Valérie Bonenfant
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Les lettres se révoltent ! A cause de ces télévisions, les gens ne lisent plus, et la littérature est délaissée…
Elles décident de passer à l’action, en envahissant les écrans, et en présentant des textes de grands écrivains français…
Il était une fois dans le pays magique des écritures, une série de lettres qui s’ennuyaient.
Depuis l’arrivée des télévisions, les gens passaient moins de temps à lire, et beaucoup de lettres s’étaient retrouvées au chômage. Par exemple, le H, qui avait râlé, en disant :
-« C’est une Honte, ces Horribles écrans captent toute l’Hattention des Humains ! Moi, je dis Halte ! »
-« OuI » renchérit le I, « c’est une hérésIe ! Une infâmIe ! Ca suffIt ! »
-« CeSSons cela, tout de Suite ! » dit un S, « agiSSons, caSSons ces poStes ! »
-« Mais Voyons ! » répondit un V, « nous ne sommes pas des Violents, ni des Vandales ! Alors, que pouVons-nous faire ? »
-« ALLons sur Les téLés et rempLissons-Les de Littérature ! » proposa un L.
Et, sur ces entrefaites, toutes les lettres se préparèrent à envahir les écrans. Elles choisirent les plus beaux textes de la littérature française : des poèmes, des extraits de romans, des écrits philosophiques… Et, à l’heure H, au moment où toutes les familles étaient installées sur leurs canapés, à attendre le film du soir, soudain, un rideau de lettres couvrit les écrans.
Grand étonnement chez les humains ! Mais, que se passait-il ? Certains crurent que leurs postes étaient déréglés :
-« Ah zut ! Qu’est-ce que c’est que ces gribouillis ? Complètement fichue, cette télé ! Vite, allons la changer ! » dit le père de la famille Gentil.
-« Bon, voyons voir les fils branchés derrière… Ah, ça doit être le rouge et le bleu qui sont inversés… » supposa le papa Bricol.
SPLASH ! BOUM ! Un filet de fumée au-dessus de la télé…
Certes, il n’y avait plus de gribouillis, d’ailleurs, il n’y avait plus rien du tout, juste un gros trou au milieu de l’écran … Finalement, les fils rouge et bleu devaient être bien placés !
D’autres pensèrent qu’un évènement majeur avait frappé le pays, et justifiait un message d’urgence, en lieu et place du film classique. Ils décryptèrent alors avidement les écrits :
-« Maître Corbeau sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage… Hein ? Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? » dit papa Bidule.
-« Moi je sais, papa ! Je l’ai appris à l’école, c’est une fable de la Fontaine ! » s’exclama la petite Camille Bidule.
Dans une autre famille, on lit :
-« Ma cassette ! Où est passée ma cassette ?... Mais, qu’est-ce que c’est que cette question à la noix ? Je n’en sais rien, moi, où elle est passée sa cassette ? » demanda un papa Coton.
-« Ne t’inquiète pas, mon chéri, ce doit être un nouveau jeu télévisé ! Ils doivent poser une question juste avant le début du film, c’est tout. Tu vas voir, ça va commencer… » répondit maman Coton.
D’autres enfin, plus rares, découvrirent ces textes magnifiques, et se laissèrent emporter par la magie des mots.
-« Que c’est beau ! Que c’est bien dit ! Enfin quelque chose d’intéressant à la télé ! » dit un papi Nougat.
-« Ah, du Verlaine ! Et du Molière… Et là, du Baudelaire… Quel plaisir de relire ces textes… C’est vrai que cela fait trop longtemps que je ne les ai pas lus. Tiens, si j’allais les ressortir de ma bibliothèque ! » décida une maman Laure.
Les lettres ne purent mobiliser les écrans bien longtemps. La pression des programmes télévisuels était trop grande.
Alors, elles repartirent vers leur pays magique, en se tenant toute par la main, et en faisant une immense farandole.
Leur intervention n’avait pas été inutile. Elle avait réveillé pour certains le goût de lire, pour d’autres fait découvert des œuvres littéraires, pour d’autres encore, laissé entrevoir ce que pouvait être un bel écrit, même si pour eux, il n’était pas encore possible de l’apprécier