Valérie Bonenfant
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Un conte qui est un torrent de fraîcheur à lui tout seul !
Quand un homme essaie de maîtriser une nature libre, cela n’est pas sans conséquence… Hors de question en effet pour celle-ci, de se laisser domestiquer sans rien tenter!
Telle cette cascade qui va réserver des surprises « frissonnantes » à celui qui a osé vouloir contrôler son cours au fil des saisons… !
Janasse était une cascade de montagne. Elle coulait au rythme des saisons : fort en automne et au printemps, glacée en hiver, et tarie en été. Chaque année, la même séquence se reproduisait, invariablement.
Un jour, un hurluberlu du nom de Valouf décida de changer le cours des choses. Il aimait le doux chant de la cascade, alors il décida qu’elle continuerait de couler en hiver aussi. Il fabriqua un sèche-cheveux géant et, aux premiers glaçons apparents, il entreprit de les faire fondre à grands coups de jets chauffants.
-« Mais, qu’est-ce que c’est que cette chaleur ? Je ne vois pourtant pas le soleil briller avec ses rayons… Et ce boucan ! Je ne m’entends même plus couler… ! » s’étonna Janasse.
-« Là, ma belle, finis ces vilains glaçons ! Ton eau va continuer à s’écouler paisiblement… »
-« Tu parles d’un calme ! Quel ramdam ! »
Ce manège dura tout l’hiver et agaça copieusement la cascade. C’était que ses glaçons, elle les aimait bien, elle. Ils lui polissaient sa roche, permettant le printemps suivant d’encore mieux couler. Le zouave, avec son engin bruyant chauffant, lui avait gâché son hiver.
Quand l’été apparut avec ses grosses chaleurs, Valouf surgit à nouveau, le sourire plus malin que jamais. Quel tour préparait-il encore ? Cette fois, pas de sèche-cheveux, mais une énorme baignoire, qu’il transporta au-dessus de la cascade.
-« Ma parole ! Il déménage sa salle de bains ! A quand la suite avec le peigne, la brosse à dents et l’après-rasage ! Non mais, tout cet attirail de salle de bains en pleine montagne, ce Valouf était décidément un drôle de phénomène… »
Janasse sentit la dernière goutte couler dans son goulet et se prépara à offrir voluptueusement ses pierres au soleil.
Ah, comme ça allait faire du bien la chaleur des rayons du soleil sur ses vieilles roches…
Elle était là, asséchée, goûtant les rayons du soleil, quand soudain, FLAPAFLAP, une vague s’écoula de tout en haut.
-« Hey ! C’est quoi cette blague stupide ? » râla Janasse à nouveau trempée, « ce n’est pas drôle, je ne suis pas d’accord… ! »
Elle regarda du côté de son amont, mais là-haut, la nature semblait sèche, comme elle : le sommet de la montagne n’avait pas reverdi, les fleurs n’avaient pas repoussé et les marmottes étaient toujours là, à se balader. Alors, quelle était cette anomalie ?
Un coup de Valouf et sa baignoire… C’était signé ! Ah, nom d’une brindille flottante ! Après l’hiver, il n’allait quand même pas lui gâcher son été ! Quelle plaie, cet énergumène !
En plus, voilà qu’il remplissait à nouveau sa baignoire… Il allait recommencer le bougre ! Ca suffisait ! Il fallait lui donner une bonne leçon, pour qu’il la laisse enfin tranquille, vivre sa vie au rythme des saisons.
Ah ! Il avait déménagé sa salle de bains ! Hé bien, cette fois, c’était elle, la cascade, qui emménagerait dans son logement. Janasse prit son baluchon et partit à la recherche de l’appartement de Valouf. Voilà, elle y était ! Elle salua poliment l’eau qui coulait dans les tuyaux, celle du lavabo et de la chasse d’eau. Les pauvrettes ! Coincées dans cet univers confiné ! Comment pouvaient-elles prendre du plaisir à couler dans ces conditions ? Quand Valouf rentra chez lui, il voulut prendre une douche pour se laver.
Il régla la température, très chaude… Mais, FLOUCHE ! Une belle cascade d’eau glacée s’abattit sur lui ! Ah, ça chantait bien ! Comme l’eau qui coulait librement dans la nature… Sauf que là, c’était glacé, beaucoup trop froid pour lui.
« Printemps ! » lui lança gaiement la cascade. Il ferma précipitamment le robinet, et se savonna frileusement, pressé d’en finir. Il voulut ensuite se rincer, et ouvrit à nouveau le robinet. Mais, rien ne coula.
« Eté ! » chantonna joyeusement la cascade. Scrogneugneu de scrogneugneu ! Il n’allait pas rester ainsi, plein de savon ! Il tapota tous les boutons, grimpa sur un tabouret, pour vérifier l’écoulement… Rien à faire !
Puis soudain : « automne ! ». Une grande flaque d’eau torrentielle s’abattit sur lui. Fichtre ! Pour être rincé, il l’était ! Mais c’était toujours aussi glacé… Et voilà maintenant qu’on le bombardait de glaçons !
« Hiver ! » clama Janasse, enjouée.
C’était bon, il avait compris ! Toutes ces saisons qui défilaient dans sa salle de bains, à l’heure de sa douche, c’était insupportable ! Ce dont il rêvait, maintenant, c’était d’un bon bain chaud, avec de l’eau domestiquée, qui répondrait exactement à la température souhaitée. L’eau sauvage, c’était pour la nature… Pas pour lui !
Vite, il alla récupérer sa baignoire en montagne, l’installa douillettement dans sa salle de bains, et fit couler un bon bain. Janasse pouvait revenir tranquille. Valouf avait compris ! Il n’était pas prêt de vouloir recommencer à imposer un rythme à la nature ! Ça, c’était bon pour chez lui !
Désormais, quand il rendit visite à la cascade, il respecta toujours son écoulement, calé sur le rythme des saisons.