Valérie Bonenfant
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Un conte où il ne fait pas bon jouer avec sa vie…
Pour s’amuser, de jeunes tourterelles attendent le dernier moment pour décoller du milieu de la route, avant qu’une voiture n’arrive.
De plus en plus tard, de plus en plus près, de plus en plus excitant… Et boum, c’est l’accident… !
Il était une fois une bande de jeunes tourterelles, qui s’amusaient dans une rue de la grande ville.
Elles venaient d’inventer un nouveau jeu à se faire peur. Le principe était très simple : il fallait rester le plus longtemps possible à terre, au milieu d’une chaussée, sans bouger, lorsqu’une voiture se présentait.
-« Le décompte commence à courir à partir de cette ligne blanche ! » expliqua Mathilde, une tourterelle qui venait de déposer une belle fiente blanche, en travers de la route.
-« La position à garder le plus longtemps possible est ici ! » ajouta Kévin, un autre volatile, qui lui, venait de peindre une croix stratégique marron, au centre de la voie.
-« C’est prêt ? Alors, j’y vais ! » lança Chiara, hardiment.
La tourterelle s’installa sur la croix, au milieu de la route, et attendit l’arrivée d’un véhicule. Pour l’instant, tout était tranquille. Mais soudain, au loin, on entendit un bruit de moteur. Avant même de l’apercevoir, Chiara s’envola, par peur de se faire surprendre par la vitesse de l’engin. Quelques secondes plus tard, la voiture passa, dans un vacarme assourdissant.
-« Hou la peureuse ! Elle n’a pas tenu ! » se moqua Jerry.
-« Quelle chochotte, cette Chiara ! Heureusement qu’elle est passée la première, comme ça, on va vite oublier sa performance ridicule ! » ironisa Mercure.
-« Bon, à moi maintenant ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! » fanfaronna Canular.
Hop, sur la piste ! Prêt ? Canular chaussa ses lunettes noires exprès pour mieux repérer l’arrivée de l’engin. Justement, voilà une auto qui arrivait ! Et c’était parti ! Canular ne broncha pas, jusqu’à ce qu’il vit la voiture se profiler au bout de la rue… Là, il s’envola.
-« Pou… Pou… Pou ! Hi… Hi… Hi… ! » pouffa Jerry.
-« Bof, pas terrible non plus… Quelle bande de chiffes molles ! » lança Mercure, avec dédain.
-« Ce n’est pas ma faute ! C’est à cause de mes lunettes : elles grossissent les objets… Alors, quand la voiture s’est présentée, et que je l’ai vu grosse comme ça, j’ai cru qu’elle était tout près… » se justifia Canular.
D’autres essais eurent lieu, de plus en plus osés, de plus en plus près des voitures, comme l’envol de Tommy, qui frôla le capot d’une auto, dans son envol. Quel frisson ! Tout le monde en eut très peur…de plaisir !
-« A nous, maintenant ! Mercure, tu viens avec moi ? » proposa Jerry, qui continuait à critiquer toutes les tourterelles passées avant, même Tommy et sa performance.
Avec Mercure, il allait faire encore mieux ! Les deux tourtereaux vinrent se poser sur la chaussée. Une voiture arriva, à une vitesse régulière et soutenue. Il allait falloir calculer juste… Calculer ? En fait, non, ce serait à l’instinct… Ou à l’orgueil ! Car Jerry se fit un point d’honneur de décoller après son compère Mercure. Le problème, c’est que celui-ci raisonna de la même manière : pas question pour lui de passer pour une chiffe molle !
Quand la voiture arriva, un grand BOUM se produisit ! Elle pila juste après le choc. Pendant quelques instants, un silence terrible régna, puis les premiers cris :
-« Ciel ! Jerry, Mercure… Ils sont morts ! » éclata en sanglots Phosphorelle.
-« Quelle horreur ! Ce spectacle, devant nos yeux… Jamais, je ne pourrai oublier ça ! » dit, horrifiée, Coccine.
-« C’est de ma faute, je n’aurais jamais dû commencer ce jeu stupide ! » pleura à chaudes larmes, Chiara.
La voiture, elle, râlait :
-« Fichus Zoziaux ! Z’étaient complètement abrutis, ces deux-là ! Faudrait pas qu’ils m’aient abîmé le pare-choc ! Grrrh… Les animaux en ville, ça ne devrait pas exister ! »
Elle redémarra puis fila doucement, des fois qu’elle croisa un chat faisant sa sieste au milieu de la route, ou un chien voulant enterrer son os sous le bitume !
Dans un nuage de fumée noire, les corps de Jerry et Mercure, restés jusqu’alors sous la voiture, réapparurent. De nombreuses tourterelles, qui ne voulaient pas voir ça, se masquèrent les yeux derrière leurs ailes. Chiara s’approcha d’eux pour leur témoigner un dernier geste de tendresse. Quelle ne fut pas sa surprise, au moment où elle les frôlait de les sentir bouger !
-« Ils sont vivants ! » hurla-t-elle joyeusement.
Aussitôt, une nuée de tourterelles envahit la route. Plus question pour les voitures de passer ! La voie n’était que plumes qui volaient en tous sens. Vite, on confectionna des brancards, vite on y déposa les deux oiseaux blessés, vite on les emmena chez le docteur des tourterelles. Jerry en fut quitte pour un gros pansement sur le bec, et Mercure pour un plâtre sur la patte gauche. Ouf ! Plus de peur que de mal !
-« C’est fini, ce jeu stupide… Nos vies sont trop précieuses, on ne doit pas jouer avec ! » affirma Chiara, d’un ton déterminé.
-« Tu as raison ! En plus, la ville a besoin de nous : que deviendrait-elle en effet, si nous n’étions pas là, et qu’elle soit peuplée uniquement de ces voitures sans âme… » ajouta Phosphorelle.
-« Ce serait d’un triste… Par contre, je propose un nouveau jeu : en vol haut, mitrailler de fientes dégoulinantes, les voitures qui roulent trop vite pour les faire ralentir… Qu’en dites-vous ? » proposa Kévin.
Toutes les tourterelles approuvèrent du chef, avec un large sourire, y compris nos deux compères qui avaient hâte d’être rétablis pour montrer leurs talents !