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La salive parlante

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Valérie Bonenfant
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Un conte où le bavardage est roi !
La salive d’un bavard tombe accidentellement de sa bouche.
Zut ! Il s’agit maintenant de se reloger!
Elle fait plusieurs essais, mais il n’est pas si facile de trouver une bouche correcte…
Va-t-elle enfin parvenir à trouver un hébergement satisfaisant ?


Il était une fois de la salive qui séjournait dans la bouche d’un grand bavard. Celui-ci n’arrêtait pas de parler : il avait toujours quelque chose à dire sur tout. Avec lui, pas une seconde de calme…
La salive était mise à rude épreuve et se régénérait continuellement. De temps en temps, quand elle avait trop servi, le bavard en crachait un jet par terre. Or, cette fois, la salive qu’il jeta sur le sol, ne sécha pas comme habituellement.
Alors que l’homme était déjà parti vers d’autres aventures, la salive se mit à parler :
-« Mais qu’est-ce que je fais là par terre ? C’est tout sale et très froid. Brrrh… Je grelotte ! Il faisait meilleur dans la bouche. Et d’ailleurs, pourquoi il m’a jeté comme ça, le bavard ? Je parlais plutôt bien, il me semble… »
Alors la salive essaya de se retrouver une bouche. Elle vit un chat qui lapait du lait dans une gamelle. Elle s’approcha et plongea dans le lait. Gloups ! Voilà, le chat venait de la mettre en bouche.
-« Mouais, pas mal comme endroit. Bon, c’est plus petit qu’une bouche d’homme, mais c’est chaud et doux, ça fera l’affaire. Alors, qu’est-ce qu’il raconte le minou à sa mimine ? Il est allé à la chasse ? Il a attrapé des zoziaux ? Quel sauvage ce matou, s’en prendre ainsi à de pauvres bêtes sans défense ! Canaille, va ! »
Le chat ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Toutes ces paroles dans sa bouche, alors qu’il était si silencieux d’habitude… Impossible de chasser avec ce flot discontinu ! On le repérait à des lieux à la ronde, pas vraiment discret ! Le pauvre chat tenta de se dépêtrer de cette parole encombrante.
-« Oh, mais qu’est-ce qu’il a, ce coquin de minou, à s’agiter ainsi ? Il a le hoquet ou quoi ? Oh oh, mais on dirait qu’il crachote ! Serait-il malade ? Bouh, je ne veux pas séjourner plus longtemps dans cette bouche malsaine. Vite, fuyons ! »
Et la salive parlante sauta en marche de la gueule du chat, qui s’en trouva fort aise. Ouf, débarrassé de cette parole soûlante !
La salive se chercha alors une autre maison, où il ferait bon séjourner. Tiens, ce bec d’oiseau là-bas, ça serait pas mal pour faire des voyages… Et elle fila vers le volatile. Un petit saut et hop ! La voilà dans le bec de l’oiseau ! Ouf, il était temps, car le décollage eut lieu juste après…
-« Bonjour, alors où va-t-on ? New York, Tombouctou, Oslo ? Moi, ce qui me ferait plaisir, ce serait d’aller à Nairobi. C’est vrai, j’ai toujours rêvé de rencontrer des éléphants. Sûr qu’avec une taille pareille, ils doivent avoir de la conversation ! »
L’oiseau se posa sur une branche, pour méditer à cette étrangeté : on lui parlait pendant son vol, et pourtant personne aux alentours. Serait-ce sa petite voix intérieure ? Mais non, impossible, il n’avait jamais rêvé de Nairobi !
-« Bon, l’avion-là, tu redémarres ou quoi ! Il ne s’agit pas de s’endormir, maintenant ! C’est que je suis venue pour voir du pays, moi ! Allez, bouge ! »
Non mais pour qui le prenait-on ? Pour un tour opérator ou quoi ?
-« Ce n’était pas marqué « agence de voyages », ici ! » dit-il en montrant son front, avec l’une de ses ailes.
L’oiseau, scandalisé, bava un grand coup. Il se sentait le bec humide, et ça le gênait vraiment trop ! La salive retomba, flasquement.
-« Ah ben bravo, le rêve ! Me voilà réduite à un tas de morve sans consistance ! Petit, petit, petit, quelle bouche privilégiée voudrait récupérer une parole intelligente, fine et pleine de délicatesse ? Venez, venez, venez ! Je suis là, prête à vous meubler, pour une bouche saine, sans caries et sans maladie. Alors, qui veut faire une super affaire ? »
Quelques-uns s’approchèrent, intéressés : un timide qui n’osait pas parler aux filles, un bègue qui en avait assez de buter sur les mots, un solitaire qui cherchait de la compagnie…
Mais après avoir écoutée la parole guère plus d’une minute, tous s’en allèrent précipitamment :
-« Vraiment trop soûlante, tant pis pour les filles ! » dit le timide.
-« Insupportable, je préfère encore mon bégaiement ! » renchérit le bègue.
-« Trop pénible, j’opte pour la solitude ! » affirma le solitaire.
-« Tant pis pour vous ! » s’énerva la salive, « de toute façon, vous ne me méritez pas ! »
En effet, quelle tristesse, ces bouches vides ! Ah, aucun qui ne vaille son bavard d’antan. Avec lui au moins, on ne s’ennuyait pas !
Et si elle repartait à sa rencontre ? Si le miracle des retrouvailles opérait encore ? Alors, elle lança des recherches, et finit par le croiser à nouveau, au square. Il parlait, seul.
La salive resauta dans sa bouche, histoire de lui tenir la conversation.
Des choses à se dire, ils en avaient plein, après tout ce temps de séparation…
Et ce n’était pas prêt de s’arrêter…
D’ailleurs, des millénaires plus tard, dans le ciel, on pouvait encore les entendre parler !












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