Valérie Bonenfant
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Un conte sur les limites de la science…
La trappa, un puits construit près d’un sommet d’une montagne, est un mystère.
Qui l’a construit ? Pourquoi ? D’où vient son attrait ?
Un homme va s’évertuer à apporter une explication scientifique à cet ouvrage.
Mais peut-on vraiment expliquer l’âme d’un lieu, son charme profond?
La Trappa était le nom d’un puits. Mais pas n’importe quel puits : situé près d’un sommet d’une montagne, inaccessible et isolé de tout.
Qui l’avait construit ? On ne le savait pas. Et qui avait eu l’idée de le construire ? On ne le savait pas non plus.
Sans doute quelqu’un d’un peu dérangé, car quelle drôle d’idée de créer un puits en haut d’une montagne, où la pente est tellement rude, que l’eau n’y fait que dévaler en torrent.
La Trappa faisait l’objet de nombreuses visites. Beaucoup de randonneurs s’en fixaient leur objectif de balade et, une fois parvenus sur le site, y séjournaient le temps d’un pique-nique ou d’un goûter.
Le puits paraissait pourtant quelconque : un grand trou noir, cerné de roches plus ou moins bien taillées.
Mais sans que l’on ne sache pourquoi, ce lieu avait une âme. Il suffisait d’y arriver pour qu’aussitôt, on s’y sente bien, comme baigné d’une douce présence. C’était indéniable, la Trappa avait du charme.
Mille légendes couraient sur son compte. De la plus terrifiante, comme celle qui racontait que son fond était couvert de squelettes, qui geignaient les nuits d’hiver. A la plus sympathique, comme celle qui disait que tout vœu d’amour formulé à côté, s’exauçait peu après.
Un jour, un fasciné des puits, du nom de Ramdam, voulut percer son mystère. Il avait emmené à la Trappa tout son arsenal d’outils divers et variés, spécialisés dans l’analyse des puits.
Il commença par mesurer à l’aide d’appareils compliqués, tous les paramètres du lieu : température, évolution quotidienne, hygrométrie, teneur du sol, climatologie…etc. Il obtint beaucoup de résultats, vu la liasse de papiers qu’il gribouilla.
Plusieurs mois durant, il s’évertua à analyser le charme du lieu. Content de ses conclusions, il en édita un livre.
En résumé, ce qu’il avait compris, c’était que le puits n’était pas banal : du fait de sa situation en altitude, il baignait en permanence dans une humidité fraîche, propice à la pousse de végétaux, qui tendaient à rendre le coin sympathique.
De plus, la qualité de l’air des montagnes, ainsi que l’amoindrissement de la pression atmosphérique, contribuaient à se sentir plus léger. D’où le bien-être que l’on éprouvait à fréquenter ce lieu.
Voilà, le mystère était percé, le charme était expliqué.
En réalité, nous qui connaissons l’histoire du puits, pouvons, mieux que ne l’a fait Ramdam, approcher la vérité. La Trappa avait été construit, il y a fort longtemps, par un ermite qui habitait la montagne. Celui-ci souffrait souvent du froid en hiver, glacial sur les sommets.
Et pourtant, il n’avait pas envie de redescendre dans la plaine, et de revenir vers la civilisation.
Alors, il mit tout son cœur dans la construction de cet ouvrage, censé lui apporter de la chaleur, au plus profond de la terre. Chaque fois que le temps le lui permettait, il suait sang et eau, à la construction de son puits.
Il y consacra sa vie durant, et parvint à atteindre une profondeur impressionnante. Plus il allait loin et plus il avait chaud…
La Trappa, c’était forcément l’âme de cet homme, le respect de son travail qui avait traversé les siècles, son courage, sa ténacité…plein de choses qui ne se mesuraient pas avec des appareils.
Pauvre Ramdam, il avait complètement fait fausse route. Quelle erreur aussi de vouloir absolument donner une explication scientifique au charme !
N’allait-il pas demain, s’évertuer à analyser le phénomène du coup de foudre amoureux, à coup de mesures d’arcs électriques, de magnétisme ou d’anodisation…
Espérons pour lui qu’il soit touché au moins une fois dans sa vie par cet état de grâce, loin de toute explication rationnelle et scientifique !