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La marée

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Valérie Bonenfant
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Plus ponctuel qu’une marée, ça n’existe pas…
Tous les animaux de la mer le savent et ne rateraient pour rien au monde l’heure du départ vers le large ou du retour sur le sable…
Tous ? Non, car l’un d’entre eux, parti le matin pour la journée, ne rentre pas le soir… Bizarre…Où est-il donc passé ?
L’une de ses amies part alors à sa recherche dans les grands fonds marins…

La marée était toujours ponctuelle. Depuis des lustres, elle respectait scrupuleusement son planning, où tout était indiqué, son heure de montée et celle de descente. Son calendrier était réglé à la minute près. Elle l’avait arrêté, un jour, avec la lune, qui lui servait d’horloge, là-haut, dans le ciel. Depuis, aucune minute de retard, ni d’avance, une performance dont elle était très fière.
-« Allez, les coquillages, c’est bientôt le départ, pour ceux qui veulent partir ! Pour les autres, à vos rochers, car la marée va bientôt se retirer ! »
Pas de coup de sifflet, mais bientôt des vagues qui se raccourcissaient, au fur et à mesure.
-« Ca va partir ! En voiture ! » se réjouit Youps, un escargot de mer.
-« J’espère que ça ne va pas aller trop vite, ce train de mer-là… La dernière fois, je m’étais trouvée emportée dans des tumultes qui m’avaient donné le mal de mer… » se plaignit Zabeth, la moule.
-« Moi, je n’avais pas accroché assez vite mon rocher, et je m’étais retrouvé emmenée malgré moi vers le grand large, alors que la profondeur me donne le vertige… » dit Piponne, une arapède déjà solidement arrimée à un bloc de pierre.
Quelques coups de balancier dans des vagues un peu plus vigoureuses, et les coquillages voyageurs furent emportés vers le grand large.
-« Brrrh… Il fait vraiment plus frais ici, j’avais oublié que la différence de température était si importante… » grelotta Zabeth.
-« Ne t’inquiète pas, aujourd’hui, nous ne devrions pas rester très longtemps. Si je me souviens bien, nous rentrons dans 4h23mn… D’ailleurs, il faut que je me dépêche si je veux faire tout ce que j’ai prévu… A tout à l’heure, Zabeth ! » dit Youps, en filant précipitamment vers le grand fond. L’escargot avait en effet un programme bien chargé. Visiter Mme Vèche, la seiche, prendre des nouvelles de la petite sole Bise, qui avait pris un coup de froid la semaine dernière, porter une algue séchée à Pelpère le thon, et enfin ramener du sel du grand large, à ses amis du rivage.
Bigre ! Ca allait être juste car toutes ces courses n’étaient pas situées à côté, et Youps n’était pas très rapide, comme tous les escargots, même de mer.
Pendant ce temps, Zabeth voguait dans les eaux du grand large. Elle n’avait pas spécialement d’occupation, mais c’était son plaisir de se laisser bercer au-dessus de la grande mer. Quelle ivresse ! Là, elle sentait l’espace et enfin, elle respirait pleinement.
Pour se réchauffer, elle remonta vers la surface, histoire de profiter des rayons du soleil. Le temps passa ainsi, pour nos deux touristes, et la marée annonça bientôt le retour. Zabeth était prête, mais Youps n’était toujours pas là.
-« Youps ! Dépêche-toi, la marée va monter… » cria la moule, tout azimut.
Personne ! Zut, il allait rater son train ! C’était trop bête… Il allait devoir attendre jusqu’au lendemain. Mais, déjà le balancier se mettait en œuvre. Zabeth ferma ses coquilles et se laissa porter jusqu’au rivage. Piponne l’accueillit :
-« Alors, c’était bien ? Et Youps, où est-il ? Je ne le vois pas… »
-« Ben, il a raté cette marée. Il m’a dit qu’il avait plein de choses à faire, et il a disparu dans les grands fonds… »
-« Dommage ! Ce sera pour demain, alors ! »
Mais le lendemain, la marée ne ramena pas Youps. Ni la suivante, ni l’autre d’après.
-« Ce n’est pas normal ! Youps n’était pas parti pour plusieurs jours… Il doit y avoir un problème… » cogita Zabeth.
-« Que pouvons-nous faire ? Y aller ? Moi, ça me fait trop peur… » gémit Piponne, craintive.
-« J’y vais ! » se lança Zabeth, décidée, « la prochaine marée est à 9h14mn, retour 15h08mn. Je me prépare… »
La moule attendit l’heure du départ. Celui-ci fut donné à la minute près. Pendant son séjour dans les grandes eaux, Zabeth fit ses recherches. Nulle trace de Youps ! C’était si grand ici ! Comment trouver un escargot de mer, si petit, dans une telle étendue ? Elle interrogea du monde. Enfin, après plusieurs réponses négatives, elle eut une piste :
-« Je crois que je l’ai vu, il cherchait la mine de sel. C’est là-bas, au fond de la caverne aux yeux noirs… »
Brrrh, plutôt sinistre comme endroit… Zabeth s’approcha timidement et appela :
-« Youps ! You-oups ! Où es-tu ? Il faut y aller, la marée montante ne va pas tarder… »
Pas de réponse. Alors, Zabeth entreprit d’entrer dans la mine. Quel lieu étrange ! Autant l’extérieur était sombre, autant l’intérieur était immaculé, d’une lumière blanche, généreuse.
-« C’est magnifique… Hmmmmh, en plus c’est bon ! Miam, ce sel est excellent ! »
-« Arrête malheureuse ! C’est bon mais il ne faut pas en abuser, sinon, on s’endort, certains pour l’éternité ! Regarde, tous ces dormeurs, là ! »
Zabeth découvrit alors des poissons, des coquillages…qui ronflaient copieusement. Parmi eux, elle découvrit Youps ! Vite, il fallait le réveiller ! Mais il était décidément très mou…
Alors, elle le saisit dans ses coquilles et le ramena à toute allure vers le départ de la marée. Ca allait être juste, c’était l’heure pile.
De manière étonnante, la marée eut cette fois-là, cinq minutes de retard… Comme si elle les avait attendus.
En amenant ses passagers, elle fit, dans l’une de ses vagues, un clin d’œil à la lune, qui lui rendit un beau sourire, tout en lumière…












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