Valérie Bonenfant
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Un musicien génial trouve son inspiration dans la nature. Mais un jour survient la panne… Plus rien ne lui vient. Sa création se serait-elle tarie ?
Non, car il va concevoir l’œuvre de sa vie, à moins que ce ne soit l’œuvre de la vie…
Un musicien génial trouve son inspiration dans la nature. Mais un jour survient la panne… Plus rien ne lui vient. Sa création se serait-elle tarie ?
Non, car il va concevoir l’œuvre de sa vie, à moins que ce ne soit l’œuvre de la vie…
Carrega le musicien dessin conte pour enfants
Carrega le musicien
dessin conte pour enfants
Il était une fois un musicien compositeur très doué, qui s’appelait Carrega. Il créait des morceaux très originaux, en utilisant tous les instruments qu’il trouvait.
Et cela donnait des airs mélodieux, agréables à écouter, emplis d’émotion, des chefs d’œuvre de la musique.
Carrega trouvait son inspiration dans la nature. La première fois, ce fut les oiseaux qui lui soufflèrent son morceau. Pour le composer, il avait utilisé un mélange de sifflets, de flûte de pan et de saxophone. Le tout avait donné un air très vivifiant, gai et pétillant, plein de la vie des petits volatiles…
Une autre fois, ce fut le bruit du vent dans les arbres qui l’inspira.
-« Flouit, flouit, fffftt… »
Quelle harmonie de sons ! Carrega prit une partition et copia dessus les notes qui lui venaient. Comme instruments supports, il choisit une guitare qui égrenait différentes sonorités de manière légère, ainsi que du papier froissé et une brosse coiffant des cheveux !
En écoutant le tout, on se sentait comme bercé par le doux bruissement des feuilles. La mélodie transportait au pays des rêves, mystérieusement, en un rien de temps.
Que du bonheur, cet air-là… D’ailleurs, le public ne s’y trompa pas : Carrega vendit son disque par milliers d’exemplaires.
Mais, à la suite de cette magnifique composition, Carrega resta sec pendant plusieurs mois. Non pas qu’il n’avait pas envie de composer, mais plus rien ne lui venait… Il avait beau s’appliquer à écouter consciencieusement la nature, forcer même son talent à essayer de retranscrire certains bruits.
Rien ne sortait de vraiment satisfaisant. Allons bon, son inspiration avait-elle atteint ses limites, en composant le bruit du vent ?
Carrega se désespérait de créer autre chose. Pour lui, c’était comme un puits qui s’était tari. Et plus il cherchait, moins il trouvait… La confiance dans son don s’émoussait. Quelle déception !
Mais un jour, alors qu’il était parti en balade avec des amis pour se changer les idées, il fut saisi par un chant inédit. Quoi ? Qu’était-ce donc que cette musique merveilleuse ? Carrega, comme un chien à l’arrêt, stoppa net sa marche.
Ses amis l’interpellèrent :
-« Hey, Carrega, suis nous ! Si tu restes en arrière comme ça, tu risques de nous perdre ! »
-« Chut ! Taisez-vous ! J’écoute » répondit le musicien, sur un ton quelque peu autoritaire.
-« Hein ? Quoi ? Tu as entendu une bête ? » dit, apeuré, l’un de ses compagnons.
-« Mais chut, je vous dis ! Vous ne savez pas faire le silence, ou quoi ! » râla, agacé, Carrega.
-« Oh bon, si tu le prends comme ça… Merci de la compagnie agréable… » grommela un des compagnons.
-« Mais, ce n’est pas possible ça ! Allez-vous cesser vos bavardages à la fin ? Puis ça suffit : partez, laissez-moi tranquille… » s’énerva tout à fait, le musicien.
-« Quel fichu caractère, ces artistes ! Sous prétexte qu’ils créent, ils sont imbuvables… »
-« Mouais, des cas sociaux, je vous dis… On essaie de les associer au monde normal, et voilà comme on est remercié… »
-« Allons les amis, continuons notre balade et laissons-le écouter ses fantômes ! »
Enfin, Carrega se retrouva seul. Il apprécia le calme revenu. Désormais, il allait pouvoir se livrer à son écoute inspiratrice.
Il se concentra sur cette douce chanson qu’il percevait au loin. Guidé par ce chant, Carrega marcha tout droit.
Plus il approchait et plus l’air s’enrichissait de multiples sonorités complexes.
C’était la perfection absolue : une douceur cristalline qui tintait joyeusement, et une énergie sereine… C’était le bruit de la vie. En effet, s’il avait dû imaginer une musique qui la dépeigne, c’aurait été exactement celle-là qu’il aurait choisie. Celle d’un petit torrent dévalant joyeusement la montagne, franchissant les pierres en de jolies cascades…
Une merveille pour les sens d’un musicien.
Carrega se saisit aussitôt de son calepin qui traînait dans sa poche et entreprit de composer le morceau de la vie.
« Si mi si si, la do ré… »
Les instruments ensuite : un fond de violoncelle, quelques touches de violon, du xylophone, et aussi une fourchette tapotant un verre, de la pluie de riz, de l’eau qui bout doucement, et enfin un gazouillis de bébé !
Là, il le tenait ! Fébrilement, il rentra chez lui pour un essai. Quel bonheur de créer à nouveau, après tous ces mois de souffrance à vivre le vide ! Il était transporté ! L’essai confirma ce qu’il pressentait : sa composition était une œuvre d’art, l’écoulement frais et léger de la vie… Carrega écouta du plus profond de lui, et vibra, tel une corde d’un instrument.
Quel bonheur d’avoir réussi cette interprétation ! Il était comblé : non pas dans la perspective du succès qui s’annonçait, mais simplement pour avoir été l’instrument au service de cette création.
C’était la vie au service de la vie.