Valérie Bonenfant
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Un conte où la gourmandise n’est pas un vilain défaut…
Du haut de son arbre, une feuille contemple les enfants venus pique-niquer à l’ombre du feuillage.
Miam ! Comme ça a l’air bon ce qu’ils mangent ! La feuille en goûterait bien quelques miettes…
Cela semble impossible, et pourtant…
Il était une fois une jolie feuille verte accrochée à son arbre. Elle habitait dans un jardin, complanté de fruitiers qui attiraient tous les petits gourmands des alentours.
Têtes blondes, nattes et couettes fréquentaient les lieux. Ils venaient avec leurs ballons, leurs cordes à sauter et leurs goûters.
Du haut de son arbre, la feuille verte les contemplait, un sourire amusé dans ses nervures.
Qu’ils étaient beaux, tous ces bout’chous ! Et leurs rires, si frais et si légers… Mais ce qu’elle préférait, c’était d’admirer leurs goûters : gâteaux au chocolat, tartines de miel, biscuits à la confiture… Ces beaux desserts, avec leurs belles couleurs sucrées, lui faisaient vraiment envie :
-« Miam miam » se dit-elle, « que ces pâtisseries ont l’air savoureuse ! J’aimerais bien en confectionner de pareilles ! Je suis sure que j’aurais plein d’idées et que je pourrais en inventer de nouvelles… »
Elle se prit à imaginer de savantes recettes qui donnaient des gâteaux alléchants, spécialement pour les gourmands.
Les enfants qui jouaient en bas, ne se doutaient pas qu’une feuille de l’arbre qui leur faisait généreusement de l’ombre, fantasmait ainsi.
Sans s’en préoccuper, ils croquaient dans leurs goûters, avec tout le mordant que leur jeune âge leur conférait.
-« Tu partages avec moi ton gâteau aux amandes ? Et en échange, je te donnerai trois de mes bonbons… » proposa l’un.
-« Tiens, j’ai un bout de tarte aux fraises aujourd’hui ! Trop génial ! » s’enthousiasma un autre.
-« Et moi, ma maman m’a confectionné un flan, mais il s’est tout aplati, quel dommage ! » gémit un troisième.
La feuille gourmande contemplait tout ça, et salivait.
-« Que ça avait l’air bon ! Que ne donnerait-elle pas pour pouvoir participer elle aussi à ce festin ! »
Mais l’été s’en alla, et avec lui, le temps des goûters sur l’herbe.
Bientôt, le ciel s’assombrit, et de gros nuages gris se percèrent au-dessus du jardin. La feuille se rappela avec nostalgie l’époque des pâtisseries colorées. C’était bien plus gai que cette grisaille ambiante !
L’automne avançant, elle devint jaune, et sentit qu’elle ne tenait plus très bien à sa branche.
-« Ouille, je vais bientôt tomber, comme mes voisines posées là-bas en bas… » se dit-elle, chagrinée à l’idée de perdre sa place haute, qui lui permettait de voir d’en haut.
Une légère rafale la fit frissonner et se décrocher.
La voilà qui planait doucement dans les airs, avant d’atterrir doucement sur l’herbe, juste à côté du tronc de l’arbre.
Cette fois, c’était bien fini ! Snif-snif, que c’était triste…
Mais l’automne lui accorda une belle surprise. Le soleil réapparut quelques journées d’affilée, et, comme par miracle, les enfants revinrent.
Quelle joie de revoir ces bambins merveilleux ! Ceux-ci jouèrent de longs moments dans le jardin, puis, à l’heure du goûter, sortirent leurs friandises. Ils s’assirent près du tronc, juste à côté de la feuille tombée.
Celle-ci, émerveillée, les vit sortir leur pain d’épice, leurs sablés vanillés, et même un éclair en chocolat, sorti du sac d’un petit gourmand ! Jamais, elle n’avait vu les gâteaux d’aussi près ! C’était magnifique ! Elle en pleurait de joie !
Et, comble du bonheur, elle eut même la joie d’accueillir sur elle, quelques miettes tout droit tombées de la bouche des petits. Toucher les gâteaux, c’était inespéré ! Son rêve le plus cher, réalisé !
La jolie feuille était transie de joie. Ah, ces chers bambins, avec leurs pâtisseries si douces… Quel bonheur d’être parmi eux !
Elle put ainsi profiter de ces instants merveilleux et s’emplir du plus parfait bonheur.
Et quand l’hiver arriva, avec son manteau neigeux, la jolie feuille se laissa endormir, heureuse, en serrant contre elle ses précieuses miettes.