Valérie Bonenfant
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Un conte sur le sempiternel combat entre le bien et le mal…
Le bien, c’est une maison qui délivre à chacun de ses occupants des bouffées de bonheur.
Le mal, ce sont des sorciers jaloux qui veulent nuire et la détruire.
Or, cette fois hélas, le mal semble bien près de gagner… Quoique !
Il était une fois, une maison magique, qui donnait à chacun de ses occupants, beaucoup de bonheur. C’était instantané. Dès qu’on entrait, on était saisi, pris par une vague de joie indescriptible, qui rendait guilleret le plus triste des mornes mélancoliques.
C’était génial, tellement bon ! Tous ces visages contrariés qui devenaient soudain heureux. Fabuleux !
De méchants sorciers aigris, qui ne voulaient que le mal, avaient bien essayé de lui lancer des sorts malheureux. Les formules magiques les plus ardues, les plus nocives, les plus terribles, avaient été prononcé à son égard.
Mais heureusement, elles étaient restées sans effets ou presque. Seule sa façade s’était un peu ternie, ses volets un peu racornis, et son toit légèrement aplati.
La maison réussissait toujours son enchantement. Alors, les sorciers malveillants, devant tant de bonheur, décidèrent de s’unir, et d’utiliser en commun leur force maléfique.
C’était insupportable, tous ces bienfaits, tous ces gens heureux. Ils se mirent en rond sur leurs balais, au-dessus de la maison, et, ensemble, prononcèrent lentement les terribles paroles :
-« Malacoum, Machinafou, Foulamachine, Beurkus, Malus, Diablotus vilus, Finious, Casapardi, Chok ! »
Un gros nuage noir se forma avec de terribles éclairs à l’intérieur qui vinrent frapper la pauvre maison.
Celle-ci s’ébranla sous les chocs, se fissura, puis se fendit complètement et tomba.
De maison, il n’y avait plus, seulement des murs éparpillés gisant par ci par là. Consternés, les gens pleuraient.
Le bonheur, c’était fini, c’était sûr, maintenant que tout était réduit à un champ de ruines ! Quel malheur ! Dans le ciel, les sorciers triomphaient. Ils avaient réussi ! C’était eux les plus forts. Finis les sourires béats, les mines réjouies, ces bonheurs provocants !
Désormais, ils contrôlaient les choses et le mal allait sévir !
Certaines personnes, hagardes, partirent résignées, se réfugier chez elles. D’autres décidèrent de déménager, de fuir ce lieu voué exclusivement au mal. D’autres enfin, restèrent avec l’espoir que le bonheur allait revenir.
Et effectivement, il revint. Oh, ce n’était pas grand-chose au début. A peine un éclair, imperceptible, un filet de joie qui s’échappait d’une âme.
Il fleurit d’abord dans le cœur des enfants, quand ceux-ci réussirent à échapper à la surveillance triste des sorciers, et à jouer de courts instants.
Puis, il gagna quelques adultes, attendris par leurs chérubins, et prêts à leur concéder un peu de plaisir.
Le temps passa, et le bonheur gagna de plus en plus de place. Il existait maintenant presque dans chaque cœur, dans un coin bien caché mais bien vivant.
Puis, il grandit encore. Cette fois, c’était des personnes entières qu’il habitait. Celles-ci n’étaient devenues plus qu’amour, et les sorciers s’y cognèrent.
Ils eurent beau lancer des sorts malveillants, des formules maléfiques. Rien n’y fit : l’amour leur était renvoyé, tel un miroir.
C’était à n’y rien comprendre. Comment cela avait-il pu repousser ? Ils avaient pourtant bien veillé à assécher le terrain, à vider les substances…
Et voilà ces béats ridicules qui leur adressaient des cœurs, alors qu’eux-mêmes les maltraitaient.
Bientôt, le bonheur se répandit dans toute la population. Et les sorciers, envahis par l’amour, ne purent résister bien longtemps. Leur puissance ne pouvait rien contre cette marée bénéfique.
Certains d’entre eux, miraculeusement, purent s’ouvrir et devenir bons à leur tour.
D’autres préférèrent s’enfuir.
Le mal partit. Les gens revinrent alors sur les ruines de leur chère vieille maison.
C’était là qu’ils avaient connu leurs premières joies. Ils l’aimaient encore cette maison.
Alors, ils décidèrent de la reconstruire, de lui redonner vie. Ils remontèrent les murs avec les pierres détruites, réinstallèrent son toit, remirent en place ses volets, et donnèrent à sa façade sa belle couleur joyeuse.
La maison était de retour, même si on n’avait plus besoin d’elle pour avoir le sourire.
C’était simplement bon de la retrouver, comme un bonheur supplémentaire.