Valérie Bonenfant
Partager
Comme il est difficile d’être beau !
Flon-flon, un scarabée, est admiré pour sa magnifique carapace dorée qui lui vaut moult compliments… Trop, à son goût ! A tel point qu’il va tout faire pour la salir.
Mais, un jour, sa route croise celle de Valère, un papillon, très beau lui aussi…
Flon-flon était un jeune scarabée dont la carapace avait pris au fil du temps, une exceptionnelle couleur mordorée qui faisait l’admiration de tous.
A chaque rencontre, il avait droit à des compliments comme :
-« Oh, mais quelle belle robe il a ce scarabée ! Jamais je n’ai vu une telle couleur dorée… »
Et le regard se faisait lourd et insistant.
A tel point que le pauvre Flon-flon en baissait les yeux, tout intimidé, voire gêné. Celui-ci était bien embarrassé avec cette couleur extraordinaire qui le mettait au centre des regards.
Il n’en demandait pas tant… Lui, ce qu’il aimait, c’était dévisager le monde avec curiosité, jouer dans la nature, vivre des émotions ;
Or, tous ces gens qu’il croisait et qui s’extasiaient sur sa magnifique carapace, est-ce qu’ils savaient s’il avait envie qu’on s’intéresse à lui, est-ce qu’ils se préoccupaient de s’informer comment il désirait qu’on s’adresse à lui. Non, bien sûr que non…
Flon-flon décida alors qu’il ne recevrait plus ce genre de remarques, même si elles étaient sensées être gentilles… Il n’en voulait plus ! Alors, il alla se rouler dans la boue pour recouvrir sa robe et la ternir ;
Ainsi, il pourrait passer inaperçu.
Mais, à la première pluie, tout fut rincé, et il brillait à nouveau. Pire ! Cela créait des reflets avec le soleil nouveau, et il étincelait tel un joyau.
C’était reparti les :
-« Mais quelle beauté cet enfant ! De qui tiens-tu donc ce joli ton doré ? De ton papa, de ta maman ? »
Flon-flon se mordit les lèvres, ne sachant comment se tenir pour rétrécir cette maudite carapace, et être enfin tranquille, sans les invectives des autres. Il allait rester enfermé chez lui, voilà ce qu’il allait faire. Au moins, il ne serait pas embêté, et il sortirait la nuit, comme ça, personne ne le verrait et ne lui dirait rien.
Mais, le soir venu, quand il commença à vouloir sortir de son trou, histoire de prendre l’air, il tomba nez à nez sur de gros yeux brillants, qui le regardèrent avec appétit. C’était Jacasse la chouette. Elle dit :
-« -« Oh, tu es bien petit, mais j’aurais plaisir à te goûter en apéritif, avant de partir chasser ! »
-« Houps ! » Flon-flon rentra dare-dare chez lui. Bon, sortir la nuit, ce n’était pas une super idée. Cela présentait vraisemblablement des dangers… Tant pis, il fallait trouver autre chose.
Il resta ainsi plusieurs jours dans son trou à méditer.
Et puis, un jour, il en eut assez.
-« Nom d’une patte d’araignée, je ne vais quand même pas m’empêcher de vivre à cause des autres, et de leurs soi-disants compliments ! J’ai envie d’aller dehors, glisser sur les herbes, me rouler dans la mousse toute douce, grimper sur les écorces…
Ce n’est pas eux qui vont me priver de ça ! D’abord ggrrrhhhh, le premier qui m’aborde, il ne sera pas déçu… »
Et voilà justement Zabeth la limace qui arrivait et commençait à s’émerveiller de la couleur de Flon-flon.
-« Oh le joli scarabée que voilà, on dirait qu’il est couvert d’or ! »
Flon-flon répondit alors du tac au tac :
-« Tu ferais mieux d’arrêter de parler, ça te fait baver encore plus, et c’est dégoûtant ! »
Et il poursuivit son chemin, la tête haute, le sourire coquin. La limace en fut soufflée !
-« Ben ça alors ! Le petit impertinent ! »
Ensuite, ce fut Bibine la fourmi qu’il croisa. Celle-ci, comme les autres, entreprit de lui réciter une belle parole :
-« Waouh, le beau scarabée doré ! En voilà un qui va faire des ravages quand il sera grand ! »
-« Oui, ce n’est pas comme toi, toute noire avec tes crochets ! Tu ferais peur à un monstre d’Halloween ! » répondit Flon-flon.
-« Hein ? Non mais, je ne te permets pas ! »
-« Et bien, moi non plus je ne te permets pas, na ! »
Et il continua sa route, toujours aussi en colère contre les importuns.
Il tomba alors sur Valère, un joli papillon multicolore. Celui-ci le regarda venir, en agitant doucement ses ailes.
Le scarabée s’approcha en le fixant dans les yeux, prêt à riposter. Quand il fut tout prêt, il lui dit :
-« Hé bien, tu ne dis rien ? »
-« Bonjour. » répondit le papillon.
Au bout d’un long silence, Flon-flon revint à la charge.
-« C’est tout, tu n’as rien d’autre à dire ? »
-« Heu non… Sauf que l’on dirait que tu as l’air drôlement en colère… »
Flon-flon le regarda étonné. Puis survint Mirabelle l’abeille :
-« La merveille de scarabée ! Et le papillon quelle magnificence ! »
-« Grrrhh » commença à répondre Flon-flon. Mais Valère enchaîna en disant aimablement :
-« Merci, très chère abeille, vous me flattez. Vos rayures sont également très belles… Veuillez nous excuser mais nous devons maintenant y aller. Au revoir, madame. »
Il prit la patte de Flon-flon et s’éloigna :
-« Viens, allons nous amuser maintenant… » dit-il.
Ils jouèrent un long moment et rirent comme des fous ! Ah, comme ça faisait du bien. Ils s’allongèrent ensuite sur l’herbe grasse.
-« Ah ce qu’on est bien » dit Valère.
Des animaux qui passaient par là les virent mais ne les dérangèrent pas, les laissant à leur repos. Le soir venu, ils se séparèrent :
-« Merci Valère, cet après-midi passé en ta compagnie m’a bien détendu… Mais pourrais-je te poser une question ? Comment fais-tu pour ne pas être agacé par les compliments des passants ? »
-« C’est simple, je n’y attache pas d’importance, c’est tout ! Je préfère m’amuser et me faire plaisir, comme cet après-midi… J’espère à très bientôt Flon-flon, reviens me voir quand tu le souhaites ! »
Et il s’envola dans les airs, tout en légèreté.
Flon-flon pensa. A lui aussi, Valère lui avait donné de la légèreté. Ne se sentait-il pas, en effet, avec un poids en moins : plus de colère, mais aussi plus de timidité, plus de peur…
Le scarabée était libéré, des autres, mais aussi de lui-même.