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Bab El Pouët

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Valérie Bonenfant
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Un conte sur la véracité des sentiments dans l’épreuve…
Bab El Pouët est une cité particulière où les habitants sentent vraiment très mauvais…
Un jour, l’un d’entre eux est invité au mariage de sa cousine dans la grande ville.
Le futur époux va-t-il supporter la puanteur qui envahit soudain l’atmosphère ?
Rien n’est moins sûr…


Bab El Pouët était une cité lointaine, qui se caractérisait par ses odeurs nauséabondes. Non pas qu’elle soit polluée, elle était très éloignée des routes et de leurs véhicules pétaradants pour cela. C’était plutôt une odeur de transpiration, mélangée à une senteur de pieds ou de vieilles chaussettes, celles qui ont séjourné longtemps dans des chaussures fermées. Beurk, Bab El Pouët donnait la nausée.
D’ailleurs, les quelques rares voyageurs qui s’étaient entêtés à visiter la ville, vomissaient très très vite… Ce qui, comme vous pouvez l’imaginer, n’améliorait pas l’odeur ambiante.
Mais alors, comment faisaient pour vivre ses habitants, les Bab El Pouëtans, avec une telle puanteur ?
Hé bien, c’était très simple, ils s’étaient habitués, tant et si bien qu’ils ne flairaient aucune odeur. Ni la menthe poivrée, ni le chocolat chaud, ni même le camembert ne réveillaient leur odorat ! Bref, ils ne sentaient plus rien.
Alors, comme les odeurs ne les dérangeaient pas, ils ne se lavèrent plus, ou alors juste un peu quand leur peau devenait trop marron… Et leur haleine ? Pourquoi perdre son temps à se brosser les dents ? Bon d’accord, il fallait éviter les caries, mais un lavage par semaine, c’était déjà pas mal ! Les Bab El Pouëtans, comme vous pouvez vous en douter, puaient.
Or, un jour, l’un d’eux fut invité à un mariage d’une lointaine cousine. Celle-ci habitait à Caniver City, une grande ville aux nombreuses avenues.
-« Tant pis pour la pollution et mes poumons ! Je n’y séjournerai qu’un temps réduit : la cérémonie, et hop, je reviens à Bab El Pouët ! » dit joyeusement le Bab El Pouëtan.
Il prépara un sac avec quelques affaires, une pince, un ouvre-boîte, une épingle à nourrice. Il mit un peu de terre de la cité, emballée dans une jolie boîte en guise de cadeau, et partit. Il marcha longuement car la route était longue vers Caniver City.
-« Fichtre ! Qu’est-ce qu’il fait chaud sous ce soleil ! J’ai soif, tiens, je vais boire un peu de ma transpiration… » se dit-il.
Le Bab El Pouëtan arriva enfin à Caniver City. Quel bruit, quelle agitation, et cette fumée grise. Beurk, quelle pollution ! Plus que quelques heures à attendre avant la cérémonie. Juste le temps de se préparer : l’épingle à nourrice, là, sur le pantalon pour masquer le gros trou au genou, la pince pour arracher ce vilain poil qui lui sortait du nez, et l’ouvre-boîte pour caler son creux au ventre, avec quelques sardines. Parfait ! Le voilà prêt à aller à la rencontre des promis !
D’ailleurs, voilà qu’il apercevait sa cousine, là-bas au fond, dans sa belle robe immaculée.
-« Bonjour cousine ! » dit-il joyeusement, en l’embrassant copieusement sur les joues.
-« Ah, bonjour mon cousin de Bab El Pouët ! Tu es venu ! » grimaça-t-elle.
-« Oui, même que ça fait une trotte, et que j’étais bien content d’arriver. Mais dis-moi, où est ton futur ? » demanda-t-il.
-« Heu, là-bas, mais… »
Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’il avait déjà rejoint l’heureux élu, en costume sombre.
-« Félicitations, mon gars ! Tu as fait le bon choix, avec ma cousine, une vraie fille de ferme ! » dit le Bab El Pouëtan, en lui tapant sur l’épaule.
-« Mais, qui êtes-vous ? Et d’où vient cette puanteur soudaine ? Amélie Mili, ma chérie, peux-tu m’expliquer ? » questionna, le nez pincé, le promis.
-« Heu voilà, c’est mon cousin… Il habite à Bab El Pouët, tu sais, la cité lointaine… » dit-elle, la mine déconfite.
-« Mais, ce n’est pas possible ! C’est insupportable ! C’est une pollution à lui tout seul ! » renchérit le futur marié.
L’assistance commençait à se trouver fort gênée de l’odeur, et d’ailleurs certains tournaient au vert.
-« Amélie Mili, c’est LUI ou MOI, il faut choisir ! Renvoie-le dans sa province, c’est un bouseux ! Cette odeur est pestilentielle, je n’en peux plus ! » gémit le prochain époux, dédaigneux et plutôt excédé.
-« Il pue, certes, mais il est de MA famille ! Tu ne peux pas le renier comme ça, le jour de nos noces ! Désolée, mais il faut faire avec ! » finit par dire la promise.
-« Plutôt mourir ! D’ailleurs, ça y est, je meurs ! Ciel, je vomis ! » suffoqua le futur ex-mari.
-« Quel manque de savoir-vivre ! Tu te comportes comme un goujat. Je suis très déçue. D’ailleurs, je ne veux plus t’épouser ! »
Et voilà comment le mariage termina court. Amélie Mili, de colère, rentra à Bab El Pouët, avec son cousin.
Comme tout nouvel arrivant, elle vomit à l’entrée de la ville, saisie par les odeurs nauséabondes. Puis, elle s’y fit, et finit même par rencontrer un beau Bab El Pouëtan, du nom de Gersur, avec qui elle convola.
Et cette fois-ci, les noces se déroulèrent sans incident, à Bab El Pouët.












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