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Filifin le spaghetti

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Valérie Bonenfant
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Un conte où un spaghetti parmi tant d’autres, veut vivre son originalité…
Pour lui, pas question de rester raide et droit. Il a une idée : se faire un nœud. Et il va réussir !
Comment ? Vous le découvrirez dans ce conte inédit !


Filifin était un spaghetti qui voulait se différencier des autres. Il en avait assez d’être un spaghetti parmi tant d’autres. Il voulait se distinguer, être reconnu pour ses particularités, ses envies, ses besoins.
Or, c’était clair. Chaque fois que la cuisinière préparait des spaghetti, elle ne se préoccupait pas de ceux qu’elle allait choisir, elle piochait dans le tas, et prélevait un certain nombre qu’elle faisait cuire ensuite dans la casserole.
Filifin réfléchit alors à plusieurs stratagèmes pour qu’il soit remarqué.
Il pensa d’abord à se faire maigrir pour être encore plus fin que ses collègues, mais il se dit qu’une différence de son tour de taille déjà fin, ne serait pas assez visible pour attirer l’attention de la cuisinière. Il fallait quelque chose de plus marqué.
Il se gratta la tige à la recherche d’une idée et pensa alors à se changer de position. En effet, les spaghetti étaient tous rangés en long, dans le même ordre, alors, s’il se mettait en travers, forcément, on s’en apercevrait et on le remarquerait.
La suite projetée de l’histoire le laissa imaginer un geste machinal de remise en ordre et un retour brutal à sa situation de rangement habituel. On ne pourrait pas vraiment dire qu’il se soit ainsi démarqué du lot et se soit fait repérer pour cela.
Mais alors quoi faire ? Filifin se creusa la cervelle. Ah ! Il avait trouvé, mais cela semblait à première vue difficile à mettre en œuvre. Il faudrait qu’il se fasse un nœud. Ça, ce n’était pas banal, un spaghetti en forme de nœud, on n’avait jamais vu ça, alors, sûrement, après, on s’intéresserait à lui. Le problème, c’était comment faire le nœud.
Pas facile, comme ça, à sec, tout dur. Un nœud, ça demandait de la souplesse, et là, rigide, c’était sûr, au moindre essai, il allait se casser.
Alors, il réfléchit encore : peut-être qu’en se mouillant un petit peu, il s’assouplirait, et qu’il pourrait alors se courber. Justement, un peu d’eau bouillante tomba d’une casserole.
Filifin roula alors jusqu’à elle et s’y baigna dedans.
Oh oui. Ca faisait du bien, ses raideurs disparaissaient, et déjà, ses deux bouts pouvaient remuer un peu. Pour accélérer le processus, le spaghetti entreprit d’en faire une gymnastique.
-« Et un, et deux, et trois, et quatre ! »
Il exécuta en cadence des mouvements à droite, puis à gauche, et, à chaque fois, il gagnait un peu en souplesse.
-« Oh hisse ! »
Il n’était plus très loin maintenant, ses deux bouts allaient se toucher. Encore un petit effort, et il y serait. Voilà, ça y était ! Ses deux extrémités s’étaient rejointes.
Il fut tenté, à un moment, d’en rester là. Un spaghetti en forme de rond, ce n’était déjà pas si mal… Mais il se remémora son objectif premier, le nœud, et se dit qu’il devait respecter son idée de départ, que sinon, il risquait d’en avoir des regrets.
Alors il continua, et bientôt il réussit. Le voilà, son nœud ! Il le serra juste ce qu’il fallait, ni trop, ni pas assez. Et le résultat ne fut pas mal du tout : pile au milieu, bien ajusté, son nœud apparaissait, magistral, élégant.
-« Chouette ! » se dit-il, « avec ce nœud, on sait que je suis Filifin le spaghetti, pas n’importe lequel ! »
Une fois séché, il retourna, heureux, prendre sa place parmi les siens.
Ah, bien sûr, le nœud ne fit pas l’unanimité. Beaucoup lui firent des reproches :
-« Ah, nous voilà bien ! Avec ce nœud protubérant, tu es plutôt gênant ! Si tout le monde faisait ça, mais nous n’aurions plus de place dans le bocal. ! »
-« Oui, et en plus c’est inesthétique au possible. Un spaghetti, c’est fin et droit, c’est tout ! Sinon, ça ne s’appelle plus un spaghetti ! »
-« C’est farfelu ce que tu as fait ! En plus, qu’est-ce que ça apporte au final ? Rien du tout ! Vraiment ta démarche est inutile et sans intérêts ! »
Filifin écouta ces propos sans y attacher de l’importance. Ce qui comptait, c’était son envie, rien d’autre.
La cuisinière vint se servir et remarqua le spaghetti noué :
-« Tiens ! » se dit-elle, « un spaghetti avec un nœud ! Alors ça, je n’en avais jamais vu ! »
Et elle l’examina, curieuse, sous toutes les coutures.
-« Mais comment cela était-il possible ? Incroyable ! Comment avait-on pu s’y prendre ? Pourtant, il avait l’air sec, ce spaghetti. Il n’était pas cuit, ça se voyait ! Quel mystère !
Puis, elle se dit :
-« Ce serait dommage de le faire cuire. Il perdrait cette particularité, si étonnante pour un spaghetti… »
-« Non » dit-elle en s’adressant à Filifin, « je vais te garder ainsi, tu es trop mignon comme ça ! Et, plutôt que de faire un nœud à mon mouchoir pour me rappeler un événement, je t’utiliserai. Un spaghetti aide-mémoire, ce n’est pas banal ! »
Elle ne put le voir, mais Filifin émit un sourire de bonheur. Il était comblé ! La cuisinière lui avait parlé, à lui directement, et avait des projets pour lui. C’était super ! Il en aurait sauté au plafond s’il l’avait pu !
Et ce fut ainsi que Filifin devint l’aide-mémoire officiel de la cuisinière, ce qui représenta un travail considérable, mais qui lui valut aussi une franche reconnaissance qu’il goûta avec plaisir.












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