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La fanfare

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Valérie Bonenfant
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♪♪ Bienvenue dans la rue de la fanfare ! ♫
Une rue joyeuse, pleine de vie, où timbales, grosses caisses et trompettes s’en donnent à cœur joie ! ♫
Sauf qu’un jour, un vilain virus coupe la voix à tous les instruments de musique !
Quel calme soudain dans la rue ! Certains s’en offusquent, d’autres s’en préoccupent…
Qu’à cela ne tienne, les instruments sont malades, on va les soigner !
Un conte où l’amour, la solidarité et la tendresse redonnent vie à toute une rue ! ♪

Il était une fois une rue exclusivement consacrée aux défilés de fanfare. Pour elle, pas question d’avoir un trottoir pour les piétons et des voies affectées aux voitures.
C’était un vaste passage avec simplement trois bandes au milieu qui guidaient les rangées de la fanfare. Chaque jour, en continu, défilaient les instruments de musique.
Bien sûr, c’était une artère plutôt bruyante, entre les cymbales, les trompettes et les tambours… Mais, c’était sympathique aussi, car toujours animé. Les spectateurs étaient amassés sur les côtés et derrière les fenêtres.
Certains venaient de lointaines contrées, attirés par cet endroit pas banal, où la fête régnait en continu. D’autres étaient des habitués et se pressaient régulièrement, au plus près de la fanfare, histoire de prendre une bonne dose de bonne humeur.
Or, un jour, il se passa une chose incroyable. Un vilain virus vint frapper tous les instruments de la fanfare. Ceux-ci s’enrouèrent, toussèrent, et finalement se turent, touchés par une extinction de sons.
-« Ca alors, la rue de la fanfare est silencieuse ! Ce n’était pas ce qui était décrit dans le dépliant touristique ! » se plaignit un visiteur américain.
-« Oui, on nous avait dit qu’en France, c’était l’arnaque. Cette rue sans fanfare le confirme… ! » ajouta un touriste allemand.
-« Remboursez ! Nos sous ! » vociféra un voyageur écossais.
Mais, comme leurs critiques acerbes ne ramenaient pas la musique, les visiteurs s’en allèrent poursuivre leur circuit touristique. La rue de la fanfare n’avait jamais été aussi vide. Seuls restaient les quelques mordus habitués qui fréquentaient assidûment les lieux.
-« C’est étonnant cette absence prolongée de la fanfare » réfléchit à haute voix un passionné de la grosse caisse, « depuis vingt ans que je viens tous les jours, c’est la première fois qu’une telle panne arrive… »
-« Il paraît que les instruments sont malades… Ca alors, j’ignorais qu’eux aussi pouvaient être sujet aux rhumes ! » s’exclama un amateur de trompette.
-« Pourvu que ce ne soit pas très grave… » s’inquiéta une fervente du bruit de fête, « Hum, et si on allait quérir un médecin pour instruments de musique ? »
Bonne idée, mais où trouver ce docteur qualifié ? Pas évident. Mais finalement, à force de remuer ciel et terre, ils finirent par trouver la perle rare : un drôle de personnage, le cheveu gris ébouriffé, le regard enfantin pétillant derrière ses lunettes et surtout, une curieuse valise remplie d’objets mystérieux, non reconnaissables par un œil de novice.
Ils l’emmenèrent au chevet des instruments qui gisaient par terre, dégonflés… Visiblement, ils ne tenaient pas la grande forme. Le médecin commença ses auscultations. Il sortit de sa valise une espèce de casque qu’il mit sur ses oreilles, et se promena tout autour de la pièce, un appareil enregistreur accroché au bout du fil.
Puis, il tâta à des endroits précis, les instruments. Enfin, il leur donna à chacun une petite tape, histoire de vérifier leurs réflexes musicaux.
-« LA, SI, SOL, RE… »
Le docteur écoutait consciencieusement.
-« Alors, c’est grave, docteur ? » questionna, inquiète, une jeune voix féminine.
-« Hum » commença celui-ci, « ces instruments souffrent d’une rhino-tuyauto-trombino-popularingite. C’est un virus qui touche les instruments fatigués. Alors, voici le traitement :
- Trois pulvérisations par jour de nasodilatateur pour déboucher les conduits
- Deux cuillerées à soupe par jour de sirop dégrippant
- Et des vitamines pour requinquer tout ça, une pastille au matin.
Encore quelques jours de repos, et tout devrait rentrer dans l’ordre. »
Chacun des mordus s’occupa personnellement d’un instrument. Ceux-ci furent choyés, dorlotés, si bien qu’ils furent vite remis sur pieds.
Quelle joie d’entendre à nouveau les premiers battements de grosse caisse ! Quel régal d’écouter les trompettes qui recommençaient à claironner! Quant aux cymbales qui claquaient vigoureusement, on ne pouvait qu’applaudir avec elles…On ne savait qui des instruments ou de leurs soigneurs étaient les plus heureux !
Le défilé de la reprise fut magistral ! Ca claquait, ça vibrait, ça fracassait joyeusement ! Jamais, on n’avait vu une fanfare donner autant. Les touristes, tombés par bonheur à cette période euphorisante, ne furent pas déçus ! Jamais, ils n’oublieraient la France, et son spectacle exceptionnel.
-« Ach, il n’y a qu’en France qu’on peut voir autant de joie de vivre ! » s’exclama un visiteur allemand.
-« C’est vif et un peu trop exagéré, à mon goût… » modéra un voyageur britannique.
-« Je vais faire plein de photos pour voir si on peut le copier chez nous ! » lança un touriste japonais.
La rue avait retrouvé son panache, sa fanfare et ses mordus, plus passionnés que jamais !












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