Valérie Bonenfant
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Quand une merveille de la vie devient un objet de convoitise…
Un chat, au regard fabuleux qui éclaire la nuit, est capturé par un bohémien peu scrupuleux…
Sa délivrance ? Il ne la devra qu’à l’intervention d’amis inattendus : les mulots qu’il s’évertuait en d’autre temps à chasser…
Maxou était un chat spécial : il était né avec des yeux lumière qui éclairaient tout ce qu’il regardait.
Le jour, cela ne se remarquait pas trop, car ses faisceaux allumés ne se distinguaient pas.
Mais la nuit, ses yeux étaient comme deux phares qui balayaient l’obscurité, et qui le faisaient repérer immanquablement.
Pas facile de chasser avec de tels signaux indicateurs pour les proies ! Celles-ci, apercevant les lumières, s’enfuyaient aussitôt.
Maxou dut alors développer une technique de chasse nocturne particulière : la traque les yeux fermés. Il se tapissait dans un endroit bien dissimulé, et ensuite, abaissait ses paupières. Il patientait de longs moments, à l’affût des moindres bruits.
Parfois, il entendait un feuillage bruiter un peu plus loin.
-« Tiens, ce doit être une souris qui passe sous le buisson de buis » se disait-il.
Car Maxou, avec le temps avait mémorisé précisément tous les lieux de son parc de chasse, et pouvait sans faute, à l’oreille, indiquer quel animal passait à quel endroit.
Un jour, un pas inconnu, lourd et précipité, s’approcha.
-« Qu’est-ce que cela pouvait être ? « s’interrogea Maxou.
Mais le chat eut beau passer en revue tout son répertoire, il ne connaissait pas cette marche-là. Que faire ? Ouvrir les yeux ? Mais alors il se ferait repérer aussitôt, et risquerait de se faire attraper par l’animal, potentiellement dangereux.
Maxou décida alors, les yeux fermés, de se mettre en lieu sûr. N’entendant plus de bruit, il se leva et, silencieusement, se dirigea vers sa maison.
Mais soudain, patatras, il sentit quelque chose lui tomber dessus et le maintenir fermement.
Maxou se débattit de toutes ses forces, griffa, miaula rageusement, mais rien n’y fit : il était pris.
Alors, n’y tenant plus, voulant découvrir qui était son agresseur, il ouvrit les yeux. Un homme, avec un bandeau sur la tête, et une grosse boucle d’oreille. Joyeux apparemment, vu le large sourire qui traversait de part en part son visage.
-« N’aie pas peur, mon beau minou ! Je ne vais pas te faire de mal. Je veux simplement t’emmener avec moi, et montrer au monde ton regard merveilleux. »
Maxou résista encore : il hérissa son poil, siffla entre ses babines retroussées.
-« C’est de l’or, ton regard lumineux ! Tu vas voir, avec moi, tu n’auras plus besoin de chasser la nuit ! Je te donnerai tout ce que tu voudras ! Tu n’auras qu’à ouvrir les yeux, le soir, aux gens qui paieront pour venir te voir… Hé hé hé ! » dit le bohémien en se frottant les mains.
Maxou comprit alors le marché. Faire l’attraction des foules pour gagner sa pâtée… Non merci !
Alors malin, il fit semblant de coopérer, rentra ses griffes, et miaula plus gentiment.
-« Bien, mon minou, te voilà devenu raisonnable… Et en plus, tu es mignon comme tout. Je vais quand même te mettre une laisse pour que tu ne t’échappes pas… »
Zut, il n’avait pas pensé à ça ! Ca allait être plus difficile de s’échapper maintenant. Le collier bien serré autour du cou, accroché à une corde, Maxou réfléchit : pas de solution pour l’instant.
Le temps passait, la nuit n’allait pas tarder à tomber, et son nouveau propriétaire viendrait bientôt le solliciter… Il fallait faire vite !
Mini le mulot s’approcha de lui.
-« Bonjour Maxou, on dirait que tu as des problèmes… »
Le chat reconnut l’une de ses proies, qu’il avait tenté d’attraper plusieurs fois, sans succès.
-« Oui hélas… On m’a pris à cause de mes fichus yeux ! On veut les montrer en spectacle, le soir… » dit le chat tristement, qui à ce moment-là, aurait voulu avoir des pupilles normales, comme ses autres congénères.
-« Je comprends… Et bien sûr, tu n’es pas d’accord… Bon, ne t’inquiète pas, on va te tirer de là… » dit Mini.
Étonné mais plein d’espoir, le chat vit disparaître Mini. Quelques instants plus tard, celui-ci revenait avec une colonie de mulots. La corde ne résista pas longtemps : toutes les petites bêtes la rongeaient hardiment.
Bientôt, Maxou se trouva libre à nouveau. Comme il faisait encore jour, il put s’enfuir les yeux ouverts, suivi de sa cohorte de rongeurs.
Après plusieurs kilomètres parcourus qui le mettaient à distance respectable du bohémien, il souffla :
-« Merci les amis. Sans vous, je serais maintenant un chat de foire, privé de liberté ! »
et il ajouta :
-« Je promets solennellement de ne plus jamais vous chasser. »
Des petits gloussements se firent entendre parmi les mulots. Mini dit alors :
-« Ne le prends pas mal, mais franchement, nous ne craignons pas ta chasse. Car tes yeux, même fermés la nuit nous protègent… C’est une bénédiction pour nous d’avoir un chat comme toi, plutôt que ces matous belliqueux qui ne font pas de quartier ! Nous voulons te garder. Quant à tes yeux de lumière, ils méritent mieux que d’être montrés en spectacle lucratif. Ce sont des joyaux divins que nous devons protéger des convoitises humaines. Car aucun animal, à part les hommes, ne se permettrait jamais d’attenter à de telles merveilles… »
Maxou vécut alors de longues et belles années, en harmonie avec le monde, et à l’abri de tout contact avec les hommes.
Quant au bohémien, il chercha désespérément toute sa vie, le chat qui aurait pu le rendre riche, et vécut misérablement.