Valérie Bonenfant
Partager
Un conte du XXIème siècle !
Avec l’arrivée de l’an 2000, Carla la cigogne ne chôme pas : que de bébés à livrer partout !
Un jour, elle doit amener un petit bonhomme sous la tour Eiffel à Paris.
Mais son voyage n’est pas de tout repos, car le chérubin est plutôt coquin…
Carla la cigogne avait l’habitude des longs voyages, du nord vers le sud, du froid vers le chaud, et vice-versa.
Bien sûr, comme toutes les cigognes, elle amenait dans les maisons, des bébés, soigneusement enveloppés dans un sac noué autour de son bec. Les commandes allaient bon train, Carla ne chômait pas.
Mais, quand arriva l’an 2000, ce fut le grand BOUM ! Là, un bébé fille, ici, un garçon, plus loin des jumeaux… Les commandes affluaient, et la pauvre Carla en avait le tournis.
Fichtre, ce n’était pas de tout repos ! 2000 était peut-être l’année des bébés, mais certainement pas l’année des cigognes…
Car dans le ciel, régnait une activité agitée. Le trafic des cigognes chargées, qui volait de ci-de là, générait des embouteillages à n’en plus finir. Carla n’était pas un cas isolé, c’était sûr !
Jusqu’au printemps, notre cigogne tint le rythme. Pile à l’heure au rendez-vous, toutes ses commandes avaient été honorées.
En été, ce fut plus difficile, à cause de la chaleur. Et, en automne, il se produisit quelque chose de pas banal. Carla devait livrer un petit joufflu à Paris, juste sous la tour Eiffel.
La cigogne récupéra sa marchandise, un beau bébé gracieux, qui n’arrêtait pas de lui faire des sourires… Qu’il était mignon !
-« Gouzi gouzi, fouit fouit fouit… » lui chantonna Carla.
Le bébé se mit à rire aux éclats, et la cigogne rit avec lui.
-« Tu m’as l’air d’un sacré drôle, toi ! Sûr que tu vas les faire craquer, tes parents. Allez, pour l’instant en route, direction la Tour Eiffel ! » claironna la cigogne, en agitant ses ailes.
Elle saisit son précieux paquet et s’envola. Il était beau ce bébé, mais sacrément lourd… Carla peina pour prendre de l’altitude.
En plus, son hôte ne l’aidait pas vraiment. Content de voyager ainsi, il voulait absolument contempler le paysage d’en haut, et gigotait de tous ses membres, pour arriver à extirper sa tête du sac. Carla zigzaguait dangereusement :
-« Mais, veux-tu bien t’arrêter, petit fripon ! Tu vas nous faire avoir un accident… » susurra-t-elle, dans son bec.
Mais le nourrisson tenait vraiment à voir le dehors…
Voilà maintenant qu’il se penchait de tout son poids d’un côté. Carla, d’un coup d’aile, voulut le remettre droit, et le ramena, courbée de l’autre bord.
Balalin, balalan, le bébé oscillait comme le balancier d’une pendule. Un coup à droite, un coup à gauche…
Et, en même temps, Carla se balançait aussi, en sens inversé : un coup à gauche, un coup à droite…
-« Non, non, Non, NON, NON ! » gronda-t-elle, « tu vas rester tranquille, dis ! Sinon, je te ramène d’où tu viens, moi ! »
Mais le tangage amusait apparemment beaucoup le bébé, qui voulait encore plus fort. Encore un peu, et il allait réussir à faire le tour complet…
-« J’en ai assez ! » cria la cigogne, « si tu continues comme ça, tes parents ne te voudront pas. Et moi, je te préviens, je ne te ramènerai pas… »
Le bébé lui décocha alors un sourire attendri, qui fit fondre le cœur du volatile.
-« Bon, bon, bon, je retire ce que j’ai dit. Bien sûr que tes parents te voudront, joli comme tu es. Comment pourrait-il en être autrement ? Ah, toi, c’est sûr, tu promets ! »
La tour Eiffel était maintenant en vue. Ouf, ce n’était pas trop tôt ! Quel voyage, mes aïeux !
Sur la dernière ligne droite, le bébé eut envie de jouer à rebondir, et sauta en cadence dans le sac. Boing, boing, boing !
Ses coups de fesses faisaient comme un ressort, et Carla, elle aussi, était secouée en cadence : en haut, en bas, 2ème étage, 1er étage…
Vite, la tour Eiffel, vite, elle n’en pouvait plus. Son vol déclinait sous les assauts. Heureusement, le but était proche. Carla aperçut le jeune couple, le regard levé vers le ciel, qui l’attendait. Elle s’approcha d’eux et, arrivée à leur hauteur, largua son paquetage.
Au revoir, joli bébé, et bon vent !
Le papa et la maman s’extasiaient devant leur progéniture : qu’il était beau, qu’il était doux, qu’il sentait bon… Sûr, c’était le bébé le plus merveilleux du monde !
-« Ah, voilà un petit père coquin, qui va mener son monde par le bout du nez… Mais il est tellement craquant… Et, il a du caractère, ce petit gars, c’est la première fois qu’on m’en fait tant voir dans un de mes voyages… » pensa la cigogne.
D’ailleurs, c’était clair, après lui, il allait falloir prendre des vacances, car il avait consommé toute l’énergie qui lui restait. Ses pauvres ailes étaient brisées de fatigue, son cou plein de courbatures, et ses pattes rompues.
La pauvre cigogne se plaça alors dans un dernier souffle tout en haut de la tour Eiffel, et là, dans un coin calme, s’endormit.
Elle se réveilla le premier janvier 2001, après trois mois d’un long et profitable repos, et se tint prête à satisfaire ses premières commandes de la nouvelle année. 2000 était passé, le grand rush. Ouf ! Bon débarras ! 2001 serait certainement plus calme.
Hein ? Quoi ? Le nouveau millénaire ? Mais qu’est-ce que ça voulait dire ? Oh non… Une année encore exceptionnelle !
Bon courage, Carla !