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Annie Croche

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Valérie Bonenfant
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L’école doit-elle primer sur tout ? Ce conte répond : non !
Sous prétexte qu’elle entre à l’école, les parents d’Annie lui remplacent sa chère harpe, devenue encombrante, par un bureau tout neuf, où elle pourra faire ses devoirs.
Une belle surprise pour la petite, pensent-ils… Mais c’est raté : elle est furieuse !

Annie Croche était une petite fille très douée pour la musique. L’instrument dont elle adorait jouer, était la harpe. Dans sa chambre, celle-ci occupait une place de choix : au milieu, confortablement installée sur le tapis, le dos à la fenêtre, où les rayons du soleil venaient lui caresser doucement les cordes, à côté du lit de sa chère maîtresse, à qui elle réservait ses plus belles notes.
Annie lui disait bonjour le matin d’un la, partait à l’école avec un fa, et rentrait joyeusement la retrouver avec un concert de ré mi do qui n’en finissait plus. Tous les jours, toutes les deux avaient plaisir à se retrouver.
Un jour, quand la petite fille rentra de l’école, elle eut une surprise. Sa chère harpe avait été déplacée. A sa place, dans un coin, siégeait un beau bureau en bois clair, le dessus lisse comme un sou neuf.
-« Un cadeau pour toi, ma chérie ! » dit papa Croche, « tu es grande maintenant, alors il te faut un beau bureau où tu pourras bien faire tes devoirs… »
-« Regarde, il y a même des tiroirs roses pour ranger tes stylos préférés… » ajouta sa maman.
Ça alors ! Ce morceau de bois sans intérêt avait détrôné sa chère compagne harpe !
-« Où est-elle ? » demanda, avec agressivité, la petite.
-« De qui parles-tu ? » demanda, innocemment, le papa.
-« Chérie, ta chambre est trop petite… Nous ne pouvions conserver les deux… Tu en auras moins l’utilité maintenant que tu vas devoir travailler pour l’école… Nous l’avons descendue à la cave. » ajouta la maman.
Quoi ? Sa chère harpe à la cave ! Comment avaient-ils osé, les monstres ?
Vite, elle descendit les escaliers, quatre à quatre, pressée de sortir son instrument de ce piège à rats. Arrivée en bas, elle la caressa, tendrement.
-« Ne t’inquiète pas, ma belle… » lui dit-elle, en jouant un sol consolateur, « je te ramène chez nous… Et crois-moi, ce gros machin en bois va te faire de la place… »
Hardiment, la petite remonta son instrument dans les escaliers. De retour dans sa chambre, elle toisa ses parents, d’un air courroucé. Ah… Voilà ce que cela cachait leur : « tu es devenue une grande fille, maintenant… Tu vas aller à l’école… Tu vas travailler et avoir des bons points… ». Tous leurs propos lui revenaient en tête. Hé bien, si c’était à ce prix qu’elle devait devenir grande, elle préférait rester petite, avec sa chère harpe… Ses parents la regardèrent, consternés.
-« Mais, tu ne vas plus pouvoir bouger dans ta chambre, avec ce gros truc au milieu… » constata le papa.
-« M’en moque ! Z’avez qu’à enlever le bureau ! » répliqua la petite, d’un ton boudeur.
-« Voyons chérie, le bureau, il te le faut absolument… » raisonna la maman.
-« Ma harpe aussi, il me la faut ! Alors, si l’un des deux doit déménager, c’est lui qui part ! » rétorqua la petite, déterminée, en montrant le bureau.
Pour un raté, c’était réussi ! Ça commençait bien l’école ! Au lieu de lui donner envie d’y aller par un soi-disant beau cadeau, voilà qu’ils la dégoûtaient, avant même d’avoir commencé…
-« OK Trésor, je crois que nous nous sommes trompés… Ta harpe est précieuse pour toi… Ne t’inquiète pas, nous allons trouver une solution où tu pourras la garder… » la rassura la maman.
Bientôt, le bureau lisse disparut. Ouf ! Bon débarras ! Cette grande surface vide ne lui avait pas plu du tout… L’école obligeait-elle vraiment à avoir un grand meuble comme ça ?
-« Je pourrais faire mes devoirs sur la table de la cuisine… » proposa Annie, avec bonne volonté.
-« Oh non… J’y prépare à manger et c’est souvent sale… On risquerait de tâcher tes devoirs… » objecta la maman.
-« J’ai peut-être une idée… » lança le papa Croche.
Et il partit s’enfermer dans son garage. On entendit des Bang, des Boum, des Zring, des Fliches, et aussi des Aïe, des Ouille, et même un vilain gros mot, pourtant interdit à la maison. Quelle était donc cette idée géniale qui mobilisait tant d’énergie dans le garage ?
Attentives, Annie et sa maman guettaient avec curiosité, l’ouverture de la porte du garage, pour voir ce qui allait en sortir…
Enfin, il parut ! Et avec lui, des bouts de bois, de différentes longueurs, sans rien d’extraordinaire. C’était ça, son idée ?
Mais, le bricolage n’était pas fini. Papa Croche monta son bric-à-brac dans la chambre d’Annie. Une nouvelle série de Bing, Schtok, Zim, Bouh… se fit entendre. Par précaution, Annie vint mettre sa harpe à l’abri. Il ne faudrait pas qu’un mauvais coup la blesse.
Enfin, tard le soir, le papa appela ses femmes, pour qu’elles viennent admirer son travail.
-« Waouh ! » s’extasia la petite, avec un large sourire.
-« Merveilleux ! » s’exclama la maman, admirative, le regard pétillant.
Le lit d’Annie était maintenant surélevé, libérant de la place dessous, où le papa avait confectionné un joli bureau, prêt pour accueillir les devoirs d’une petite fille studieuse.
Et voici comment Annie Croche devint l’une des meilleures élèves de sa classe, en ayant plaisir à apprendre et devenir grande, tout en conservant la joie de jouer la musique avec son instrument préféré.












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