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Lapache et Lasso

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Valérie Bonenfant
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Un conte où une guerre imbécile entre animaux de la même espèce, se termine en histoire d’amitié et de fraternité…
Lapache et Lasso sont deux chevaux. L’un défend la cause des Indiens d’Amérique, l’autre, celle des cow-boys…

Lapache et Lasso étaient deux chevaux qui habitaient les grandes plaines d’Amérique.

Lapache était un cheval blanc avec de nombreuses tâches noires. Il vivait en liberté, sans mors ni selle, et un indien s’occupait de lui.

Lasso, lui, était confiné à l’intérieur d’une caserne. Il avait appris la discipline et le travail avec son maître, un cow-boy méritant.

Un jour, tous deux furent amenés à se rencontrer. Lapache avait sur son dos, son indien, bariolé et emplumé, comme pour les grands évènements. Lasso, lui, était monté par son cow-boy colonel, au costume étoilé, et au chapeau bien vissé sur la tête.

Soudain, Lapache entendit le hurlement strident de son cavalier, et fut incité à partir au grand galop, droit vers le camp des cow-boys en contrebas.

Bientôt, ce fut des flèches qui furent lancées, des tirs échangés, des chariots renversés, et des enfants qui pleuraient. Cela ressemblait bien à une grande bataille. Lapache y allait de toute sa hargne.

Il galopait, esquivait, ruait, cabrait… Voilà pour lui ! Ce cow-boy déguisé, déstabilisé sur son cheval. Mais, le bougre, en tombant, venait de s’agripper à son indien, et l’entraîna dans sa chute.

Tous deux roulaient maintenant, en corps à corps, et les chevaux, désormais sans cavalier, se regardèrent, l’air mauvais.

Lasso, dont le sens du devoir était aiguisé, décocha le premier, en envoyant un bon coup de sabot. Lapache ne se laissa pas faire pour autant et riposta par une ruade magistrale.

Comme leurs maîtres, les animaux se firent la guerre. Lapache, bavard, y allait de ses commentaires :

-« Bête stupide ! Honte de la race ! Se laisser ainsi dominer par ce pantin ridicule ! »

-« Et là, empoté en plus ! Mais qu’est-ce qu’on t’apprend, bon sang ! »

-« Et cette selle sur le dos, ce harnachement autour de la bouche, il faut vraiment tomber bien bas… »

Lasso réagit de plus belle. Les mots de son assaillant commençaient à l’énerver.

Ah ! Il allait voir ce cheval d’emplumé, primitif et sans grandeur, de quel bois il se chauffait.

Il redoubla ses tirs, dont certains effectivement, marquèrent des points.

Les chevaux continuèrent ainsi à se battre plusieurs jours durant, bien plus longtemps que leurs maîtres, rentrés chez eux depuis longtemps se faire choyer.

A la fin, épuisés, tous deux s’écroulèrent. Lasso tomba d’abord dans un grand souffle, puis Lapache, juste après, s’aplatit contre son opposant en fermant les yeux.

C’était le grand calme maintenant, et, vu d’en haut, les deux anciens combattants semblaient se faire un câlin. Quand ils se réveillèrent, tous deux gémirent en cœur.

-« Alors les potes ! Ça y est ? On se réveille ? » piailla un moineau, « quelle ronflette vous avez poussé, on aurait dit un train de locomotives lâché dans la plaine ! » »

Les chevaux se regardèrent, étonnés. Ah oui ! La bagarre ! La mémoire leur revenait… Mais il était encore là, l’autre ? On ne lui avait pas réglé son compte ? Alors, les coups recommencèrent à pleuvoir.

-« Hé la, hé la, calmez-vous les cocos ! Dites donc, vous avez plutôt le réveil brutal ! Vous avez fait des cauchemars ou quoi? Mais c’est vrai que c’est comme ça les copains, on se chahute ! » dit le moineau.

-« Mais nous ne sommes pas amis ! » s’exclama Lasso.

-« Ah bon ? Vous êtes frères, alors ? » reprit le petit oiseau.

-« Ça ne va pas, non ! Regarde-nous, nous ne nous ressemblons pas ! » s’écria Lapache.

-« Mouais, bof, c’est vrai que vos robes ne sont pas de la même couleur. Mais à part ça, je ne vois pas de différences… »

-« Tu n’y es pas, moineau, nous sommes ennemis » annonça Lasso.

-« Ennemis ? Quelle drôle d’idée ? Et pourquoi donc ? » questionna l’oiseau.

-« C’est à cause de la grande guerre entre les cow-boys et les indiens… Ils se détestent ! » expliqua Lapache.

-« Ah oui ? Et en quoi ces conflits stupides d’humains vous concernent-ils ? » continua le moineau.

-« Mais ce sont nos maîtres, leurs idées sont les nôtres… » renchérit Lasso.

-« Voilà bien la réponse la plus stupide que j’ai entendue depuis longtemps ! » rigola le piou-piou.

Vexé, Lasso tourna le dos. Le moineau conclut alors :

-« Mais voyons, vous êtes de la même race, de purs chevaux, et vous vous battez pour défendre des idées qui ne sont pas les vôtres. Regardez-vous, à part vos maîtres, vous êtes semblables ! Alors soyez plus intelligents que ceux qui vous gouvernent ! Faites la paix, pas la guerre ! »

Et il s’envola. Les chevaux, à nouveau seuls, se regardèrent. Ce qu’avait dit l’oiseau paraissait fondé, plein de sagesse. Tous deux eurent, en même temps, un petit sourire. Finalement, le cheval tacheté entama, en inclinant la tête :

-« Bonjour, je m’appelle Lapache. »

-« Et moi, je suis Lasso. » se présenta le cheval de l’armée.

-« Je crois que nous nous sommes trompés… » continua Lapache.

-« Oui, je le regrette sincèrement. Comment a-t-on pu se faire du mal entre équidés ? Les hommes sont bêtes, c’est vrai, mais de là à agir comme eux… »

-« N’en parlons plus, et rattrapons plutôt le temps perdu. Veux-tu que je te fasse visiter la contrée ? » proposa Lapache.

Et ce fut ainsi que les deux chevaux guerriers devinrent amis, et décidèrent de propager à leur tour, un message de paix.












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