se lassait pas de la contempler. La blancheur de son teint le ravissait. Il lui avait déjà donné un nom depuis longtemps « Ma Douce ».
Tout à sa contemplation, il avait complètement oublié la requête formulée par la psychorigide. Il annonça : « Je me présente, je m’appelle Rocco, pour vous servir ! ». Indignation et cris de la Bleue, regard en coin espiègle de « Ma Douce » et redoublement compulsif des morsures des barreaux de la Jaune.
« Permettez que je poursuive, mesdames. Je m’exerçais, comme chaque jour, avec mes amis à perfectionner mes vols, quand, pour la première fois, j’ai entendu vos cris. Ils me sont allés droit au cœur. Je vous ai localisées et, misère ! Qu’est-ce que je vois ? Trois de mes congénères dans une cage ! J’ai aussitôt conçu le dessein de vous libérer. Cette idée ne me quitta plus, renforcée par la vision angélique et envoûtante de votre aimable personne, Madame, dit-il en posant son regard sur la Blanche. Certes, je ne suis qu’un banal moineau des cités, destiné, comme tous les siens, à un destin tout tracé. Pourtant, grâce à vous, j’ai senti naître au fond de mon cœur une émotion d’amour fraternel si forte que ma vie en a été complètement chamboulée. Acceptez et je vous libèrerai de votre servitude. Mes amis et moi-même sommes prêts ».
La discussion s’anima crescendo entre les trois perruches. La psychorigide refusa catégoriquement. Elle avait vécu toute sa vie en cage et ne comprenait pas qu’on puisse imaginer chercher la liberté à l’extérieur. La maniaco-dépressive, au plus bas, jurait que la vie ne valait pas d’être vécue et que, de toute manière, si on la libérait de sa cage, elle ne serait toujours pas libérée d’elle-même et que, donc, elle se suiciderait. La Blanche hésita longuement, réfléchissant, pesant le pour et le contre et déclara vouloir être libre, comme un oiseau. Pourtant, l’ombre de la culpabilité commença à planer sur son cœur. Allait-elle abandonner ses sœurs d’infortune pour voler vers la liberté ?
Une forme noire s’approcha de tout notre petit monde et, dans un miaulement et un coup de patte, ouvrit la cage et s’enfuit en crachant.
Que pensez-vous qu’il advint ? La maîtresse de maison arriva et emporta la cage !








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Isabelle de contes.biz