Valérie Bonenfant
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Est-on voué à échouer dans la vie, lorsqu’on est un cancre à l’école ? Non, répond ce conte !
Las n’aime pas l’école. Ce qu’il préfère, c’est être dans la nature.
Alors, quand l’école ferme, voilà un petit garçon tout heureux !
Sauf que les animaux de la forêt vont prendre son éducation en main…
Las était un cancre de la pire espèce. Aucune réponse qu’il ne connut en français, aucune opération qu’il ne réussit à poser en mathématiques, aucune langue étrangère compréhensible qu’il ne parla un tant soit peu.
A l’école, son maître se désespérait.
- « Mais qu’est-ce que je vais faire de Las, cette année? Jamais, je n’ai vu un élève aussi limité… »
A la maison, ses parents se résignaient:
- « La première année d’école, nous pensions que c’était le maître qui l’avait braqué… La deuxième année, nous avons cru que la maîtresse ne savait pas y faire… Aujourd’hui, alors que ses résultats n’enregistrent aucun progrès, nous n’osons plus croire qu’il puisse s’améliorer… »
Et Las, effectivement, ne faisait aucun effort pour progresser. L’école l’ennuyait… Depuis que tout petit, on l’avait obligé à s’y rendre, il avait trouvé cela détestable. Rester assis pendant des heures à écouter le professeur soliloquer… Très peu pour lui! Lui, ce qu’il aimait, c’était courir dans les grandes herbes, galoper sur le dos du poney Poulain, grimper en haut des arbres et admirer la montagne…
Aussi, quand la cloche sonnait le soir, était-il le premier à se précipiter vers la sortie, pour retrouver sa chère nature qu’il aimait tant. Des amis? Il n’en avait pas… Leurs jeux de motos ou de voitures de course ne l’intéressaient pas. Lui préférait confectionner ses sifflets avec des herbes ou jouer aux osselets avec de petits cailloux.
Un jour, l’école ferma. On ne sut pas exactement pourquoi… Pas assez d’enfants, entendit-il, tant mieux! Qu’ils s’en aillent tous, et qu’on le laisse tranquille dans ses bois! Au bout de quelques jours passés en liberté, heureux, Las rencontra Alphonse le hibou.
- « Bonjour Las, nous te voyons souvent par ici, ces temps-ci, raterais-tu volontairement l’école? » questionna le hibou.
- « Non, ce n’est pas ça… Même s’il est vrai que cela fait longtemps que j’en avais envie… C’est l’école qui est fermée, par manque d’enfants, paraît-il… » répondit le garçonnet.
- « Tiens donc, comme c’est dommage! Ton savoir va en pâtir… » se désola le hibou.
- « Bof! Pour ce que j’y apprenais… Des tas de trucs inintéressants, qui ne me serviront jamais à rien… » tempéra Las.
- « Ça, ce n’est pas sûr! Écoute, je ne sais pas autant de choses que les êtres de ton espèce, mais je peux essayer de t’apprendre quelques leçons… » proposa l’oiseau.
- « Oh non! Pas l’école encore! La forêt, c’est tellement mieux… » protesta le garçon.
- « Taratata! Ton éducation avant tout, prépare-toi, nous commençons dans une heure… » lança le hibou, d’un ton qui n’admettait pas de réplique.
Alors, voilà qu’il venait à peine de se débarrasser d’un maître dans une école, qu’il en retrouvait un autre dans la forêt. Ne le laisserait-on jamais tranquille? L’école, toujours l’école… L’heure passée, le hibou vint le chercher.
- « Alors, voilà, première leçon du jour : cours de faunistique. Aujourd’hui : « reconnaître les animaux de la forêt »! »
- « Facile! Pour la première fois, Las put apporter des réponses aux questions qu’on lui posait. Là, un grand duc, ici, une fouine, plus loin un lynx… »
- « Bravo, Las! C’est un bon début! On continue demain avec la leçon de flore, donnée par Melle Chenilla. »
Le lendemain :
- « Bonjour Las, je suis chargée de t’apprendre les fleurs. Alors Las, je suis désolée de te bousculer, mais il faut que nous terminions tout le programme d’ici le mois prochain, car ensuite, je vais me transformer en papillon et voler vers d’autres cieux! »
Bigre! Ça allait être dur d’accélérer autant! Mais Melle Chenilla était passionnante. Ses leçons de boutons d’or, de coquelicots, de mousses vertes, sentaient bon la nature, et Las ne vit pas passer les heures.
Bientôt, il sut tout sur les fleurs du coin. Le castor Pollux lui enseigna ensuite les techniques de construction des cabanes. Quant à Piaille la pie, elle lui apprit à aiguiser son regard et à repérer à distance, le plus petit des objets.
Las devint un savant de la forêt. Ah, si ses parents le voyaient, sûr qu’ils seraient fiers de lui!
Il était grand maintenant, et il était temps qu’il rentre à sa maison, pour ramener à son tour sa contribution. Quand ils le virent débarquer, ses parents furent d’abord très heureux, puis embêtés. Qu’allaient-ils faire de lui, ignare qu’il était?
Mais, Las leur montra ses talents immenses de constructeur de grandes cabanes en bois, de chasseur à l’œil toujours à l’affût, et son important savoir sur les plantes et les animaux…
- « Notre fils est un savant! » s’exclamèrent, heureux, les parents.
Effectivement, Las devint le plus grand des savants naturalistes du siècle, formé par les meilleurs professeurs qui soient.