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Calumette l’allumette

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Valérie Bonenfant
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« Mieux vaut une vie courte et intense, qu’une existence morne et tranquille… »
Telle pourrait être la devise de ce conte.
Calumette, une allumette soigneusement rangée dans une boîte, attend avec impatience le moment où elle va enfin flamber…

Calumette était une allumette soigneusement rangée dans une boîte, prête à prendre du service.
-« J’ai hâte de flamber. Je m’ennuie ici, immobile dans cette boîte, sombre, et où rien ne se passe jamais… »
L’une de ses voisines, du nom de Victorine, lui répondit :
-« Tu dis ça, parce que tu ne sais pas ce que c’est que de flamber. Moi, j’ai vu partir plusieurs de nos collègues, et j’ai pu constater ce qu’il se passait : elles s’allument, brillent de mille feux. Ca dure très peu de temps, et après, elles sont consumées, bonnes à jeter. Crois-moi, on est mieux à rester dans notre boîte, c’est toujours autant de temps de gagné ! »
Calumette fit la moue ;
-« Mouais, bof… Effectivement, ça dure… Mais quel plaisir a-t-on à rester dans une telle monotonie tristounette ? Non, moi, je préfèrerais flamber un bon coup, avant que je ne me décompose complètement.
Victorine lui conseilla alors, puisque tel était son désir, de se mettre tout en haut de la pile, pour être parmi les premières à être piochées.
Calumette s’exécuta.
Elle fut bientôt hissée jusqu’à la pile supérieure, prête à être saisie.
Une fois, deux, trois fois : la boîte s’ouvrit et ce furent des voisines qui furent tirées.
Avant que le couvercle ne se referme, Calumette eut le temps de les voir s’enflammer, et de donner naissance à d’autres feux encore plus soutenus.
-« Oh, chouette… » s’émerveilla-t-elle, « que c’est beau ! La flamme d’une allumette ! Oh, vivement que ça soit mon tour ! »
Elle n’eut pas longtemps à attendre. Bientôt, deux doigts la saisirent avec précaution.
-« Ca y est, j’y suis ! » s’exclama-t-elle tout excitée.
Un frottement, un nouvel essai, et rien ne se produisit :
-« Aïe, que se passe-t-il ? » s’inquiéta-t-elle, « mon soufre serait-il endommagé ? »
Et elle pria très fort pour que la flamme si ardemment désirée s’avive enfin.
Ouf ! Voilà que ça jaillissait ! Et quelle joie de se sentir ainsi crépiter, vibrer sous l’énergie du feu.
-« Enfin ! » se dit-elle, « je vis ! »
La flamme se propagea tranquillement, tout le long de sa tige, jusqu’à l’extinction complète.
Calumette en profita au maximum, et, ces quelques instants privilégiés lui remplirent son être, plus que tout ce qu’elle avait pu connaître jusqu’à présent ! Elle ne regretta rien, et surtout pas le temps, si long, passé à attendre dans la boîte, avec ses amies.
Quand arriva le moment où la flamme allait s’éteindre, elle vit les différents feux qu’elle avait pu allumer, et sut qu’à travers eux, elle continuerait d’exister.
Elle les regarda tendrement, adressa un clin d’œil malicieux à toutes ses amies qu’elle apercevait encore dans la boîte, non refermée, et s’éteignit tranquillement.
Peu importait si maintenant, il ne restait d’elle que du bois charbonné. Elle avait vécu des moments merveilleux, et c’était ce qui comptait…
Et, peut-être qu’elle allait pouvoir commencer une nouvelle vie : les bouts de charbon comme elle, ne pouvaient-ils pas être utilisés pour écrire ?












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