Valérie Bonenfant
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De la beauté inaltérable de la nature…
Foxy, un renard, redoute par-dessus tout, les couleurs de l’automne qui font concurrence à la teinte rousse de son pelage.
Un jour, le constat est terrible : sa fourrure est plus terne que le flamboyant de la montagne. Ceci lui est insupportable…
Comment va-t-il réussir à surmonter cette épreuve… ?
Il était une fois un renard du nom de Foxy, qui détestait l’automne. Ce qu’il n’aimait pas dans cette saison, c’était qu’elle colorait tous les arbres de la forêt d’un beau rouge flamboyant, qui faisait directement concurrence à sa belle toison rousse.
Il était jaloux de la montagne considérant qu’elle n’avait pas le droit de copier sa couleur. Celle-ci lui appartenait, un point c’est tout.
C’était qu’il y tenait à la beauté de sa couleur : il lustrait régulièrement son poil pour faire ressortir les nuances, il ébouriffait sa queue pour qu’elle ait plus de tenue, et il astiquait ses moustaches noires pour que le contraste fasse mieux apparaître le roux.
Aussi, quand l’automne s’annonçait, il attendait avec inquiétude le changement de couleur de feuillage. Plus ça devenait rouge, et plus il angoissait.
Cela durait près de deux bons mois, et quand enfin, les premières chutes de feuilles apparaissaient, il se sentait soulagé : comme si on lui enlevait un poids de ses épaules.
Pauvre Foxy, son angoisse était vaine, car que faire contre une nature qui suivait le rythme des saisons ? Il avait beau tenter de se raisonner, se dire que c’était la vie, aux premières pluies d’automne, aux nouvelles colorations chaudes, sa rancœur revenait et, avec elle, son inquiétude.
Allait-il être devancé par la forêt ? Son pelage allait-il paraître plus terne que les feuillages rougis ? Oh ciel ! Quel stress !
Et un jour, la catastrophe tant redoutée arriva. Foxy avait vieilli, et son pelage s’était un peu blanchi avec les années.
Alors, cet automne-là, il fut contraint de constater que le rouge des feuilles était, sans nul doute possible, plus éclatant que son poil. Sa première émotion fut la colère : c’était insupportable, il ne pouvait tolérer ça, alors il détruisit pendant plusieurs jours durant, toutes les feuilles en train de se colorer. Puis, comme il ne pouvait lutter seul contre la coloration qui gagnait toute la montagne, il se lamenta :
-« C’en est fini de moi. La montagne m’a vaincu… Bouh, que je suis malheureux, bouououh, elle est plus rousse que moi ! »
Aspère, la pie, qui passait par là, arrêta son vol en entendant les pleurs.
-« Et bien, Foxy, pourquoi geignes-tu ainsi ? Que t’arrive-t-il donc ? » demanda-t-elle.
-« Snif-snif, c’est à cause de la montagne. Regarde-là, elle a une fourrure plus rousse que la mienne… » pleurnicha Foxy.
-« La montagne, une fourrure rousse ? Quelle drôle de manière de voir les choses ! Ca se voit que tu es un renard, préoccupé par son pelage… C’est sûr que moi, un oiseau, je parlerai plutôt de plumage rougeoyant… La montagne emplumée, hi, hi, hi, comme c’est drôle ! »
Le rire d’Aspère calma quelque peu les pleurs de Foxy. Mais que pouvait-elle donc comprendre à son malheur, elle, un oiseau qui plus est noir et blanc ?
Le renard s’enferma à nouveau dans sa tristesse. Aspère alors, intervint :
-« Voyons Foxy ! Une montagne n’a pas de pelage… Regarde mieux, ce ne sont que des arbres assemblés. Tu ne peux pas comparer de la végétation à ton poil. Sinon, tout ce qui serait rouge te ferait concurrence… Et le coucher de soleil, y as-tu pensé ? Lui aussi est rougeoyant, et pourtant, il ne t’offense pas ! »
Foxy réfléchit : certes, le soleil couchant était d’un rouge flamboyant, et il ne s’en était jamais senti heurté. Au contraire, il adorait l’admirer.
-« Puis » renchérit Aspère, « ce ne sont que pendant de brèves périodes que la nature rougeoie. Alors que toi, c’est en permanence. Là encore, rien n’est comparable… »
Foxy hocha la tête. La pie avait raison. Pourquoi s’était-il donc tant inquiété, pour si peu ?
-« Allons viens » proposa gentiment Aspère, « allons nous balader dans les sous bois qui fleurent bon le champignon. »
Foxy suivit la pie. Pour la première fois de sa vie, il traversa la forêt d’automne, complètement serein. Aspère lui fit découvrir tous les plaisirs de cette saison : la mousse toute douce, les noisettes et les châtaignes craquantes, et bien sûr, les champignons, de toutes les tailles et de toutes les couleurs qui poussaient deci-delà… Quelles merveilles !
Puis, Aspère lui dit :
-« C’était bien sympathique, cette balade avec toi, Foxy ! Mais j’ai un peu froid maintenant. Brrrhhhh, je grelotte même… »
Elle était en effet toute tremblante. Alors, le renard la prit tout contre lui.
-« Viens dans mon pelage tout chaud, petite pie, il y fait bon, tu vas bien t’y réchauffer, tu vas voir. »
Foxy, la pie nichée contre lui, oublia définitivement sa couleur, et n’apprécia plus que la chaleur que son cher pelage pouvait donner. Comme c’était bon !
Et la nature pouvait bien prendre toutes les couleurs qu’elle voulait : jaune, rouge, verte ou bleue ! Peu lui importait désormais.