Valérie Bonenfant
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Un conte qui invite à bousculer les habitudes routinières…
Pourquoi une couverture ne servirait-elle que l’hiver, confortablement installée dans la maison ? Ici, elle va servir aussi en été, en plein désert…
Une initiative qui se révèle heureuse pour elle-même et pour son propriétaire !
l était une fois une douce couverture du nom de Toutedouce. Elle était bien chaude, en polaire, souple et moelleuse. Quand il faisait froid l’hiver, on s’en recouvrait les épaules, et aussitôt, on se sentait envahi de bien-être : le corps se réchauffait, les muscles se détendaient, et l’esprit s’apaisait, comme par miracle.
Toutedouce aimait envelopper les gens, s’occuper d’eux, et leur prodiguer de la chaleur. Alors, lorsque l’été venait, elle entrait en « estivation », comme les animaux, en hibernation, sauf que le sommeil n’intervenait pas aux mêmes saisons.
Cette année-là, alors qu’elle dormait depuis quelques semaines, il se passa un phénomène bizarre. Curieusement, elle se sentit soulevée de son placard de repos où elle ronflait si bien, et posée dans un espace clos, somme toute confortable, dont on referma le couvercle bien vite.
-« Mmmmh… » soupira-t-elle, dans un gros bâillement, « ils me changent d’endroit pour dormir cet été… Peu importe pourvu que je puisse me reposer… »
Et elle replongea dans un sommeil profond. Elle se sentit pencher, même debout à la verticale, coincée entre un pantalon et une serviette de toilette, puis quelque peu secouée. Enfin, elle retrouva une position horizontale et coite.
-« Mouahahahah… Dodo ! » murmura-t-elle, doucement.
Mais, curieusement, quelques heures plus tard, on revint la titiller. A moitié endormie, elle se sentit emportée, pliée en quatre et enfournée dans un sac.
-« M’enfin… En voilà des manières ! Ce n’est pas fini ces agitations ! Et d’abord, pourquoi me ratatine-t-on ainsi ? Je suis mieux allongée à plat, avec un peu d’aisance pour dormir ! » râla-t-elle.
Mais hop ! Voilà que le sac partait ! Cette fois, elle était serrée entre une gourde et une casquette. Toutedouce se força à ouvrir un œil. La reprise des activités était-elle déjà annoncée ? L’hiver était-il arrivé ?
Toutedouce se hissa près de l’ouverture du sac à dos, et jeta un œil. De l’un de ses coins, elle sentit l’air. Bigre, il était chaud, même brûlant. Comme ça, à poil de polaire, elle aurait dit 40°C au moins…
Et ce soleil de plomb ! D’un feu intense, d’une lumière éblouissante… C’était l’été, assurément ! Mais alors… Que faisait-elle, embarquée dans ce sac à dos… ? La gourde à côté d’elle dans le sac, lui parla :
-« C’est la première fois que tu viens dans le désert ? Je ne t’ai jamais vue, d’habitude, c’est un duvet qui est à ta place… »
Un duvet ? Le désert ? Soudain, tout s’éclaira pour elle… On l’avait emmené en voyage ! Mais bien sûr… Toutes ces pérégrinations que le duvet racontait, à son retour d’expédition, en sac à dos…
Or, cette fois, c’était elle qui avait été choisie… Mais dans le désert, une couverture ! Quelle drôle d’idée ! Elle n’était pas une voyageuse. Au contraire, elle était plutôt casanière ! Aussi loin qu’elle se souvenait, elle n’avait jamais quitté sa maison… Alors, comment se faisait-il ?
-« Fait-il toujours aussi chaud, l’été, dans le désert ? » demanda-t-elle à la gourde.
-« Oui, les journées sont écrasantes. C’est pour cela que nous servons beaucoup en journée, afin d’apaiser la soif des voyageurs… Mais la nuit, par contre, c’est glacial ! » répondit celle-ci.
Voilà qui expliquait sa présence ! Elle allait réchauffer des épaules et un corps, la nuit. Le soir venu, effectivement, alors que tous les marcheurs s’enfonçaient dans leurs duvets, son propriétaire la posa sur lui. Réchauffer, réconforter… Ca, elle savait faire, quel que soit le lieu !
Quelle aventure ! Là, ses bords touchaient le sable doux… Et ce ciel constellé au-dessus d’eux, magnifique ! Puis, de petites bêtes vinrent la parcourir… Toutedouce frissonna : l’aventure c’était aussi ça !
Le froid devenant plus intense, elle enveloppa de chaleur son propriétaire, qui se décontracta, dans un soupir de plaisir. Comme c’était bon d’exercer aussi son métier hors de chez soi, de se sentir libre dans ce grand espace.
Toutedouce savoura ce moment privilégiée, ne se rendormit plus, histoire de bien profiter de son séjour dans le désert, et sourit en pensant à tout ce qu’elle allait raconter, l’hiver prochain, au duvet resté à la maison!