Valérie Bonenfant
Partager
Quand la tranquillité ennuie…
Les Ayaks sont un peuple comblé : ils habitent sur une île paradisiaque, où il fait toujours beau, sans le moindre petit souci… Et pourtant, ils aspirent à vivre des aventures où l’émotion serait présente. Du coup, ils entreprennent un grand voyage…et ne vont pas être déçus !
Au pays des Ayaks, un petit peuple qui habitait sur une île, tout allait toujours bien. Le ciel était toujours bleu, le soleil brillait sans arrêt, les cocotiers restaient bien verts, et la mer arborait en permanence une magnifique couleur turquoise. Là-bas, les habitants étaient toujours joyeux, jamais le moindre souci, la plus petite contrariété. Ils étaient béats. C’était le paradis.
Mais, un jour, tout ce bonheur finit par les ennuyer. C’était vrai, quoi, il ne se passait jamais rien ici : rien qui ne fit battre le cœur, rien qui ne donna de bonnes bouffées rouges, rien qui ne fit trembler…
Alors, les Ayaks réagirent :
-« C’est trop douillet ici, trop beau, trop facile… On veut un endroit avec plus de rudesse, plus de caractère, plus d’émotions… » dit Pouf Ayak.
-« C’est vrai, ici, nous sommes comme anesthésiés. A force d’être heureux, nous ne sentons plus le goût du bonheur, et c’est désolant ! » renchérit Pif Ayak.
-« Prenons le chemin de l’aventure ! Construisons-nous un radeau, et allons à la découverte du vrai monde ! » cria avec enthousiasme Popof Ayak.
Aussitôt, le petit peuple des Ayaks se mit au travail, dans la joie et la bonne humeur, plus heureux que jamais. Ils coupèrent des arbres, attachèrent les troncs, se confectionnèrent des rames, un gouvernail, et bientôt furent parés.
Tous les radeaux étaient maintenant alignés le long de la plage, prêts à prendre les flots.
-« Waouh ! » s’exclama Ploum Ayak, « qu’est-ce que c’est excitant ! Enfin, nous allons vivre ! »
Ils se partagèrent en équipes de huit, le maximum que chaque embarcation pouvait accueillir, et poussèrent à l’eau leurs engins de navigation.
L’envie de partir généra une bousculade générale, et les radeaux pris d’assaut, se déséquilibrèrent et chavirèrent. Premières émotions : se retrouver propulsé dans l’eau, sans être prévenu, c’était plutôt décoiffant !
Certains apprécièrent, d’autres moins, mais le soleil qui les réchauffa bien vite, le clapotis de l’eau qui les calma, leur ramenèrent bientôt leur bonne humeur.
Il y eut ensuite un deuxième départ, plus modéré cette fois, et qui embarqua tout le monde. Les amarres furent lâchées, et l’aventure, la vraie, commença.
Les radeaux quittèrent l’île qui devint de plus en plus petite. En gagnant le large, les premiers ennuis commencèrent. La mer, qu’il connaissait si calme, s’agita. Des vagues se mirent à apparaître, faisant tanguer les frêles embarcations. Les premiers malades Ayaks se manifestèrent :
-« Beurk ! Comme j’ai envie de vomir ! » dit une pauvre Loute Ayak, toute pâle.
-« Et moi, j’ai l’impression que les spaghettis de midi me remontent à la gorge… C’est dégoûtant, surtout le basilic qui là, est vraiment infecte. » se plaignit Vim Ayak.
-« Bouh ! Je suis malade ! Dites à ce bateau d’arrêter de bouger… » geint Vince l’Ayak.
Malheureusement, la mer n’arrêta pas ses vagues, au contraire, et bientôt, ce ne fut que vomissements, par-dessus bord, ou pire sur le radeau. Là, les premières réactions se firent entendre :
-« Hé ! Mais tu m’as tout vomi dessus, sur ma robe toute neuve, que j’avais gardé exprès pour le voyage… »
-« En plus, ça sent mauvais ! C’est une infection, regardez mon pauvre pantalon dans quel état il est ! »
-« Et toi, bougre d’âne, tu n’aurais pas pu te retourner, plutôt que de rendre tes spaghettis sur ma chemise ! »
L’ambiance sur les radeaux Ayak se gâta, comme le temps d’ailleurs qui devint orageux et menaçant. Les vagues enflèrent, des éclairs zébrèrent le ciel, et les Ayaks, qui n’avaient jamais vécu cela auparavant, crurent que la fin du monde était arrivée. A chaque coup de tonnerre, ils hurlaient de terreur, et les dégringolades du haut des grosses vagues, leur créaient des émotions fortes.
-« Bouh, je veux rentrer ! » pleura Calice Ayak.
-« Moi aussi, comme j’aimerais me faire dorer au soleil, sur notre plage… »
-« Tournons à l’envers nos gouvernails pour repartir vers la maison ! »
Et c’est ce qu’ils firent.
Ouf ! Bientôt, l’île, son ciel bleu, son eau tranquille, et son doux soleil furent en vue.
Tous les Ayaks ramaient hardiment pour retrouver leur paradis. Quand ils amarrèrent, on put entendre de grands cris de joie. Oui, c’était toujours le bonheur au pays des Ayaks, et sans doute que cette expérience plutôt douloureuse, allait leur faire apprécier encore davantage les plaisirs retrouvés.