Valérie Bonenfant
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Baisse d’énergie pour la locomotive… Impossible de tirer ses trois wagons accrochés derrière elle. Fichtre ! Qu’ils sont lourds ! Des livres, des boîtes de conserve… Et même des lingots d’or ! Forcément, ça pèse ! Heureusement, de l’aide arrive… Juste à temps pour éviter les voleurs !
Il était une fois une locomotive, qui était un peu fatiguée de tirer ses wagons.
Pourtant, ce n’était pas le courage qui lui manquait. Par le passé, elle avait réussi là où d’autres avaient échoué, à déplacer des chargements bien plus lourds qu’elle. Elle était dotée d’une énergie débordante.
Mais, cette fois, il semblait bien que celle-ci lui fasse défaut. Certes, les wagons attelés après elle étaient bien lestés : l’un était rempli de vieux papiers et de livres anciens, sans doute destinés aux archives. Un autre était plein de boîtes de conserve et de denrées collectées pour être envoyées dans les pays pauvres d’Afrique. Et enfin, un dernier, mystérieux, car tout fermé par d’épaisses portes métalliques, avec plein de gros verrous, transportant sans doute une cargaison précieuse.
Fichtre ! Ils n’étaient que trois, mais pesaient ensemble un sacré poids. La pauvre locomotive tenta plusieurs fois de s’élancer pour faire bouger son chargement, mais hélas, sans succès.
Et ce n’était pas la pente qui allait l’aider, car les rails étaient désespérément plats. Comment faire ? Elle tirait la langue, découragée, quand les petites voix des wagons, se firent entendre :
-« Ben alors, quand est-ce qu’on part ? C’est que je voudrais bien arriver, moi ! Après avoir déchargé ces papiers, je dois amener des moutons à la montagne. Ils vont m’attendre si ça continue… »
-« C’est pareil pour moi. J’ai toute cette nourriture pour les Africains. C’est qu’ils doivent avoir faim, les pauvres ! Vite ! Il ne faut pas tarder ! »
-« Oui, il faut se dépêcher. Je ne suis pas rassuré d’attendre ainsi à découvert. Ce que je transporte est précieux, il ne faudrait pas que les voleurs s’en emparent ! Allons vite ! »
La locomotive s’élança à nouveau. Mais rien à faire, elle n’y arrivait pas.
-« Désolée, les amis ! Je n’ai plus d’énergie. Je n’arrive plus à vous tirer… C’est la première fois que ça m’arrive… »
-« Fichtre ! Nous voilà bien ! C’est bien notre veine ! Et comment allons-nous faire ? »
-« Quand même, fais un effort, ce n’est pas possible que ça t’arrive spécialement aujourd’hui… »
-« C’est un complot, j’en suis sûr ! Tu es de mèche avec les cambrioleurs ! C’est exprès que tu ne veux pas démarrer… »
-« Mais pas du tout, tu n’y es pas ! Je suis seulement très fatiguée ! »
-« Une locomotive fatiguée ! On n’a jamais vu ça, c’est impensable ! »
-« Des machines comme ça, ça ne s’arrête jamais, c’est bien connu… »
-« Moi, je persiste à croire que tout cela n’est pas très clair, et sent le coup fourré. Je vais fermer mes verrous à double tour. »
La locomotive était bien embarrassée, et ses wagons aussi.
-« J’ai une idée ! » dit soudain le deuxième wagon, « si je fais rouler vers l’avant, en même temps, toutes mes boîtes de conserve, cela déclenchera une impulsion, qui te donnera de l’élan et te permettra de partir ! »
-« Bonne idée ! » s’exclama le troisième wagon, « moi, avec mes lingots, heu pardon, mes tablettes de chocolat, je ne peux pas faire grand-chose, mais essaye… »
Dans un grand tintamarre métallique, le deuxième wagon entra en action.
Mais, malheureusement, cela ne suffit pas pour relancer la locomotive. Celle-ci perdait de plus en plus courage… C’était fichu ! Elle n’y parviendrait jamais.
Mais, soudain, une armée d’uniformes , les entoura. Ce vacarme était, sans nul doute, une tentative d’effraction de la précieuse cargaison ! Ils allaient donner l’assaut pour contrer les voleurs.
La locomotive et ses trois wagons firent alors l’objet d’une bataille acharnée… contre personne ! Les uniformes fouillèrent partout, le moindre recoin : ils ne trouvèrent rien.
Pas le plus petit cambrioleur, juste un rat, venu déguster son bout de fromage, là dans ce coin qu’il croyait tranquille, et qui se retrouvait maintenant cerné de dix mitraillettes pointées sur lui…
-« Nous avons dû les faire fuir ! C’est sûr ! Bon, il ne faut pas que le chargement attende plus longtemps. Vite ! Faites démarrer la loco ! »
Mais celle-ci ne bougea pas. Alors, tous les uniformes se mirent derrière le dernier wagon, et poussèrent en choeur.
-« Oh hisse, la saucisse ! »
Et miracle ! Enfin, le train s’ébranla ! Ils continuèrent à pousser, et le chargement prit de la vitesse. Formidable ! C’était parti !
Dans une pétarade joyeuse, la locomotive prit le relais, et s’activa. Super ! Génial ! Merveilleux ! Elle était relancée !
Autant vous dire que rien ne l’arrêta, pas même les pirates qui voulaient voler le trésor. Ceux-ci virent débouler une locomotive lancée à pleine vitesse, et ce fut à peine s’ils eurent le temps de s’ôter de son chemin !
Les archives furent livrées à l’heure, et les repas pour les petits Africains partis à destination, en avance.
Car la courageuse petite locomotive avait rattrapé son retard, et avait en même temps rechargé toute son énergie ! Bravo pour elle !