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Bavie la limace

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Valérie Bonenfant
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Un conte qui fait la place au courage et à l’amitié…
Bavie, une limace apeurée, reste terrée dans son trou, à l’abri du monde.
Un jour, elle va pourtant oser affronter, seule, les dangers extérieurs pour la survie d’un champignon sympathique, tombé par hasard dans sa grotte.
Une belle leçon de vie !

Bavie était une limace qui n’osait pas sortir de chez elle, tellement elle avait peur. Peur des oiseaux qui pouvaient la manger, peur des gros animaux qui risquaient de l’écraser, peur de la pluie qui créait des inondations…
Peur de tout ! Elle restait ainsi, terrée chez elle, à l’abri dans sa petite cachette, en se disant que, là, au moins, elle était en sécurité.
Les quelques bruits qui lui venaient aux oreilles, au travers de bribes de conversation qu’elle saisissait au passage, la confirmaient dans sa manière de penser.
Ainsi, un jour, elle entendit deux lapins qui s’échangeaient les dernières nouvelles du jour :
-« Tu te rends compte ! Pris au piège ! »
-« Ce n’est pas possible, mais qui aurait fait ça ? »
-« Joe, le braconnier. Il est de retour, et il a installé plein de pièges partout… »
-« Ciel ! Moi qui ne fais jamais attention où je mets les pieds… »
Une autre fois, c’était des oiseaux qui se dépêchaient de revenir à leur nid.
-« Vite, tous aux abris ! Les chasseurs sont de retour ! »
-« Oui, c’est vrai, j’ai entendu des pan-pan des fusils. Il faut se cacher… »
-« Oh la la, et mon mari qui n’est pas encore rentré. Quel souci ! »
Bavie écoutait cela, du fond de son trou, alarmée et plus effrayée que jamais.
Sûr, elle n’était pas prête de sortir de sa cache. Avec ce qu’il se passait dehors ! Le monde était plein de dangers, et elle n’avait pas envie de s’exposer ainsi.
Un jour, dans son abri, surgit un champignon des bois, un peu mousseux, marron et baveux aussi.
-« Salut ! » dit-il, « je m’appelle Champidou, c’est ici que tu habites ? »
-« Oui » répondit Bavie, l’air méfiant, car les champignons n’étaient-ils pas vénéneux ?
-« Pas mal comme endroit, mais un peu sombre et humide, quand même… On serait mieux au soleil ! » continua-t-il.
Bavie ne répondit pas, n’étant pas disposée à poursuivre la conversation avec cet individu douteux.
Au bout de plusieurs jours de cohabitation, le champignon reprit :
-« Ben dis donc, tu n’es pas très causante… Et puis, tu ne sors pas beaucoup de ce trou. Pourtant tu peux bouger, toi ! »
-« Moais… ! » grommela la limace.
-« Mais, il doit faire super bon dehors, au soleil, dans les prés… Ah, si seulement j’avais des jambes… ! »
-« Tu es mieux en sécurité, ici. Au moins, on ne risque pas de te cueillir ou de t’écraser ! » grogna Bavie.
-« Mais tu penses ! Me cueillir ou m’écraser ! Pffft ! Faudrait encore qu’on puisse m’attraper ! Et je suis bien trop malin pour me laisser faire ! »
-« N’empêche que, tout malin que tu sois, les dangers du monde sont bien réels, et ils te guettent au premier détour. Alors crois-moi, on est mieux tranquille chez soi ! »
-« Tu dis ça, mais à rester enfermée ainsi, tu ne vis pas ! C’est vrai ça, regarde-toi, tes journées sont toutes pareilles, et sans intérêt. C’est pauvre ! » dit Champidou. Et il continua :
-« Moi, ce n’est pas pareil, je n’ai pas le choix, j’ai trouvé ce coin et j’y grandis. D’ailleurs, c’est bien triste, tiens, rien que de penser que je vais finir ma vie ici… Bouh ! »
Et il fondit en larmes, des grosses bulles bien baveuses comme seuls savent en faire les champignons.
Plus le temps passait, plus sa tristesse grandissait. Il se lamentait :
-« Je n’aurais jamais dû me planter ici ! Quelle erreur ! Ah, si c’était à refaire, je sais où je m’installerais, dehors, au grand air, là où ça vit. Ici, c’est triste à mourir ! »
Bavie, qui commençait à s’habituer à sa présence, vit le champignon dépérir : il desséchait et devenait tout rabougri. Elle fut sensible à sa cause. Il fallait agir.
Alors, aussi incroyable que cela puisse paraître, elle saisit son courage à deux antennes, et agit.
Elle s’approcha du champignon, et creusa autour de lui un petit trou. Elle le déracina ainsi, avec une motte de terre collée à ses racines, et le mit sur son dos.
Elle grimpa jusqu’à la sortie du terrier pour affronter l’extérieur. Quelle lumière ! Elle en était tout éblouie !
Le cœur battant, elle fit quelques traces, et se retrouva dans de grandes herbes sous un arbre.
Elle n’alla pas chercher plus loin. Vite, elle le déchargea, vite elle fit un autre trou et vite, elle le replanta.
Son travail fait, elle ne chercha même pas à attendre les retours de Champidou.
Elle retourna bien vite à sa cachette, encore affolée par son coup de folie ! Ca alors, qu’avait-elle donc fait ? Courir de tels risques pour la santé d’un champignon… Enfin, la voilà revenue, saine et sauve. Ouf ! Plus question de bouger maintenant !
Mais, les jours passants, elle se posa des questions. Sa folle entreprise avait-elle réussi ? Comment se portait le champignon ? Allait-il mieux ?
Elle eut envie de savoir.
Alors, encore une fois, elle franchit le seuil de sa porte, mais juste histoire de prendre des nouvelles de Champidou. Après, c’est sûr, elle rentrerait et ne sortirait plus, comme avant.
Elle le trouva en pleine forme, l’air joyeux, son chapeau relevé sur sa tête, le pied regonflé.
-« Bonjour Bavie ! Et merci beaucoup ! Je me sens tellement mieux ici ! C’est très courageux, ce que tu as fait, et je t’en suis très reconnaissant ! »
Bavie le regarda et sourit. Il lui manquait bien un peu, ce sacré champignon, là-bas dans sa caverne, mais il avait l’air tellement heureux, ici…
Il lui raconta tout ce qui s’était passé depuis son départ : son sentiment de renaître au monde, le plaisir du soleil sur sa chair, le goût du vent, et puis surtout, la vie, avec le passage des animaux, les oiseaux qui venaient lui tenir compagnie…etc.
Bavie l’écouta un long moment, puis retourna chez elle. Mission accomplie. Bien, elle avait bien fait d’agir de la sorte. Elle avait pris des risques, certes, mais c’était tellement bon au final, elle se sentait tellement heureuse…
C’était quelque chose d’intense, tellement plus fort que ce qu’elle avait pu vivre jusqu’à présent.
Elle retourna voir Champidou, de plus en plus souvent, et de plus en plus longuement.
A son tour, elle goûta les joies d’être dehors et libre. Ses peurs s’en allaient petit à petit : elle pouvait désormais contempler le vol des oiseaux sans trembler, entendre les animaux venir et se mettre tranquillement hors de leur passage, et sentir avec bonheur la pluie l’arroser…
Pour elle aussi, une nouvelle vie, la vraie, commençait.












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