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La montagne et le papillon

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Valérie Bonenfant
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Un conte qui invite à l’humilité…
Un papillon se vante de sa condition tout à fait exceptionnelle qui lui fait connaître deux états dans sa vie : celui de chenille puis de papillon.
Du coup, il se sent largement supérieur aux autres.
Mais, quelle ampleur a son évolution au regard de celle, vertigineuse de la nature… ?

Il était une fois un papillon qui habitait sur une grande montagne.
Il parlait à qui voulait bien l’entendre de son changement, de l’état de chenille, à celui d’insecte volant, et décrivait cela comme une aventure extraordinaire. Il disait :
-« Quelle chance, nous avons, nous, les papillons, de connaître deux états dans notre vie ! Je ne connais personne qui puisse autant changer dans toute sa vie. C’est fabuleux ! C’est comme si nous vivions deux vies dans une ! »
Les autres animaux écoutaient le papillon déclamer son aventure, mais c’était son histoire à lui, et cela ne les intéressait pas plus que ça…
Mais un jour, la montagne elle-même, lassée d’entendre les discours pompeux du papillon, daigna lui adresser la parole. De sa grosse voix caverneuse, elle lui tint ses propos :
-« Petit papillon… Tu n’es pas le seul à te métamorphoser intégralement. J’en connais d’autres dont le changement est encore plus impressionnant. »
-« Hein ? Quoi ? Qui parle ? » s’étonna le papillon, en cherchant autour de lui, celui qui lui avait adressé la parole.
-« C’est MOI ! La montagne… » continua l’émergence.
-« La montagne ? Mais je ne savais pas que tu pouvais parler toi aussi ! Alors comme ça, tu connais d’autres animaux qui peuvent changer eux aussi, de corps dans leur vie… »
-« Il ne s’agit pas d’animaux, mais d’autres formes d’êtres vivants… » répondit la montagne.
-« Mais de qui veux-tu donc parler ? Ah, forcément, si tu connais des extra-terrestres… Mais bon, ce ne sont pas des êtres de notre planète, alors… on peut tout imaginer ! »
-« Non, c’est terrestre… » reprit la montagne.
-« Alors là, j’ai beau me creuser la cervelle, je ne vois pas… » dit le papillon, en se grattant la tête.
-« C’est MOI » annonça la montagne.
-« Toi ? Mais ce n’est pas possible, tu es tombée sur la tête. Heu, pardon, je dis des bêtises… Mais toi, voyons, tu es une montagne, tu es le symbole de l’immobilité. Tu es là depuis des générations de papillons… Je sais bien que tu ne bouges pas. » s’exclama le papillon.
-« Tu te trompes. Je change, et même beaucoup, mais ce n’est pas dans ton échelle de temps. C’est tout. » continua la montagne.
-« Tu me racontes des histoires. Les montagnes, ça ne change pas. C’est là depuis toujours, même qu’on en fait des cartes, et qu’elles sont toujours positionnées au même endroit… » ricana le papillon.
-« Encore une fois, tu te trompes » gronda la montagne, « il y a très longtemps, je n’étais pas ainsi, j’étais complètement plate. »
-« Alors là, je ne te crois pas… » l’interrompit le papillon.
Mais la montagne continua le fil de son histoire.
-« Oui, c’était juste après la formation des continents sur la terre. Nous étions toutes aplaties, à flotter d’un seul tenant sur l’océan. Puis, il y a eu ces mouvements et des plaques sont venues nous bousculer. Des morceaux se sont détachés et sont partis à la dérive. Nous, nous continuions à être poussés très fort, si bien que, prises en étau entre deux grandes forces, nous avons dû émerger et, petit à petit, monter vers le ciel, jusqu’à devenir ce que nous sommes aujourd’hui. »
Alors là, le papillon en eut le souffle coupé.
-« Mais alors, tu continues de bouger ? » questionna-t-il.
-« Bien sûr » dit la montagne, « je grandis encore, et même j’avance… »
-« Ca alors ! » s’exclama le papillon, « jamais, je ne me serais douté… »
-« Vois-tu » poursuivit la montagne, « je me transforme aussi, mais en un temps beaucoup plus long que toi. Ainsi, il ne faut pas t’en tenir à ce que tu vois, ou à ce qu’on t’a dit, qui s’avère forcément très restreint. Je suis la montagne et je suis en pleine mutation, même si cela est pour toi, comme d’ailleurs pour la plupart des gens, difficile à imaginer… »
Le papillon en resta abasourdi. Son aventure paraissait finalement plutôt modeste, eu égard à celle vécue par la montagne.
Qui plus est, ses champs de vision et de perception semblaient bien réduits pour capter les mouvements autrement plus amples de l’univers.
Il se sentit complètement dépassé, et en même temps plus humble.
Désormais, il n’éprouva plus le besoin de parler sans arrêt de sa particularité de papillon.
Il avait conscience de n’être qu’un parmi tant d’autres et d’obéir à des lois biologiques qui le dépassaient largement.
Ainsi, il vécut heureux, en harmonie avec sa chère montagne.












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