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La cloche Dongue

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Valérie Bonenfant
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Quand trop de progrès tue l’humain…
Le curé d’un village préfère une machine à disques moderne, à la cloche Dongue, objet d’art historique, mais dépassée… Voici venu le temps des cérémonies nouvelles !
Or, où sont donc passées les émotions des mariages, les joies des baptêmes, les tristesses des enterrements ?
C’est ce que les villageois se demandent, et vont s’évertuer à faire revenir…

Quand trop de progrès tue l’humain…
Le curé d’un village préfère une machine à disques moderne, à la cloche Dongue, objet d’art historique, mais dépassée… Voici venu le temps des cérémonies nouvelles !
Or, où sont donc passées les émotions des mariages, les joies des baptêmes, les tristesses des enterrements ?
C’est ce que les villageois se demandent, et vont s’évertuer à faire revenir…

La cloche Dongue dessin conte pour enfants
La cloche Dongue
dessin conte pour enfants

Il était une fois une jolie cloche en bronze, installée dans le clocher d’une église de village.
Elle était née dans l’atelier d’un artiste génial, qui l’avait façonnée avec amour.
Elle était robuste et élégante à la fois, et possédait un son unique, qui faisait vibrer les âmes.
Dans le village, elle était incontournable : pas un mariage, pas un baptême, pas un enterrement qui ne se fit sans elle. Elle participait à tous les évènements du lieu, et se sentait comme un membre de leur famille.
Or, un jour, le curé de l’église, sans doute mal influencé, s’enquit de la remplacer. Non pas pour une autre cloche, au son plus pur, ou à l’esthétique plus noble.
Non, au nom du modernisme, il installa une machine à jouer des disques. Heureux, il écoutait des mélodies données par un concert de cloches : des graves, des joyeuses, des officielles…
Notre pauvre Dongue, sur le coup, ne comprit pas : elle ne voyait rien, et pourtant elle entendait chanter ses consoeurs. Mais où étaient-elles donc ? Si nombreuses, elles ne pouvaient pas passer inaperçues !
Puis, elle aperçut l’appareil et les micros, et le curé qui injectait les disques : à chaque fois qu’il touchait l’instrument, un air nouveau se jouait. Alors, elle sut.
Son plus gros chagrin fut son premier mariage raté : les futurs époux arrivaient, tout émus… Et elle se tut. A la place, pour les accueillir, au lieu de ses tintements joyeux habituels, le curé préféra une mélodie enregistrée.
Ah, bien sûr, la composition était plus travaillée, plus nuancée avec les différents sons mélangés.
Mais, en même temps, cela paraissait si lointain, si anonyme, si étranger…
Dongue assista à la cérémonie avec un pincement au cœur. C’était comme si on ne l’avait pas invitée à la fête… Oubliée… Quelle injustice !
De fait, les villageois, séduits par la nouveauté se réjouirent des nouvelles possibilités de leur église. Le curé avait innové, et c’était tant mieux !
Mais, au fil du temps, ils se rendirent compte qu’il manquait quelque chose à leurs cérémonies.
Les mariages étaient un peu moins émouvants, les baptêmes moins joyeux, et les enterrements moins poignants. De l’émotion était partie…
Mais bien sûr ! C’était cette musique trop parfaite, ces airs si froids, qui ne résonnaient plus dans leurs cœurs.
La cloche leur manquait, avec ses accents vibrants, sincères et authentiques. Ils la réclamèrent avec véhémence au curé.
Mais, celui-ci ne voulut rien entendre : non, il ne changerait plus sa machine. Celle-ci était le progrès, l’avenir. La cloche appartenait au passé. Son temps était fini !
D’ailleurs, les mélodies des disques étaient autrement plus travaillées ! En plus, il disposait pour ces cérémonies d’un large choix de compositions, alors qu’avec la cloche, c’était évidemment plus limité… Il avait raison, il en était sûr. Les villageois étaient des retardés, des arriérés. C’était fini, il fallait qu’ils s’y fassent, la cloche ne jouerait plus jamais.
D’ailleurs, tiens, il allait la faire démonter.
Alors, les villageois s’énervèrent. Ils revoulaient leur cloche, absolument, sinon, ils iraient fêter leurs évènements ailleurs, là où de l’émotion était donnée. Ici, c’était pauvre. Avec cette musique enregistrée, rien ne passait des sentiments si forts qui s’exprimaient à ce moment-là.
La cloche, ils en avaient besoin, et ils y tenaient. D’ailleurs, il dirent au curé qu’elle faisait partie de leur patrimoine, qu’elle appartenait plus à eux qu’à lui, et que, s’il n’était pas d’accord avec les idées du village, il devait partir, mais que la cloche, elle, resterait.
Le curé en fut outré, et s’apprêtait à riposter quand soudain, surgit de nulle part, un profond et imposant son de cloche.
Les tintements s’amplifièrent au fil du temps, interrompant les discussions en cours.
Comme un cœur qui battait, régulier et puissant, le son résonnait dans les oreilles des villageois et du curé, qui écoutaient, immobiles, pétrifiés.
Il n’y avait plus rien à dire. Dongue sonnait, librement, et vibrait au rythme de l’émotion la plus profonde. Celle-ci était devenue palpable, et même le curé en eut les larmes aux yeux.
Ce ne pouvait être que Dieu lui-même qui s’exprimait ainsi ! Il en fut bouleversé.
Alors, il reconsidéra son choix : le modernisme certes, c’était bien, mais là, ça l’avait éloigné du divin, de l’essentiel.
Il rassura les villageois.
Oui, la cloche allait rester. Oui, elle allait rejouer. Oui, elle participerait à leurs évènements de la vie…
Sans regrets, il se débarrassa de la machine et de ses disques.
Et Dongue, avec bonheur, redevint la porteuse d’émotions de vie de ses chers villageois.












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