Valérie Bonenfant
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L’une est mince, reine d’élégance, et capte tous les regards… L’autre est ronde, un peu gauche, et sert d’accompagnante… Or, pour une fois, c’est cette dernière qui plaît…
Un conte sur le charme et la vraie beauté…
Fine était une guêpe élégante et racée, haute en pattes et la taille guindée. Elle avait beaucoup d’allure et attirait de nombreux regards.
Flie était une abeille toute en rondeurs, à la mine débonnaire, et aux manières un peu gauches.
Toutes les deux étaient amies, et se déplaçaient souvent ensemble. Où qu’elles aillent, Fine créait l’admiration, tandis que Flie était seulement considérée comme l’amie de la très belle.
Or, un jour, un jeune bourdon, du nom de Max, s’intéressa, curieusement, plutôt à l’abeille. Alors que d’habitude, tout le monde se disputait pour adresser la parole à la magnifique guêpe, cette fois, c’était sa compagne qu’on lui préférait. Celle-ci s’en trouva fort surprise, et ne parvint, en guise de réponse, qu’à formuler un « oh » d’étonnement.
Fine la guêpe daigna alors exceptionnellement considérer le jeune bourdon, et lui parler la première :
-« Bonjour, cher Monsieur le Bourdon, désirez-vous quelque chose ? »
-« Rien de particulier en fait. Je souhaitais simplement faire votre connaissance, aimables étrangères… » répondit-il.
-« Très bien, cher jeune insecte. Je suis Fine la guêpe, et voici mon accompagnante, Flie l’abeille. » présenta Fine.
-« Flie, quel nom charmant ! » murmura le bourdon.
-« Oui » insista Fine, « Fine et Flie. »
L’abeille, toujours muette, ne perdait pas un mot de la conversation. Une foule d’admirateurs de la guêpe vint bientôt l’accaparer et l’amener vers d’autres lieux. Flie et Max se retrouvèrent seuls, un peu gênés.
-« Je ne suis pas très bavarde. Ne m’en veuillez pas… » susurra l’abeille.
-« Je n’attends pas des paroles » répondit gentiment Max, « vos yeux et votre manière d’être me parlent suffisamment… »
Flie lui jeta un regard étonné. Max continua :
-« Tiens là, par exemple, vous vous interrogez sur la teneur de mes propos. Vous avez même un doute sur ma sincérité. »
Cette fois, Flie eut un sourire amusé.
-« Et voilà, maintenant, vous ne me croyez pas sérieux, et pourtant, ce que je dis est vrai… »
Flie lui jeta un regard attendri. Après tout, ce qu’il disait semblait plutôt juste.
Serait-ce donc possible d’être comprise sans mots ?
Mais voilà que Fine revenait, débarrassée de ses suiveurs, qui l’avaient apparemment et curieusement quelque peu agacés. Étrange ! Elle qui aimait tant se faire complimenter.
-« Allez viens, Flie, on s’en va, ce n’est pas terrible ici. »
L’abeille jeta un coup d’œil désolé au jeune bourdon. Elle allait devoir le quitter. Celui-ci aussitôt enchaîna :
-« Si vous le permettez, je vous accompagnerais un bout de chemin. J’ai de la route à faire moi aussi. »
Fine surprit le regard langoureux vers Flie et dit :
-« Non merci, nous n’allons pas au même endroit. »
Mais Max vint, l’air de rien, se positionner près de Flie, avec qui il entama une nouvelle conversation.
Après tout, ça les regardait d’être ensemble. Il fallait vraiment avoir mauvais goût pour préférer, à sa parfaite beauté, cette abeille rondouillarde et vulgaire.
Bientôt, la discussion des tourtereaux devint plus intime, et ils durent quitter la guêpe.
-« Au revoir, Fine ! » dit Flie, émue, le regard embué.
-« Adieu ! » s’exclama Fine en ricanant, « et bonne vie pépère… ! »
Et elle s’envola.
-« Elle est vilaine, ton amie, belle mais cruelle, un vrai danger ! » dit Max, sans regrets.
-« C’est son charme, elle est comme ça ! » pleurnicha Flie, encore triste de la séparation.
Max la prit alors tendrement dans ses pattes, et la consola avec amour.
Des deux amies, il avait préféré, sans hésitation, la sensibilité à la froide beauté, l’authenticité à l’image sans défauts.