Valérie Bonenfant
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Un conte sur une passion…dévoreuse de temps !
Le tricot, même pour une araignée et ses huit pattes, c’est long !
Alors, quand celle-ci est invitée à un anniversaire, c’est tout juste si elle se trouve prête à temps…
Zut ! Et le cadeau pour son amie ? Elle n’a rien prévu…
Heureusement, son ouvrage est là !
Amandine était une araignée qui s’était trouvée une passion pour le tricot. Certes, comme toutes les araignées, elle savait tisser et s’était fabriquée déjà plusieurs toiles…
Mais le tricot, c’était différent : le maillage était plus serré, plus fin, il fallait passer le fil d’un côté puis de l’autre, en les entremêlant, suivant un rythme précis. C’était beaucoup plus de travail et de réflexion.
En ce moment, son ouvrage était une superbe chaussette pour mettre à l’une de ses pattes. Une maille à l’envers, une maille à l’endroit, passe le fil… Amandine récitait son tricot à voix haute, mécaniquement, en le réalisant.
C’était une concentration de tout son être qui la captivait et que rien ne venait déranger. Pourtant, il y eut des tentatives.
-« Amandine, viens jouer avec nous ! Nous allons faire une partie de cache-cache dans le labyrinthe des fils… » proposa Valentine.
Amandine n’entendit même pas. Valentine répéta sa proposition, à plus haute voix, mais sans plus de succès.
Une autre fois, ce fut sa maman qui était venue la chercher.
-« Amandine, si tu venais manger sur ma toile… J’ai capturé un superbe moustique, et je pensais le cuisiner en civet, le plat que tu préférais quand tu étais petite… »
Amandine fit non de la tête, tout en continuant de réciter son chapelet : une maille à l’envers, une maille à l’endroit, passe le fil…
Zut alors ! Pas de succès pour le civet de moustique. Tant pis, elle le mangerait toute seule !
Amandine en était à la moitié de sa chaussette qu’une autre proposition lui parvint, cette fois sous la forme d’une lettre :
-« Amandine, je t’invite à mon anniversaire, le samedi 20 février, sur ma toile, pour une super mega giga fête… Signé : Solange »
Aïe, là, ça se corsait. Solange était son amie, et rater son anniversaire, devenait plus difficile. Toutefois, il lui restait encore quelques jours avant l’évènement. Alors, avec un peu de chance, elle aurait fini son tricot en cours, et avant d’en démarrer un autre, elle calerait l’anniversaire au milieu, ce qui serait moins pénalisant.
Cette perspective la motiva pour avancer dare-dare son ouvrage. Le monde pouvait maintenant s’écrouler, rien ne la détournerait de son tricot !
Le 19 février, il lui restait encore tout un bout de patte à faire. Elle accéléra la cadence : une maille à l’envers, une maille à l’endroit, passe le fil… C’était saccadé, mécanisé, accéléré…
Enfin, il ne manquait plus que le bout des orteils. Elle y travailla, acharnée, toute la nuit, répétant inlassablement son refrain.
Au petit matin, le rythme était plus lent, à cause de la fatigue, mais ce n’était pas grave, d’ici quelques tours, elle aurait fini.
Enfin, à l’heure où les autres enfants prennent leur petit déjeuner, elle mit un nœud final à son ouvrage. Ouf ! Quel travail, enfin c’était fini…Contente d’elle, elle tomba dans le sommeil, brutalement.
La pauvrette était tellement fatiguée qu’elle ronfla, ronfla et ronfla encore… Le temps passait, l’heure de l’anniversaire approchait qu’elle dormait toujours. Zut, aucun réveil qui ne vint la réveiller pour lui dire que le moment était venu, qu’il fallait y aller, que sinon, elle allait rater la fête.
Le 20 février au soir, Amandine se réveilla enfin, dans un grand bâillement.
-« Mais… On dirait qu’il fait nuit… Quelle heure est-il… Oh mince, je suis en retard à l’anniversaire de Solange ! »
Branle-bas de combat ! Elle se prépara.
-« Et mon cadeau, je ne lui ai rien pris… Mince… Ah mais si, la chaussette ! »
Amandine l’emballa dans une jolie feuille dorée et partit vite chez Solange.
Quand elle arriva, elle vit les nombreuses lucioles venues éclairer les lieux, et entendit la musique des criquets. La fête battait son plein. Elle trouva Solange. Celle-ci l’accueillit avec chaleur.
-« Enfin, mon Amandine, tu es là ! Je commençais à désespérer de ta présence, mais tu es venue, c’est le principal… »
-« Bon anniversaire, ma Solange ! Et, voilà pour toi ! »
Elle lui offrit le cadeau :
-« Oh, la belle chaussette ! Quelle merveille ! Je m’en vais l’essayer tout de suite… Comme elle me chausse bien ! C’est trop génial ! Quelle bonne idée ! Et je me sens si bien dedans, ma petite patte y est tout au chaud, c’est super ! Dis-moi, est-ce toi qui l’a faite ? »
Amandine confirma.
-« Oh mais alors, je vais pouvoir avoir les autres assorties… Oh, s’il te plaît, dis-moi oui… » implora Solange.
Amandine opina du chef, d’abord vivement, puis de moins en moins fort. Elle venait de réaliser que des chaussettes pour Solange, il en fallait encore sept, pour chacune de ses pattes… Plus les huit pour elle… Soit quinze au total… Fichtre, quel travail !
Vu sous cet angle, le tricot l’inspira beaucoup moins…
-« Finalement, non, Solange… Tu vas être l’heureuse propriétaire d’une pièce unique faite main. Une œuvre d’art en somme… Sans équivalent au monde… »
Solange se dit qu’entre posséder une oeuvre d’art, fusse-t-elle une chaussette, et avoir huit pattes au chaud, elle préférait l’art…
Sur ces entrefaites, elles partirent toutes deux rejoindre la fête, en riant.