Valérie Bonenfant
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Ce conte est une invitation à l’humilité.
Jacotte, une cocotte orgueilleuse, traite de haut les autres volailles du poulailler. Mais, un jour, elle est repérée par la fermière… Ce qu’elle prend pour de l’intérêt pour sa condition exceptionnelle, n’est hélas pas de bon augure…
Jacotte était une cocotte très guindée. Elle faisait très attention à sa tenue, à son langage, à ses attitudes.
Elle se considérait comme très différente des autres poules du poulailler, qu’elle méprisait pour leur air vraiment trop rustique.
Elle refusait de pondre des œufs, car elle craignait que cela déforme la courbe parfaite de son arrière-train. Elle avait peu d’amies, mais c’était normal car, de par son statut exceptionnel, elle ne pouvait se mélanger au reste vraiment trop vulgaire du poulailler.
Or, un jour, la fermière qui venait chaque jour distribuer des graines et récupérer les œufs, la considéra un peu plus longuement que d’habitude.
Jacotte en fut très flattée. Elle pavanait encore davantage dans le poulailler.
-« Vous avez vu comme elle m’a regardé : elle a sans doute remarqué ma distinction naturelle. Je suis sûre qu’elle a pensé : cette poule-là, elle n’est pas comme les autres, c’est le raffinement incarné, la classe. Elle a quand même de la chance d’avoir un volatile comme moi dans son poulailler ! »
-« Hum-hum » fit une poule voisine.
-« N’importe quoi ! » dit une autre.
-« Non mais pour qui elle se prend, cette donzelle ! » s’exclama une troisième.
Les jours suivants, Jacotte fut gonflée d’orgueil. C’était pire que d’habitude ! Elle avait le dos cambré à l’extrême, l’arrière-train relevé, le cou allongé, le regard dédaigneux.
Même ses gloussements se voulaient aussi à l’accent pointu. Elle faisait :
-« Kôt, kôt, kôt, kôdeck… »
Les autres poules la regardaient, consternées. Trop, c’était trop ! Elle en devenait ridicule, et sa présence les gênait plutôt : ses airs supérieurs finissaient par agacer.
Alors, quand la fermière, un soir, vint la chercher, l’attrapa par une patte sans ménagements, et la promena la tête en bas, il n’y eut personne pour la plaindre.
Jacotte eut beau pousser des piaillements indignés, s’offusquer du mauvais traitement qu’on lui faisait subir, si peu en rapport avec sa qualité… Elle n’eut personne pour s’apitoyer sur son sort.
Et pourtant, ce qui allait lui arriver n’était pas drôle du tout.
En effet, la fermière, déçue par cette poule qui ne pondait pas d’oeufs, avait décidé de la préparer en cuisine.
La pauvre Jacotte finit ainsi en poule au pot, servie en plat du dimanche.
Oubliée sa distinction extraordinaire, perdue sa classe exceptionnelle, Jacotte, dans la cocotte, avait le simple goût d’une poule banale, cuisinée aux aromates.