Valérie Bonenfant
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Un conte qui illustre comment la nature est capable de s’adapter, pour résister aux assauts des prédateurs.
Les noix, de petites baies bien tendres au début du monde, vont ainsi successivement se doter d’une coquille, puis d’un bogue bien piquant, qui va tenir à distance les gourmands un peu trop zélés… !
Il y a très longtemps, les noix étaient de simples fruits charnus, couleur miel, et poussaient sur de grands arbres, très fournis en feuilles. Elles vivaient ainsi tranquillement, germant au printemps, grandissant en été, et éclatant en automne.
Tout alla bien jusqu’à ce qu’un animal bizarre, très gros, avec un long cou et de petites pattes, se mit à vouloir les goûter. Il les remarqua d’abord, par leurs jolies couleurs dorées, et, intrigué, s’approcha :
-« Ma foi, c’est rond, c’est beau, plutôt appétissant… »
Délicatement, il en prit une du bout des lèvres, la mit sur sa langue, et commença à la mâcher précautionneusement, des fois que cela fut infecte.
Mais, cela avait plutôt bon goût, et le dinosaure (car c’en était un) entreprit d’en goûter d’autres. Délicieuses, ces petites baies !
Bientôt, l’arbre fut complètement dégarni, l’animal avait tout mangé.
Or, un peu plus loin, un autre dinosaure avait observé son congénère croquer les noix. Ainsi donc, ces fruits dorés étaient bons ! Cela tombait bien, il était juste placé sous un de ces arbres.
Et, à son tour, il goûta les noix, et vida l’arbre de ses baies.
-« Miam miam, qu’est-ce que c’était bon les noix ! »
Et ce fut ainsi que ces fruits devinrent le festin favori des grands dinosaures. A peine écloses, elles étaient happées par des langues de gourmands qui, parfois, se les disputaient.
-« J’étais là le premier, elles sont à moi ! » revendiqua l’un.
-« Et puis quoi encore ! Tu t’es vu, espèce de gringalet ! » dit un autre arrogant, en roulant des épaules.
-« Poussez-vous ! Laissez passer les enfants ! Ce sont leurs friandises préférées, alors ne les touchez pas ! » gronda une maman dinosaure.
Ainsi allaient les choses, bonnes pour les dinosaures, beaucoup moins pour les noix, car celles-ci, très convoitées, disparaissaient à vue d’œil des arbres.
Finis, les noyers croulant sous les fruits ! Les récoltes étaient sans pitié, et rares étaient ceux qui parvenaient à sauver quelques spécimens ! Ils étaient perdus !
Chaque année, ils recommençaient à produire, et chaque année, ils étaient dévalisés ! Que faire ? Si cela continuait, ils allaient arrêter leur production et tant pis pour le cycle de la nature, sinon c’était trop cruel !
Alors, une petite noix du nom de Kopek, bien cachée entre trois feuilles, et qui avait résisté aux assauts de plusieurs tournées de dinosaures, eut une idée.
-« Messieurs les arbres, je sais ce qu’il faut faire pour résister à ces mangeurs de noix. Il faut que vous produisiez des fruits résistants, avec une coque autour pour les protéger. Vous verrez, ça va marcher ! »
Les arbres, un peu surpris, réfléchirent : des noix avec une coquille autour ? Cela allait leur demander plus de travail, mais après tout, pourquoi pas ? On pouvait toujours essayer !
Et, le printemps prochain, une nouvelle espèce de noix vit le jour : le fruit était toujours présent, peut-être un peu plus rabougri, car il fallait le faire tenir dans une sorte de petite boîte ronde, en bois dur.
-« Pas mal du tout ! » félicita Kopek, restée présente pour superviser les opérations.
Les noix éclorent, avec leurs coques autour.
Les dinosaures, impatients de cueillir leur première récolte de la saison, s’y cassèrent quelques dents.
-« Aïe ! Mais c’est dur ! » dit l’un en crachant une dent qui venait de se briser.
-« Beurk ! Moi, j’ai réussi à en casser une, mais j’ai maintenant plein de débris dans la bouche, c’est dégoûtant ! » grimaça un autre.
-« Gloups ! Moi j’ai voulu en avaler une, tout rond, et elle est coincée dans mon tuyau de gorge ! Ça fait mal ! » pleurnicha un troisième.
Kopek était très fière ! Son idée avait marché. Les voilà de nouveau tranquilles pour quelques années.
Des siècles passèrent, et d’autres animaux revinrent bien plus tard les chercher : ils avaient deux pattes, deux bras, une tête, et se tenaient debout. Des hommes !
Ceux-ci cueillirent les fruits, et avec des cailloux, cassèrent les coquilles pour manger l’intérieur.
A leur tour, ils pillèrent les arbres, et Kopek dut reprendre du service. Qu’allait-elle trouver contre ces nouveaux prédateurs ?
Alors, elle proposa aux arbres de fabriquer l’armure suprême : un bogue, bien vert, bien piquant, qui protègerait la noix et sa coquille de toute prise.
Les arbres rechignèrent : c’était bien compliqué tout ça ! Mais finalement, face aux nombreux assauts des hommes, ils s’y résignèrent.
La nouvelle récolte fut piquante et aiguisée. Ouille ! Les hommes s’y frottèrent et s’y piquèrent ! Non seulement, ça faisait mal, mais en plus, c’était impossible à ouvrir !
Il fallut attendre bien des années avant que de nouveau, des bouches humaines puissent en savourer.
Aujourd’hui encore, il est possible d’en déguster. Mais pour combien de temps ? Car attention, Kopek est toujours active, quelque part dans le monde, et elle prépare sans doute un nouveau plan de défense machiavélique. Qui sait ?
Des écrans électriques qui jettent des éclairs quand on les touche ? Ou peut-être une couche supplémentaire autour du bogue, qui brûle et désagrège les doigts ? Ou carrément un déménagement sur une autre planète où les prédateurs de noix sont absents ?
En attendant, un conseil : profitez-en ? Mangez des noix !