Valérie Bonenfant
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Imaginez une fête où l’on doive, au moins une fois dans la soirée, être le plus farfelu possible…
Génial, me direz-vous ! Enfin une occasion de se laisser aller à la folie !
Certes ! Sauf que quand on est timide et un peu coincé, il n’est pas si facile de se lâcher…
Alors, venez apprécier ce que va faire ce héron, d’habitude si timoré… !
La farfelou était une grande fête où chacun se devait d’être au moins une fois dans la soirée, farfelu. Pas facile pour tout le monde de se prêter à ce jeu, en particulier pour ceux qui étaient très sérieux ou un peu trop coincés.
Tel était le cas de Houps le héron. Celui-ci avait cogité pendant des semaines pour trouver l’acte fou qu’il allait réaliser à cette soirée. Quand enfin, il trouva, il fut tellement excité qu’il en bondit sur ses pattes, tel un ressort, la journée comme la nuit. Dès qu’il se réveillait, il se mettait à y penser, et son bondissement se déclenchait aussitôt. Le soir venu, quand il s’endormait, il plongeait soudainement dans les rêves, qui l’amenaient invariablement vers sa folle idée.
-« Chouette ! Chouette ! Chouette ! » lança-t-il en bondissant trois fois, « la farfelou, c’est bientôt ! Enfin, je vais pouvoir vous dévoiler mon idée extraordinairement farfelue ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Je vais vous épater ! » ajouta-t-il, le bec souriant, avec gourmandise.
-« Cette fois, c’est bon, je crois que Houps va se lâcher… Ce sera mieux que l’année dernière ! avança Lampion, le perroquet.
-« Oh oui ! Je me souviens ! Il tremblotait de tout son corps, ses longues jambes s’entrechoquaient, son bec claquait…. Et quand on lui demanda de montrer son tour, c’est à peine s’il entrouvrit la bouche ! » s’exclama Simon, le pinson.
-« C’est sûr, c’est un grand timide… Alors forcément, ça l’impressionne ! La farfelou, c’est quand même un évènement ! » expliqua Tillie, la chouette.
Justement, la farfelou s’annonçait. Les micros grésillèrent, la musique se mit à jouer, et les premiers danseurs s’exécutèrent. Fons, le renard, s’était rasé la moitié arrière du corps, Prune le corbeau avait peint ses ailes en blanc, et Léonora, la chauve-souris volait avec deux grandes tresses de blé blond de chaque côté de la tête. Houps sautillait à toute allure, pris par l’excitation.
-« Je le vois flou, tellement il bouge vite ! C’est incroyable ! » s’étonna le perroquet.
-« Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil ! Sûr que ce héron nous prépare un gros coup ! » supposa le pinson.
-« Peut-être va-t-il exécuter une figure acrobatique ? Comme un arbre droit, le bec planté dans la terre ? Oh, ça va être super ! » dit la chouette, en frétillant des ailes.
Chacun exposa au public son grain de folie.
Puis, quand enfin vint le tour de Houps, un grand silence attendit sa prestation. Qu’allait-il présenter ? Chacun savait qu’il avait consciencieusement préparé son tour, pendant des semaines durant… Sans doute allaient-ils voir quelque chose de très élaboré ?
Le suspens dura quelques longues minutes, où chacun retint son souffle, les yeux grands ouverts. Houps savoura ce moment avec délice. Il ne bondissait plus, et se concentrait, tel un artiste de cirque avant le clou de sa représentation.
Pour donner encore plus de corps à cet instant, un lapin tambourina de sa patte arrière sur un tronc d’arbre. Houps, le héros, se décida alors pour accomplir la suprême folie. D’un coup sec de sa tête, il bascula la houppe qu’il avait sur son crâne, de la droite vers la gauche… Quand ce fut fini, il ouvrit largement son bec et hurla un cri de joie, en direction du ciel.
-« Ye…ye…ye…YES ! J’ai réussi ! » s’extasia-t-il, encore tout retourné par son exploit.
-« Vous avez vu ce que j’ai vu ? » demanda au bout d’un moment, dans un fond de gorge, le perroquet.
-« Je crois bien que oui… » répondit, perplexe, le pinson.
-« Oui, oui, oui… » opina du chef, la chouette.
Une mèche de plumes retournée ? Comme grain de folie, on pouvait rêver mieux ! Chacun retourna à la fête, un brin déçu.
-« Quand même, toute cette excitation pour ça ! Un coup de vent et c’était pareil ! » railla, quelque peu amer, Lampion.
-« Tant de tralala pour une mèche rangée de l’autre côté, c’est effectivement beaucoup exagéré ! » renchérit Simon.
-« Mais non ! Houps a réalisé aujourd’hui quelque chose de très fort ! Peut-être pas pour vous, mais pour lui, oui ! C’est un terrible défi qu’il a relevé ! Regardez-le d’ailleurs, cette farfelou l’a transformé ! » se réjouit Tillie.
En effet, Houps, sur le chemin du retour, arborait une démarche différente, comme plus assurée. Son port de tête était mieux posé et bien équilibré. Son bec était désormais placé fièrement, droit devant lui. Enfin, son regard apparaissait plus confiant, davantage serein.
La farfelou avait débloqué quelque chose, c’était sûr !
Et ce n’était qu’un début ! Les fêtes suivantes promettaient…