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Colo, le lierre grimpant

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Valérie Bonenfant
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L’histoire d’une compagnie qui devient vite envahissante…
Certes, Colo est une jolie plante qui va habiller avantageusement les pierres…
Mais, quand celles-ci sont englouties sous plusieurs épaisseurs de feuilles, ça ne va plus du tout !
Oust ! Du balai, le lierre !
Et pour se débarrasser de l’envahisseur, chacune a sa technique… !

Colo était un lierre grimpant qui venait d’être planté au pied d’une grande bâtisse en pierres. La terre était bonne, le mur était bien droit. Enfin, il allait pouvoir grandir !

Il entreprit son ascension et sortit pour cela, sa fabrique à ventouses. Une là ! Une autre, un peu plus loin… Là encore… Super, déjà tout un espace était couvert de ses jolies feuilles vertes.

Et s’il partait un peu de ce côté ? Bonne idée ! Il y avait même une fenêtre : au début, il se contenterait seulement de la contourner, après, on verrait !

Et par là ? Mouais… C’était moins commode, avec tous ces tuyaux, mais pourquoi pas ?

Au début, les pierres de la bâtisse virent arriver la plante avec bonheur. C’était vrai qu’elles n’étaient plus très fraîches partout, et que le vert de la plante près de leur ton gris, cela donnerait un charme certain à la bâtisse.

Colo put donc, en toute tranquillité, coloniser ses murs avec la bénédiction des pierres. Là où ça commença à se gâter, c’est quand l’espace se fit rare et que plus une seule pierre ne fut pas conquise par les ventouses du lierre. Les premières réactions se firent alors entendre :

-« Hey ! Ce n’est plus un mariage de la pierre et de la plante, ça ! Il n’y en a que pour le lierre… Nous les pierres, on ne nous voit même plus… » râla l’une.

-« Oui, à croire même qu’il n’y a pas de mur dessous… C’est un rideau végétal… » se plaignit une autre.

-« Beurk, moi, ces ventouses collantes, ça me dégoûte. Je n’ai pas envie d’être agrippée ainsi ! » râla une troisième.

Mais Colo ne tint pas compte de ces mécontentements.

-« Pffft ! Quelques pierres ronchonnes, ce n’est pas ça qui va m’arrêter… Au lieu de se réjouir de ma présence exceptionnelle, il faut qu’elles râlent… Enfin, il ferait leur bien malgré elles… »

Alors, comme il n’avait plus de place pour s’étendre, il décida de s’épaissir. Il sortit d’autres ventouses qu’il accrocha à côté des premières précédemment posées.

Bientôt, les pierres accueillirent ainsi, deux puis trois ventouses… Et bien sûr, toujours plus de feuilles…

-« Bouh ! Je ne vois même plus le soleil, derrière ce rideau vert sombre… Moi qui aimais tant devenir chaude sous les doux rayons de l’astre… » regretta l’une.

-« Moi, j’ai l’impression d’étouffer avec toutes ces ventouses accrochées partout… De l’air, de l’air ! » gémit une autre.

-« Figurez-vous qu’avec toute cette végétation, j’ai maintenant plein de bêtes qui viennent se cacher sur moi… Et pas des belles ! Des sinistres, cornues, avec un air patibulaire… J’ai peur ! » pleurnicha une autre.

Cette fois, le mécontentement semblait plus général, car, de tout le mur, des plaintes s’exprimaient.

Là :

-« La belle affaire que ce lierre ! On était plus tranquille avant ! »

Un peu plus loin :

-« Mon horizon est bouché… Pas le moindre petit espace qui me permette de voir un peu quelque chose au loin. Snif ! C’est bien triste… ! »

En haut, à droite :

-« J’étais pourtant situé loin de cette maudite plante… Je me croyais inaccessible, et voilà ! Je me retrouve aussi colonisé ! »

Les grognements isolés formèrent d’abord un murmure de fond sonore qui s’élevait des murs de la bâtisse. Puis, ils enflèrent et devinrent un sourd grondement. Le lierre, entendant ce brouhaha, souhaita y remettre de l’ordre.

-« Hey les pierres ! Un peu de calme s’il vous plaît ! Parlez moins fort, car là, ça devient dérangeant ! » dit-il.

Mais l’effet fut inverse. Au contraire, le bruit s’amplifia, et devint maintenant du niveau d’une voix qui parlait plutôt fort. Colo intervint à nouveau.

-« Là, c’est carrément insupportable, votre monologue incessant. Alors, je vous le demande une fois pour toutes… Taisez-vous ! » répéta-t-il d’un ton impérieux.

Scandale sur les murs ! De tous côtés maintenant, ça criait, ça houspillait et ça revendiquait !

-« Quoi, quoi, quoi… ! Vous ne me voulez plus… Mais ce n’est pas vous qui décidez… Je suis là, j’y reste ! Que ça vous plaise ou non ! En plus, c’est pour votre bien, alors… ! »

Etait-ce là le mot de trop ? Colo n’eut pas le temps de cogiter, car voilà qu’étonnamment, sous ses ventouses, des choses se passaient : là, ça gonflait comme si ça allait exploser…

Ici, ça piquait comme si on avait dégainé des aiguilles… Plus loin encore, ça chatouillait irrésistiblement… ! Colo dut abandonner quelques ventouses, mais il lui en restait d’autres… Aïe, mais là, ça glissait ! Et là-bas, ça vibrait comme un marteau-piqueur ! Oh, et voilà maintenant qu’on lui envoyait des projectiles…

Chaque pierre avait sa technique, mais visiblement, ne voulait plus du lierre. Celui-ci dut céder des pans entiers de murs, jusqu’à ne plus rien avoir du tout.

-« Grrrh, elles m’ont chassé ! Tant pis pour elles, je vais couvrir la terre ! »

Quoi ? Pas question, apparemment ! Car soudain, un trou béant apparut auprès de la plante et l’engloutit complètement.

Fini Colo, et sa colonisation abusive ! On ne savait pas où il était passé… Peut-être quelque part, au fond de la terre, à couvrir des galeries souterraines…












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