Valérie Bonenfant
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« A chacun son activité… ».
Ainsi pourrait se résumer ce conte.
Une libellule et un éléphant s’essayent à différents loisirs, sans succès.
Jusqu’au jour où chacun trouve ce qui le fait vibrer, et y prend beaucoup de plaisir…
Margareth la libellule rencontra Boubou l’éléphant à un cours récréatif de broderie, donné par Lamellie la mante religieuse.
Tous deux avaient lu la même affiche sur le grand baobab de la savane et avaient décidé de s’y rendre, histoire de se distraire.
Mais ce loisir n’était pas simple. Il fallait sur un tout petit morceau de tissu blanc, coudre de fins dessins au fil doré.
Lamellie montrait de très belles réalisations, un mouchoir délicat avec un papillon brodé au milieu, un carré de serviette décoré avec une feuille d’arbre cousue. C’était magnifique.
Margareth voulut essayer de reproduire le papillon, mais ce ne fut pas vraiment réussi : celui-ci avait une grande aile d’un côté et de l’autre, un tout petit bout en forme de pétale…
Quant à Boubou, c’était une catastrophe. Il perdit déjà beaucoup de temps à enfiler son aiguille et s’énerva copieusement :
-« Nom d’une oreille d’éléphant, ça va rentrer, oui, ce maudit fil dans ce petit trou… Hou, ça commence à m’énerver le bonbon ! »
La libellule vint à son secours.
Voilà, il allait pouvoir commencer. Mais il fallait tenir le tissu léger entre ses grosses pattes et piquer l’aiguille avec sa trompe.
Il essaya une fois mais ouille ! Il se piqua la patte.
-« Zut de flûte ! »
De rage, il fit une deuxième tentative, mais le chiffon glissa par terre, et tomba dans la boue. Il était tout sale. L’éléphant trépigna de colère ;
-« Oh ggrrrrrh, ça m’énerve ! Je laisse tomber ! »
Et il quitta le cours. Bientôt Margareth le rattrapa.
-« Tu as raison , la broderie, ça n’est pas génial. Si on essayait autre chose ? J’ai vu que Poutine le phacochère organisait des sauts en parachute du haut du grand rocher. »
-« Wouaih, pourquoi pas ! Ca au moins, ça doit donner des sensations, allons-y ! »
Ils arrivèrent bientôt en haut du grand rocher. Poutine leur expliqua la technique du saut.
Ils allaient d’abord mettre un casque sur la tête, enfiler un sac sur le dos, et quand ils sauteraient, la voile s’ouvrirait, et leur permettrait de descendre doucement.
Poutine leur donna le matériel. Margareth avait replié ses ailes car il n’était pas question qu’elle s’en serve. Ils étaient maintenant tous deux, harnachés, au bord du rocher et le trac les tenaillait :
-« Je ne suis pas sûre finalement, que ce soit une bonne idée… » dit Margareth, toute tremblante.
-« C’est pareil pour moi, je trouve ce rocher, ma foi, bien haut, vu d’ici… » dit Boubou.
-« Allez ouste, on y va ! » dit Poutine, et d’un coup de patte, il poussa Margareth dans le vide.
Il voulut faire pareil avec Boubou, mais il eut plus de mal.
-« Oh hisse, allez Boubou, saute ! »
Boubou, tétanisé, ne bougea pas d’un poil.
-« Avance, il faut y aller ! » insista le phacochère en poussant les fesses de l’éléphant de toutes ses forces.
Mais celui-ci n’avançait toujours pas, saisi par le vertige. Alors, Poutine rusa :
-« Boubou, saute vite ! Il y a une souris qui arrive ! »
A cette annonce, l’éléphant bondit dans le vide, car il avait encore plus peur des souris que du vide…
Il était très lourd et descendit très vite. Il rattrapa même Margareth qui pourtant, avait pris de l’avance.
-« Sors ta voile, vite ! » hurla-t-elle.
Boubou tira sur la manette. La voile s’ouvrit aussitôt et juste après, il atterrit sur le sol.
Ca fit un gros BOUM et ce fut plutôt violent. Margareth arriva dans la foulée, un peu plus en légèreté
-« Oh, ce n’est pas super le parachute ! Quelle peur ! Et puis c’est trop brutal ! » dit Boubou, le casque de travers, les pattes raccourcies.
-« Tu as raison, je crois qu’il faut réfléchir un peu mieux à nos envies de détente ! »
En marchant, ils papotèrent pour se remettre de leurs émotions, et arrivèrent au niveau d’un grand stade.
Là, une équipe d’éléphants jouait au rugby contre les rhinocéros. C’était musclé ! Le ballon circulait vite de trompes en trompes, et voici qu’un essai venait d’être marqué ! Bravo ! Boubou applaudit de plaisir : les éléphants venaient de marquer !
Boubou eut alors l’envie de les rejoindre. Il s’éclata ! Génial !
Le jeu en équipe, la vitesse, l’enjeu de gagner.
Tout lui plaisait ! Margareth le regarda réaliser son match et encourageait ses exploits.
Boubou s’était trouvé un passe-temps, bien pour lui, il n’y avait pas de doute à le voir s’amuser ainsi.
Et elle, qu’allait-elle trouver ?
Elle jeta un œil, rêveusement vers le ciel. Son regard fut alors attiré par une mouche qui faisait de la voltige dans les airs : piqué, looping… C’était un joli spectacle.
D’autres animaux volants s’entraînaient à côté d’elle : il y avait une guêpe qui évoluait gracieusement dans le ciel, et un oiseau qui tournait en spirale, en faisant des tourbillons.
Et si elle essayait ?
Elle les rejoignit alors, et entreprit de décrire de jolies courbes en volant.
Elle ressemblait à une danseuse dans le ciel. Quelle grâce ! Quelle beauté ! Elle sut alors qu’elle aussi venait de trouver son loisir préféré !
Et voici comment Boubou l’éléphant devint champion de rugby de la savane, et Margareth la libellule, danseuse étoilée au joli tutu de tulle.