Valérie Bonenfant
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Les différences empêchent-elles deux êtres de se rencontrer ? Non, au contraire, cela peut les rapprocher !
Une frégate de tourisme vogue librement et légèrement sur les flots. Un sous-marin scrupuleux inspecte les fonds, prêt à faire la guerre. Tout semble séparer ces deux êtres, même leur profondeur d’évolution, qui les éloigne naturellement. Et pourtant…
Il était une fois une frégate et un sous-marin appelés à se rencontrer. Tous deux naviguaient dans la grande mer, l’une à la surface de l’eau, l’autre en profondeur.
-« Qu’est-ce qu’on est bien, ici ! » lança Batelle, la frégate, en jouant du clapotis avec sa coque, joyeusement, « juste un léger vent pour gonfler mes voiles, et me faire avancer sans effort, entre ce beau ciel bleu et cette mer turquoise… »
De son côté, Soumo le sous-marin savourait lui aussi son plaisir d’être sous l’eau.
-« Quels beaux fonds, on trouve par ici… Tous ces coraux orangés, ces algues ondulantes et ces poissons multicolores… C’est un régal des hublots ! »
Tous deux faisaient cap l’un vers l’autre, sans se douter que bientôt, seule une épaisseur d’eau de mer, les sépareraient. Quand ils furent exactement au point de rencontre, leurs radars respectifs se mirent à sonner.
-« Bip, bip, bip ! » hurla le détecteur de Batelle.
-« Engin détecté, engin détecté… Engin détecté ! » répéta inlassablement l’appareil de Soumo.
-« Tu dois te tromper, chère sirène, je ne vois personne à l’horizon… » dit Batelle, en regardant tous azimuts.
Mais l’alarme hurlait de plus belle.
-« BIIP ! BIIIP ! BIIIIP ! »
-« Oh, ça suffit ! Quel tintamarre ! Puisque je te dis qu’il n’y a personne… » râla Batelle.
Soumo, lui, se dit que peut-être, au-dessus de lui, quelqu’un rodait. Il sortit sa lunette espionne, la plus discrète. Le télescope monta et atteignit bientôt la surface de l’eau.
-« Rien à bâbord ! Rien à tribord ! Allons, mon radar, serais-tu hors service ? » demanda Soumo.
Mais soudain : « BOIING ! ». Faute d’image, celui-ci renvoya un énorme bruit qui fit vibrer tout le sous-marin.
Que se passait-il ? Un explosif ? Une attaque en bonne et due forme ? Qu’à cela ne tienne, lui aussi avait du répondant ! Et hop, ni une ni deux, Soumo sortit tout son attirail de guerre. Canons-mitraillettes, fusils-harpons, catapultes à boulets… Tous furent pointés sans pitié vers l’intrus agressif.
Batelle qui n’avait rien vu venir, se trouva cernée, tout à coup, par des armes pas vraiment sympathiques.
-« Je…je…je n’ai rien fait ! Ne me faites pas de mal ! Je suis innocente ! » cria Batelle, affolée, en hissant toutes ses voiles blanches, dans un signe de paix… »
Quoi ? C’était ça, l’engin qui avait agressé sa lunette secrète, à en faire trembler le sous-marin ? Une frégate de tourisme, seulement armée de quelques fusées de détresse… Soumo remballa son attirail.
-« Désolé, Mam’zelle ! Je croyais que vos intentions étaient mauvaises… » dit Soumo, en s’adressant à Batelle.
-« Vous…vous…vous…recevez toujours les étrangers de cette manière ? » questionna Batelle.
-« Non, seulement les engins de guerre, officiellement déclarés. Mais, depuis qu’ils ont mis des furtifs, je me méfie… »
-« La mer est trop belle pour y mener bataille… Quel dommage ! Franchement, Monsieur, je n’aimerais pas faire votre métier…
-« Il est très beau, pourtant, car, voyez-vous, par temps de paix, qui constitue heureusement l’essentiel de notre temps, nous visitons les fonds sous-marins, et mettons toute notre technologie au service des découvertes qui révolutionnent les sciences… »
-« Des découvertes ? Là-dessous ? » s’étonna la frégate, en scrutant de son fond de cale, les profondeurs, « je ne vois pas grand chose… »
-« Détrompez-vous ! » continua Soumo, « de votre coque, forcément, vous ne pouvez pas voir grand-chose, mais plus bas, la vie est magnifique… »
Face à l’étonnement de Batelle, Soumo entreprit alors de montrer quelques-uns de ses plus beaux clichés, pris lors de ses voyages. Batelle en fit des « Oh », des « Ah », des « Magnifiques », « Somptueux » et plein d’autres qualificatifs encore qui ne tarissaient pas de son émerveillement.
-« Comme j’aimerais découvrir ces paysages ! » s’exclama Batelle, avec regret.
Soumo proposa alors à Batelle de l’accompagner : sur sa coque, il brancherait sa lunette à l’envers, celle-là même qui avait percuté Batelle, et l’utiliserait comme une caméra des profondeurs…
Ce fut ainsi que Batelle et Soumo furent heureux de naviguer ensemble, joignant leurs routes à quelques mètres de profondeur d’écart, l’une guidant à vue, l’autre dévoilant les beaux paysages des profondeurs.
Et ainsi unis, Soumo n’eut plus jamais le loisir, ni même l’envie de faire la guerre…