Valérie Bonenfant
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Une graine d’une plante grimpante vient se nicher dans le ventre d’un homme. Elle grandit jusqu’à envahir tout son intérieur… et même à le déborder !
Celui-ci va alors s’évertuer à s’en débarrasser…
Il était une fois une petite graine du nom d’Emy, qui avait envie de pousser, et se cherchait un terrain favorable. Elle alla se nicher dans un pain de boulanger, bien moelleux et bien appétissant :
-« Hmmmh, confortable… » se dit-elle, en se creusant un bon petit nid dans la mie, « comme je vais être bien ici ! Je me repose et ensuite, j’y plante mes racines. »
Mais le sort n’en alla pas ainsi. Le pain fut acheté, et mangé par un goulu affamé. La petite graine se retrouva dans la bouche, tournant boulant dans sa chère mie, devenue toute mastiquée et spongieuse.
-« Beurk ! Ca colle maintenant cette pâte. Et ce charivari… Bouh ! Ca me donne le tournis… »
Mais ses aventures n’étaient pas terminées : elle chuta le long d’un grand tube, puis atterrit dans un endroit mou, où on lui aspergea tout un tas de liquides acides qui lui piquèrent le peau. Heureusement, ensuite, elle arriva dans un lieu plus tranquille.
-« Ah, ouf ! Enfin le calme ! Bon, cette fois, je ne vais pas traîner pour planter mes racines, des fois que tout se remette à bouger.
Et, dans le ventre du goulu, la petite graine germa. C’était une espèce de plante grimpante, et elle avait très envie de grandir. Dans la cavité, une jeune tige poussa, d’abord frêle et gracile. Puis, les premières feuilles apparurent, d’un joli vert tendre, toutes douces.
A l’extérieur, le goulu ne sentait rien. Bientôt, tout le ventre fut rempli de verdure, et Emy, devenue plante, voulut encore grandir.
Alors, elle emprunta tous les petits trous qui se présentaient à elle, et transita ainsi dans tout le corps du malheureux colonisé. Celui-ci devint tout vert à l’intérieur, une vraie forêt vierge ! Il se sentait bien un peu vasouillard, mais sans plus, et il ne s’en inquiéta pas plus que ça.
Ce fut quand il commença à lui sortir de l’herbe par le nez qu’il réalisa que quelque chose ne tournait pas rond. Il crut d’abord que c’était des poils et les rasa en même temps que sa barbe.
Mais, quand ça repoussa plus dru et plus vert que jamais, il s’effraya un peu. Surtout qu’on lui dit :
-« Hé Marcel ! Tu veux te faire rôtir que tu te mets du persil dans les narines… »
Grrrh… Pas drôle du tout ! Et ce n’était pas fini ! Voilà que ça sortait maintenant par les oreilles… Il essaya bien de les dissimuler en les coiffant comme ses cheveux, mais un de ses voisins le railla :
-« Ben Marcel ! Tu te fais des mèches vertes maintenant… Ah ces jeunes ! Ils ne savent plus quoi inventer pour se faire remarquer ! »
Mais les bouclettes de feuilles vertes n’enthousiasmaient pas Marcel. Le pire fut quand une tige lui sortit des fesses. Alors là, ce fut la honte suprême ! Plus question de quitter son pantalon…
Mais Emy, impitoyable, continuait de pousser, coulant de son nez, telles de belles chandelles vertes, allongeant ses cheveux à la mode hipie, et remplissant la culotte du goulu. Celui-ci, bien embarrassé, décida alors d’aller trouver un jardinier :
-« Je voudrais du désherbant qui tue les mauvaises herbes » dit-il, un mouchoir sur son nez, les cheveux tressés jusqu’aux pieds, et la couche pendante.
Le jardinier lui remit un bidon orange, en lui disant :
-« Surtout, à ne pas avaler, c’est un poison mortel pour les hommes aussi… »
Le Marcel tourna alors les talons, laissant là le jardinier et son bidon.
-« Je dois reconquérir mon territoire, et vider cette intruse… » se dit-il rageusement.
Alors, il décida de se faire vomir, jusqu’au fin fond de ses entrailles. Il régurgita tous ses repas, tous les restes coincés dans les coins. Il racla les fonds jusqu’à ce que plus rien ne sorte. Il tira sur les tiges pour faire venir les racines.
Au bout de longs efforts, il vida tout son jardin intérieur. Ah, on se sentait mieux quand même, comme plus léger, moins encombré.
Mais pour être sûr que plus rien ne restait, il se purgea, se désinfecta, s’aseptisa, ingurgitant des produits qui le firent briller de l’intérieur. Cette fois, il était sûr, il n’y avait plus rien… Il guetta dans son intérieur tout signe de récidive…
Et, parce que cette plante avait désormais une vie hors de lui, il alla la planter dans un jardin à côté, à la belle terre meuble.
Emy s’y plut tout de suite, et reprit sa croissance avec vigueur. Elle grandit et devint la plus belle plante du jardin.
Marcel venait la voir régulièrement, un brin nostalgique. Après tout, c’était un peu lui qui l’avait couvé, hébergé, quand elle était petite. Et aujourd’hui, comme elle était belle… Il se réjouit de sa croissance à côté de lui, et de son intérieur redevenu tranquille.