Valérie Bonenfant
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ce son vœu. La voilà parée des plus beaux atours.
Mais, son souhait le plus cher serait maintenant que tous les cochons deviennent comme elle.
A sa grande surprise, ceux-ci ne sont pas tout à fait d’accord…
Demoiselle Porcinette était une jeune truie, du temps où les cochons étaient encore des animaux tout marrons.
Comme ses congénères, elle était amenée à se rouler dans la boue, ce qui n’était pas grave, car cela ne dépareillait pas leur robe déjà de couleur sale…
Or, Demoiselle Porcinette, comme toutes les jeunes filles, avaient envie d’une belle robe rose, de paillettes et de bijoux brillants.
-« Mais voyons, » lui disaient les autres porcs, « ce n’est pas possible, un cochon rose ! Quelle idée saugrenue ! »
-« Et puis, on ne pourrait plus se rouler dans la boue sans dégât, comme on le fait aujourd’hui, alors laisse tomber ce fantasme ! »
Demoiselle Porcinette les laissait dire mais gardait bien au fond de son cœur, son si cher désir. Elle pouvait bien rêver, ce n’était pas interdit quand même !
Elle s’imaginait alors en tenue rose, avec des talons sous ses sabots, et un beau collier autour du cou. Quel bonheur de s’envisager ainsi !
Un soir, alors qu’elle souriait, béate, toute à ses pensées d’habillage, une étoile vint lui caresser doucement le museau de ses rayons et lui dit :
-« Chère Demoiselle Porcinette, on dirait que vit dans ton cœur, un désir très fort et très cher, peux-tu m’en parler ? »
La truie pensa que cette voix venait de son rêve et se laissa guider sans résistance.
-« Oui, j’adorerais être rose avec des paillettes, des bijoux et de jolies chaussures à talons. C’est mon souhait le plus cher ! Même si je sais que cela n’arrivera jamais… »
-« Hé bien chère Demoiselle, permets-moi d’exaucer ton vœu ! Tu vas t’endormir gentiment, et demain, quand tu te réveilleras, tu seras telle que tu le désires ! Je reviendrai te voir demain soir, pour voir si tout va bien. »
La truie ferma ses yeux et dormit la nuit durant d’un profond sommeil. Pendant ce temps, des transformations s’opérèrent : sa peau bien sûr devenue d’un beau rose laiteux, des boucles d’or à ses oreilles, un collier autour du cou, des paillettes parsemées sur ses joues et sur son dos, de jolis sabots à talons très seyants.
Le lendemain, quand elle se réveilla, elle ne remarqua d’abord rien, pensant trouver la réalité telle qu’elle l’avait laissée…
Mais elle croisa bientôt Choupinette, la truie voisine, qui en bégaya d’étonnement :
-« Ben, ben, ben ça ça ça alors ! Ooooh, c’est c’est c’est pas pas pas croa croa croyable ! »
-« Quoi ? Qu’y a-t-il Choupinette ? » répondit Demoiselle Porcinette.
-« Tou tou toute ro ro rose ! Et le co co collier à ton ton ton cou ! »
-« Hein ? »
Demoiselle Porcinette suivit alors le regard de Choupinette et découvrit avec ravissement ses nouveaux sabots, sa robe, ses paillettes… »
-« Oh ! C’est mon rêve qui continue ! Je ne me suis pas encore réveillée, c’est pour ça ! »
Mais bientôt, d’autres cochons arrivaient et s’étonnaient à leur tour de son aspect.
A la longue, Demoiselle Porcinet dut admettre que son rêve s’était réalisé. Elle se rappela l’étoile et ses rayons magiques. Oh super, c’était tellement chouette d’être ainsi !
Si seulement ses compatriotes pouvaient eux aussi être pareils, ce serait tellement plus sympathique !
-« Ce soir, vous serez tous comme moi ! Je le demanderai à l’étoile magique, et vous aurez tous aussi les mêmes attributs, génial non ? » s’enthousiasma-t-elle tout heureuse d’en faire profiter ses amis.
Les autres cochons regardèrent mieux la robe rose, les paillettes, les bijoux et les hauts sabots. Ils étaient perplexes…
-« Hum-hum, Demoiselle Porcinette, ne le prends pas mal, mais nous préférerions éviter les paillettes… »
-« Ah bon ? Heu, comme vous voudrez… » concéda Demoiselle Porcinette, quelque peu chagrinée.
-« Et puis les bijoux, tu sais, on craint que cela nous gêne dans nos jeux… »
-« Mais non. Enfin, je ne crois pas… Bon, ben, si vraiment vous avez peur … » finit par grogner la truie à contrecoeur.
-« Oui, et puis les hauts sabots, nous ne savons pas bien marcher avec, comme toi. Nous préfèrerions garder les nôtres… »
-« Oh, mais ça ne sera pas joli du tout : une si belle robe avec de vulgaires sabots ! » s’emporta Demoiselle Porcinette, « alors voilà, on vous offre gracieusement la beauté, et vous la refusez, avec dédain. Franchement, vous exagérez ! L’étoile va finir par se fâcher… »
-« Bon, bon, ne t’énerve pas, Demoiselle Porcinette. Écoute, nous nous sommes tous concertés, et finalement, nous aimons bien ta robe rose. C’est vrai que tu as fait preuve de très bon goût. Pour le reste, comprends-nous, c’est plus pour des raisons pratiques que nous souhaiterions rester comme avant. »
Les échanges se poursuivirent longuement et finalement, Demoiselle Porcinette se laissa convaincre.
Le soir venu, quand l’étoile revint, elle lui dit :
-« Chère étoile magique, mon vœu ce soir est un peu différent de celui d’hier soir. Je souhaite enlever certaines choses. Par contre, en échange, j’aimerais que tous mes confrères soient roses… »
L’étoile écouta bienveillamment le vœu reformulé, et l’exauça, en disant adieu à la truie, car elle ne la reverrait plus.
Et voici comment les cochons devinrent des animaux simplement roses, sans paillettes, ni bijoux, ni talons hauts !