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Dindon le somnambule

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Valérie Bonenfant
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Quand un mille-pattes est somnambule, attention, ça déménage !
Dans son rêve debout, il se prend pour un valeureux chevalier qui doit sauver sa princesse…
Sauf qu’il est le seul à être au courant de son histoire, et que ses amis, à 3heures du matin, ne comprennent pas vraiment ce qu’il se passe… Ni quels personnages, ils sont sensés incarner !
Mille pattes au service d’une noble cause, ça agite son monde…et ça divertit !

Dindon était un mille-pattes qui rêvait beaucoup. Quand la nuit venait, et qu’il s’endormait, il partait aussitôt dans des aventures imaginaires incroyables. Le problème, c’était qu’il ne se contentait pas de les imaginer… Non, il se mettait debout et les vivait de tout son corps.
Comme cette fois, où il rêva qu’il était un courageux chevalier, venu délivrer sa princesse, prisonnière dans la tour du donjon. Profondément endormi, il se leva et alla chercher un balai. Il l’enfourcha, et partit au petit trop de toutes ses mille pattes, vers le tronc où habitait Hérold le hibou.
Dindon assiégea l’arbre, se saisit de brindilles et tambourina sur la porte. Quand Hérold, étonné de ce vacarme, vint ouvrir sa porte, il fut surpris de constater la présence d’un mille-pattes armé de mille petites épées qui le piquaient de tous côtés.
-« Fichtre ! Mais qu’est ce que c’est que cette mauvaise farce ? Vous êtes zin-zin ou quoi ? D’abord qui se permet ? »
-« Rends-toi malotru, tu es pris ! Où as-tu caché la princesse Isabelle que j’aille la délivrer ? » questionna rudement Dindon.
-« Hé ! Mais je reconnais ta voix… Tu es Dindon le mille-pattes. Que fais-tu là, à cette heure-ci de la nuit, sacré Dindon ! »
-« Dindon toi-même ! Scélérat ! Vermisseau ! Comment oses-tu m’injurier ? »
-« Scélérat ? Vermisseau ? Non mais je ne te permets pas, Dindon ! »
-« Ah, ça suffit tes insultes ! Je m’en vais te faire passer l’envie de m’appeler Dindon ! »
Et le mille-pattes agita de ses mille pattes ses brindilles, à la façon d’un nunchaku. Le pauvre hibou croula sous les volées de bois. Mais ce mille-pattes était complètement timbré, ma parole !
Le hibou rentra précipitamment chez lui, se mettre aux abris. Ca va qu’il était noctambule, car sinon être réveillé à trois heures du matin par un hurluberlu pareil ! Eva la luciole qui tenait compagnie parfois à Hérold dans ses veillées nocturnes s’enquit de nouvelles.
-« Qu’était-ce donc que ce raffut ? »
-« C’est Dindon le mille-pattes. Il me tient des propos incohérents, sur une soi-disant princesse Isabelle qu’il veut délivrer. Et après, il ne supporte pas qu’on l’appelle Dindon… ! »
-« Etrange en effet… » médita la luciole, « j’ai connu notre ami Dindon plus aimable et plus proche de la réalité… »
Mais soudain, Dindon se pointa derrière la fenêtre, cassa violemment un carreau et entra dans la pièce.
-« N’aie pas peur princesse Isabelle » dit-il en s’adressant à la luciole, « je suis venu pour te sauver des mains de ce malfrat ! »
Puis, en se tournant vers le hibou :
-« Toi le gros dindon, je vais te découper en mille rondelles de saucisson ! »
Hérold regarda la luciole, consterné. Celle-ci ne voulut pas contrarier le mille-pattes.
-« Oh merci, mon beau chevalier, de m’avoir délivré des griffes de ce vilain. Je me sauve par la fenêtre ! » fit-elle en faisant mine d’aller vers l’ouverture.
-« Parfait ! A toi maintenant ! » dit-il, menaçant, au hibou.
-« Hé là, mon vieux, on se calme ! Voyons Dindon, reprends tes esprits » geignit Hérold.
-« Quoi, mais tu persistes à me traiter de dindon ! Tant pis pour toi, tu l’auras voulu ! »
Et le mille-pattes s’approcha dangereusement de l’oiseau, visiblement prêt à attaquer. Pour se protéger, le pauvre hibou prit la première chose qui lui tomba sous les pattes : une bassine pleine d’eau qu’il envoya à la figure de l’insecte.
Celui-ci était en pleines prises de karaté :
-« Hi san shi yo, HAAAAH ! »
Impressionnant ! Vite, il fallait fuir, car cet incident allait certainement encore plus mettre le mille-pattes en colère…
Mais, curieusement, tout resta figé. Etonné, le hibou regarda. C’était comme si on avait procédé à un arrêt sur image. L’insecte était bloqué, ses pattes stoppées dans mille postures différentes. Eva, elle-même, en resta bouche bée.
-« Ca alors ! Bravo Hérold, tu l’as neutralisé ! Tu as trouvé l’arme fatale. Apparemment, le Dindon, il est cuit. »
-« Hein, quoi ? Qui m’appelle ? » dit alors le mille-pattes, dans un gros bâillement.
-« Dindon ! Enfin ! Tu as récupéré tes esprits. Dis donc, quelle frayeur tu nous as fait ! » s’exclama la luciole.
-« Moi, une frayeur ? A trois heures du matin ? Mais non, voyons, je dors ! »
-« Je t’assure que tu étais là, en mouvement, tout à l’heure, plutôt pas aimable et belliqueux… Tu m’as même roué de coups, en clamant que tu souhaitais délivrer la princesse Isabelle ! »
-« La princesse Isabelle… » répéta rêveusement Dindon.
-« Oui, même que c’était moi, Eva, qui l’ait incarnée quelques instants… » gloussa la luciole.
Dindon découvrit alors l’insecte lumière. Il se remémora alors son rêve et sourit :
-« Ah oui, ma princesse ! Je suis désolé, je dormais et je rêvais… Hé oui, je suis somnambule… Ceci dit, Eva, je trouve que tu fais une très belle princesse…lumineuse ! »
Tous trois rirent de cette nuit d’aventures, et terminèrent la soirée autour du verre convivial de l’amitié.












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