Valérie Bonenfant
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L’histoire de toutes petites bêtes …qui ont un très gros appétit !
Mieux vaut ne pas les avoir à la maison car celles-ci dévorent tout… Mais absolument tout ! Linge, outils, vis…etc.
Pour les chasser, une seule solution… qui est révélée dans ce conte !
Les tourves étaient de petits êtres invisibles, très petits et aussi très gourmands. Ils adoraient manger, que ce soit du sucré ou du salé, de la viande ou des légumes, du bon ou du pas bon.
Un jour, ils eurent envie de changer de menu. Ils venaient de dévorer tout l’intérieur d’un réfrigérateur, et avaient très froid.
-« Brrrh, je grelotte » dit la tourve Lucie, « j’ai froid, vite un lainage pour me réchauffer… »
Et elle fonça, suivie de ses acolytes, vers l’armoire aux vêtements. Tous se glissèrent dans du linge douillet. Certains dans des pulls en laine, d’autres dans des robes de chambre toutes douces, et d’autres enfin dans des chaussettes bien épaisses.
Hmmmh, qu’ils étaient bien, ainsi au chaud, confortablement installés. Quand rapidement, la faim se fit sentir, ils n’eurent pas envie de bouger, tant ils se sentaient bien.
-« Et si on goûtait le linge, peut-être que ça a bon goût ? » proposa le tourve Tim.
-« Ma foi, c’est une bonne idée, cette chaussette rouge m’a l’air bien appétissante… » confirma, d’un air gourmand, la tourve Beuche.
-« Miam-miam, j’ai dégusté le pull vert, il est délicieux » se délecta la tourve Achette.
Bientôt, plein de minuscules petites bouches se mirent à grignoter les étoffes. C’était très bon, et des provisions, il y en avait à foison. Une vraie cantine pour les tourves.
Mais, quand la famille Duduche rentra dans sa maison, elle repéra des anomalies : d’abord le frigo vide.
-« Hein ? » râla Vogh, le fils aîné, « mes pizzas, qui a osé toucher à mes pizzas ? Ca doit être un coup de mes frères… »
-« J’ai faim ! » réclama Simon, le petit frère, « je veux manger ! »
-« Désolée mes chéris » geignit la maman, « mais j’ai comme l’impression qu’il y a eu un problème avec le frigo… Je pars vite faire quelques courses et je reviens sitôt après. »
Quand elle fut de retour, les bras chargés de nourriture, tout le monde fut content de se mettre à table et de manger.
Mais, la plus grande surprise fut, le lendemain matin, quand ils voulurent s’habiller. Le papa, le premier levé, prit sa douche et se sécha avec sa robe de chambre peignoir. Quel ne fut pas son étonnement de constater qu’elle était toute raccourcie ! Ses enfants se moquèrent de lui :
-« Waouh papa ! Quel effet ! Tu donnes dans la mini robe, maintenant ! »
-« Papa, quels beaux mollets poilus, tu as ! »
-« Oh grrhh, ça suffit, taisez-vous ! Mais qu’est-il arrivé à ma robe de chambre ? La voilà toute courte ! Ce doit être le lavage… »
Mais les garçons eurent bientôt eux aussi, des surprises. Michael dit :
-« Hey Vogh ! Je ne savais pas que tu avais aussi des pulls troués ! Les jeans déchirés OK, mais les hauts… Maman est au courant ? »
-« Quoi ? Mon pull troué ? » s’étonna Vogh.
Il regarda son tricot et vit les dégâts : des trous plus ou moins grands, épars sur le vêtement.
-« Aïe aïe aïe » gémit-il, en pensant à sa maman.
Justement, celle-ci poussa un hurlement dans la pièce voisine.
-« Quoi, elle sait déjà ? » s’étonnèrent les enfants.
Mais ce n’était pas ça. La maman venait d’enfiler ses chaussettes, et celles-ci lui étaient remonté jusqu’aux genoux car elles étaient percées au bout.
-« Scrogneugneu de scrogneugneu… Mes chaussettes toutes neuves… Qui est responsable de cette mauvaise blague. Les enfants, venez ici ! » gronda-t-elle.
-« Mais quel raffut, ici ! Qu’ont-ils donc à s’exciter ainsi ? » s’écria le tourve Pouce.
-« Ça devient intenable, ces cris ! En plus, de bonne heure le matin, juste au réveil, c’est très dur ! » râla le tourve Pisco.
-« Bien, je propose que nous changions de cantine » dit le tourve Russe, « et si on allait inspecter le garage ? »
Alors, tous quittèrent d’un commun accord, le lieu bruyant, et s’acheminèrent vers le garage. Il y faisait doux aussi, et le bric-à-brac régnant était gage de casse-croûte. Ils s’y installèrent.
Comme certains avaient un petit creux, ils commencèrent à grignoter : des vis, des douilles, mais aussi des tournevis, un marteau… Là au moins, c’était tranquille… Du moins jusqu’au soir, quand le papa revint de son travail et qu’il souhaita bricoler un peu dans son garage.
Il voulut planter un clou, mais eut beaucoup de difficultés à en trouver : sa boîte était étrangement vide… Sans doute l’un des garçons qui avait dû s’en servir pour fabriquer l’une de ses inventions.
Quant au marteau, le papa n’en revenait pas : il lui était arrivé une drôle de chose, comme si on avait voulu en sculpter le bout. On lui avait fait des yeux, un nez, une bouche, et aussi une barbe… Vraiment bizarre !
Il commença alors à beugler, en criant qu’on lui saccageait son garage, qu’on ne respectait plus rien, que c’était scandaleux, qu’il allait en défendre l’accès, que décidément, tout partait à vau l’eau dans cette famille…
Tous les tourves se bouchaient les oreilles. C’est qu’il avait une grosse voix, le papa.
-« Mais jamais, ils ne se taisent, dans cette famille ! » ronchonna le tourve Nessy, « allons, changeons de quartier, ce ne peut pas être pire qu’ici… »
Et ils partirent à la recherche d’une autre maison, plus silencieuse, où enfin les bruits de voix ne leur feraient plus mal aux oreilles.