Valérie Bonenfant
Partager
Un conte sur l’enfance des êtres qui conditionne leur devenir…
Deux jeunes arbres vont grandir à côté, mais chacun dans un environnement très différent.
Le bananier dans la chaleur de l’amour des siens, le cactus, dans la solitude et le désintéressement le plus total…
Devenus grands, les résultats sont là : d’un côté un arbre généreux et verdoyant, de l’autre, une plante rachitique et torturée…
Il était une fois, sous les tropiques, deux groupes d’arbres qui poussaient côte à côte.
Il y avait d’un côté les bananiers, de grands arbres verts et bien fournis, en larges feuilles généreuses. De l’autre, des cactus, clairsemés, aux piquants pointus et acérés, à l’air austère.
Dans chacun des clans se préparaient des heureux évènements : les naissances des nouvelles générations.
Voilà, une pousse venait de germer chez les bananiers, et là-bas, c’était l’émerveillement.
Au même moment, tout près, un rameau sec pointait son nez chez les cactus, sous le regard satisfait de ses congénères.
Le bébé bananier grandit dans l’enveloppement doux et bienfaisant de ses aïeux. Ceux-ci étaient aux petits soins pour lui : ils veillaient à ce qu’il soit toujours bien nourri en vitamines, alimenté suffisamment en eau, et prenaient à cœur son éducation, en vue d’une vie saine en société.
Le petit cactus, lui, poussa comme il put, seul au milieu des siens. En effet, personne qui ne s’intéressa à lui, qui lui prodigua un conseil utile pour devenir grand. Rien, le néant.
Le petit bananier se développa et devint grand et fort. Il affichait une joie de vivre qui comblait les siens, et qui s’exprimait par la couleur verte lumineuse de ses feuilles, nombreuses et équilibrées, et son tronc bien droit, bien assis.
Le cactus, en grandissant, prit lui, une forme plus torturée, avec des coudes à certains endroits, qui tournaient à droite puis à gauche, avant de repartir vers le ciel. Sa teinte était gris-verdâtre, tristounette. Par contre, ses piquants, eux, étaient d’un noir aigu.
Les hasards de ses zigs-zags l’avaient rapproché du bananier, et bientôt, tous deux commencèrent à discuter.
-« Salut ! » entama le bananier, « on dirait qu’il y a de l’animation dans le camp des nomades ! »
-« Mouais, toujours à s’exciter ceux-là… » répondit le cactus.
-« Ca sent la fête ! Super les costumes, même les chameaux sont parés ! Chouette ! » s’émerveilla l’arbre vert.
-« Pffft ! Ils n’ont pas peur du ridicule avec ces couleurs clinquantes ! » grogna la plante à piquants.
Soudain, de la musique résonna, et des danseurs commencèrent à se mouvoir.
Le bananier affichait un air réjoui, le cactus lui, semblait plutôt contrarié.
Un moment plus tard, les nomades s’approchèrent dans leur direction. Aussitôt, le cactus dégaina ses piquants, prêt à piquer les fesses de ceux qui auraient l’idée de se frotter trop près.
Mais ceux-ci allèrent droit vers les bananiers. Ils avaient de grands paniers et entreprirent de cueillir les bananes mûres à point. Les nomades chantaient, tout en ramassant les fruits, en remerciant le ciel de leur donner de si belles bananes… Le petit bananier était enthousiasmé :
-« Génial ! Vivement que je puisse produire moi aussi de beaux fruits et participer à la fête, c’est trop cool… »
Le cactus dit amèrement et un peu tristement :
-« Sûr que chez nous, il n’y a pas de fête, regarde notre tête, on donne plutôt envie de fuir… »
Le bananier fut sensible à son désarroi :
-« Moi, je vous trouve plutôt originaux avec vos formes inédites, et si différentes… »
-« Puis nous, nous ne donnons pas de fruits, alors pourquoi s’intéresserait-on à nous ? »
Et sur ces entrefaites, le pauvre cactus se mit à pleurer très fort, de grosses larmes bien épaisses et bien baveuses.
Le jeune bananier dit alors :
-« Ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de toi. Moi, tu m’intéresses…
Comme on l’avait fait pour lui, le jeune bananier enveloppa le cactus et lui prodigua soins et attention.
Bien sûr, de temps en temps, il se piquait aux aiguilles de la plante, qui une fois, avait même déchiré l’une de ses feuilles. Mais ce n’était pas grave. Seul importait le devenir de ce cactus en difficulté.
Quelque temps plus tard, après beaucoup de patience, les premiers effets se firent sentir : le cactus avait consolidé son pied, ses branches semblaient plus vertes et colorées, et ses piquants un peu plus tendres…
Quand une fleur apparut sur une tige, ils furent tous les deux les premiers surpris.
-« Waouh ! Quelle est jolie ! » s’exclama heureux, le bananier.
-« Si je m’étais douté qu’un jour, je ferai une fleur ! » s’étonna le cactus.
Mais il n’en resta pas là. D’autres fleurs jaillirent un peu partout, couvrant presque intégralement les branches.
-« Comme tu es beau ! » s’émerveilla le bananier.
Le cactus, comblé, sourit chaleureusement.
-« C’est grâce à toi… » répondit-il.
L’apothéose, ce fut quand, de la fleur, sortit un fruit orange et piquant : une figue de barbarie !
Le jeune cactus en pleura de joie : sa première production !
Et quand à la nouvelle fête des nomades, on vint lui rendre visite et l’associer aux réjouissances en cueillant ses fruits, quel bonheur !
Les autres cactus, aidés et soutenus à leur tour, suivirent son exemple, et donnèrent des fruits.
Ainsi, l’année suivante, et les suivantes, les nomades renouvelèrent leur fête, mais cette fois, avec deux paniers : l’un pour les bananes, l’autre pour les figues.
Et ce fut pour tous un vrai régal !