Valérie Bonenfant
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Un conte où une partie de pêche se transforme en chasse au trésor…
Flic, un hameçon, découvre avec horreur, ce qu’est son métier : piéger et tuer les poissons innocents ! Impossible, Flic ne se sent pas l’âme d’un sanguinaire.
Alors, il s’évertue à pêcher, mais autrement…
Il était une fois un jeune hameçon du nom de Flic, qui venait d’être acheté par un pêcheur. Un peu de bricolage avec un fil de fer, un flotteur rouge accroché un peu plus loin… Et plouf, Flic se retrouva dans l’eau.
Brrh, l’eau n’était pas très chaude. On n’était qu’au début du printemps, et le soleil n’avait pas encore adouci la température.
-« Aglagla… » susurra l’hameçon, « j’étais mieux au chaud dans ma boîte, au magasin. »
Mais l’heure était venue de travailler. Sa tâche ? Il ne la connaissait pas vraiment, alors il observa autour de lui. Oui, là-bas, un confrère, comme lui, au nez crochu.
Mais tiens, voici un poisson qui venait lui tourner autour… Quel était donc ce jeu ?
Voilà maintenant que le poisson s’amusait à picorer la miette de pain accrochée à l’hameçon. Et soudain, l’horreur : le poisson, d’un grand coup de mâchoire, venait de happer la mie de pain, et en même temps de s’empaler autour de l’hameçon.
Il y avait du sang, tout rouge, l’eau se brouilla et une mauvaise odeur se répandit dans l’étang.
Quelques instants plus tard, le flotteur rouge s’agita, et l’hameçon et sa proie furent éjectés hors de l’eau.
Flic était encore sous le choc. Mais c’était terrible, ce qui venait de se passer, là sous ses yeux. Il se retourna vers d’autres hameçons qui baignaient dans le coin, mais ceux-ci, tout excités, applaudissaient en frétillant :
-« Bravo, il l’a eu avant qu’il n’ait fini toute sa mie ! »
-« Ouais, c’est super ! Et un poisson de moins dans l’étang, un ! »
-« Il ne l’a pas raté ! Vous avez vu comme il l’a bien percé. C’est un as, cet hameçon-là ! »
Alors Flic comprit ce que c’était que son travail : attraper les poissons qui rodaient dans les parages, pour son maître. Beurk, sale boulot en fait, qui ne lui convenait pas du tout.
Bientôt, il sentit l’impatience au bout de son fil. Ça titillait d’énervement, surtout que tous les autres hameçons avaient, eux, déjà ramené plusieurs fois des prises. Et lui, rien.
Il pouvait sentir au bout du fil la colère et la frustration de son pêcheur. Zut ! Que faire ? Alors, il fit mine d’attraper quelque chose… Sauf qu’il s’accrocha à un vieux tronc pourri, croupi au fond de l’eau. Le flotteur eut à peine le temps de bouger que le pêcheur tira de toutes ses forces, et se reçut en pleine face, le tronc sorti de l’eau avec énergie.
Pan ! En plein dans le mille ! Quelle belle claque… qui ne le découragea pas. Deuxième essai, et cette fois, ce fut un pneu crevé qu’il sortit, et qui le cerna, comme si le pêcheur était une quille ! Oh, grrhhh… Nom d’un castor en peluche, il n’allait pas s’en laisser conter.
Alors, il replongea rageusement son hameçon dans l’eau. Et, cette fois, mille hélas, c’est un bidon tout rouillé qu’il retira de l’eau.
-« Mais, ma parole, c’est un vrai dépotoir, cet étang… »
-« Hey, mais regarde ce bidon… » dit un de ses voisins, on dirait que ça brille ! »
Alors, le pêcheur frotta le bidon devant tous les regards attentifs, et dévoila, Ô surprise, un métal bien précieux.
-« De l’or ! Il a trouvé de l’or ! Il y a un trésor dans l’étang ! »
Alors, toutes les cannes à pêche retournèrent précipitamment dans l’eau. Mais seul Flic eut du succès.
Car les autres hameçons, avec leurs sempiternels poissons, n’intéressaient plus les pêcheurs. Tous voulaient désormais de l’or, et rejetaient à l’eau tout ce qui ne brillait pas doré.
Flic eut dès lors beaucoup de travail. Il prit goût, lui aussi, à cette chasse au trésor, et fouillait, tel un petit archéologue oeuvrant au fond des eaux.
Quand il rentrait à la maison au bout de longues heures, il était choyé par son maître, et en était très heureux. Ses trophées étaient glorieusement exposés sur des étagères, et on ne savait pas, qui du pêcheur ou de l’hameçon, était le plus fier !