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Fourmilland

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Valérie Bonenfant
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Un conte qui montre qu’ « imagination » ne rime pas forcément avec « érudition »…
Nestor, un nouveau venu à l’école des fourmis, tout droit arrivé de la campagne, révèle de réelles lacunes en lecture… Par contre, quelle capacité d’imagination ! Tout le monde est captivé par ses histoires… Et vous, le serez-vous aussi ?


Baby était une jeune fourmi qui était née à Fourmilland, la plus grande fourmilière de toute la région. Celle-ci était une cité immense : des milliers de dômes qui émergeaient de terre sur plusieurs kilomètres, une multitude de galeries, de la voie express au chemin souterrain, qui se croisaient en sous-sol sur plusieurs étages.
Baby avait grandi dans cet univers gigantesque et pensait que toutes les fourmilières étaient conçues ainsi.
Un jour, un nouvel élève arriva dans l’école, un peu gauche, un brin sale, et maladroit en paroles. Quand il se présenta aux autres enfants de sa classe, il parla ainsi :
-« B’jour tout le monde ! Moâ, m’appelle Nestor. J’arrive de Fourmicampagne, la fourmilière de la ferme de Marcel… »
-« Bonjour Nestor ! » répondit le maître d’école des fourmis, « bienvenue à Fourmilland ! Dis-nous, comment se fait-il que tu rejoignes aujourd’hui notre fourmilière ? »
-« Ben… C’est à cause de Papa… Depuis qu’ils ont fermé le poulailler à la ferme, il y a moins de graines à manger, alors on a été obligé de partir… » expliqua Nestor.
-« Très bien, je vois… Alors, au travail maintenant ! » dit le maître, en ouvrant son livre, « aujourd’hui lecture ! »
Tous les enfants fourmis sortirent leurs livres. Baby partagea le sien avec Nestor, qui n’avait pas encore ses fournitures. Le maître interrogea Nestor :
-« A toi maintenant, Nestor, lis-nous le second paragraphe de la page 10… »
Péniblement, au bout de dix minutes, Nestor déchiffra les deux premiers mots :
-« Le… le… le… lel… la… la… la… lap… lapin ! »
-« Bravo Nestor, c’est un bon début, nous continuerons demain, si tu veux bien… » dit le maître.
Juste à cet instant retentit la cloche. C’était l’heure de la sortie. Baby accompagna Nestor un bout de chemin.
-« Et où habites-tu ? » demanda celui-ci.
-« Là, dans une niche, au 57ème étage sous terre… Au début, je me perdais tout le temps pour y aller, mais maintenant, je me suis repéré, il faut suivre la galerie 115, et quand enfin, elle débouche, on est arrivé ! » expliqua Nestor.
-« Mais… Ce n’est pas bruyant, le débouché de la galerie 115 ? » questionna encore Baby.
-« Oui, ça change de Fourmicampagne… Mais à force, on s’habitue… Que veux-tu, comme dit Papa, on ne peut pas tout avoir, les graines et le calme ! » ajouta Nestor.
Le lendemain, à l’école :
-« Nestor, reprends la lecture, où tu en étais… Tu te rappelles : « le lapin… » » l’invita à poursuivre le maître d’école.
-« Hé bien… Le lapin…mangea des carottes. Il y en avait plein le potager : des oranges, bien juteuses, goûteuses à souhait… » commença Nestor.
-« Mmmh… Très bien Nestor ! Ce n’est pas exactement comme cela que c’est écrit, mais l’esprit y est… Peux-tu lire la suite ? » continua le maître.
-« Oui, bien sûr ! » répondit Nestor, « un renard arriva et coursa le lapin, qui ne dut son salut qu’en plongeant dans un terrier. Il emprunta la galerie 115 qui déboucha sur une cachette secrète, introuvable pour les non connaisseurs… »
-« Intéressant cette histoire… Qu’en pensez-vous les enfants ? » demanda le maître.
-« La suite ! On veut connaître la suite ! » crièrent ceux-ci, le nez décollé de leurs livres.
-« Le renard voulut poursuivre le lapin. Il crut l’apercevoir au fond de la galerie 309, mais il se trompa. Celle-ci menait à la réserve d’hiver des lapins. Que de légumes ! Beurk ! Lui, le renard, préférait la chair fraîche… Alors, il rebroussa chemin, sauf qu’il ne retrouva pas la galerie 115, par laquelle il était arrivé. Il emprunta ensuite la 61… »
-« Où le conduisait-elle ? » demanda vivement, la petite Mimi.
-« Chez le méchant lapin, celui aux dents pointues ? » questionna ensuite promptement Arthur.
-« Non, je crois plutôt chez le marchand de farces et attrapes, qui lui a lancé de la bombe puante ? » s’exclama, le regard pétillant, le jeune Fripon.
-« Peut-être, tout droit vers la cage… ? » supposa le maître, lui aussi pris au jeu de l’histoire.
Nestor continua à raconter l’histoire de son livre, tel qu’il le voyait dans sa tête. Le renard fit un détour par le dentiste qui lui lima les dents. Puis, par le raseur, qui lui ôta toute sa fourrure pour en faire une couverture… Avant d’atterrir au 57ème étage, chez la conteuse qui lui raconta maintes histoires de sorciers qui lui donnèrent la chair de poule (hum, plutôt de renard !).
Pour la première fois, aucun écolier n’entendit la cloche de sortie. Tous étaient captivés par ce que racontait Nestor. Quand celui-ci dit :
-« Excusez-moi, mais il faut que je rentre, maintenant… Mon Papa va s’inquiéter… »
Tous prirent conscience de l’horaire tardif, et s’enfuirent précipitamment chez eux. Seul, le maître resta :
-« Bravo Nestor ! C’est merveilleux ce que tu as fait ! Tu as une imagination débordante, c’est très bien ! Je t’encourage à la cultiver, tout au long de ta vie… C’est une richesse pour toi, une vraie chance… Mais, quand même, ne t’en contente pas, et travaille…ta lecture ! Allez, à demain ! »
Et voici comment Nestor, venu de la campagne avec ses lacunes en lecture, devint l’un des meilleurs éléments de Fourmilland.












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