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Le chaudron Polère

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Valérie Bonenfant
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L’histoire d’un chalet isolé, abandonné de ses occupants et voué au délabrement…
A l’intérieur, pour les objets restés là, pas question de se résigner !
Ils vont maintenir la vie, coûte que coûte : lumière, chaleur, confort, plat mijoté…
Tout est prêt pour accueillir de nouveaux arrivants…
Mais ceux-ci vont-ils finir par arriver… ?

Le chaudron Polère siégeait dans une cuisine d’un vieux chalet en bois, perdu, loin dans la montagne. Sa spécialité, c’était la soupe de légumes qu’il faisait mijoter à petits feux, des heures durant.
Il adorait parfumer l’atmosphère d’un doux fumet, qui remplissait l’espace et donnait au lieu une vraie convivialité. Comme c’était bon alors de réchauffer les convives, qui arrivaient glacés de l’extérieur.
Ceux-ci séjournaient un long moment devant la cheminée, qui crépitait de joie pour les chauffer encore plus. Puis, ils passaient à table avec appétit, et goûtaient la soupe de Polère, toujours aussi délicieuse.
Or un jour, plus rien. Le chalet se vida de ses occupants, le froid envahit l’intérieur… Plus de lumière… Rien que de la poussière que plus personne ne venait enlever.
-« Mais où étaient-ils donc partis ? » se demanda Polère, « cela fait des mois qu’on n’a plus vu personne, ils ne nous auraient quand même pas abandonné… »
Avec le temps, des poutres craquèrent, des portes se fissurèrent, et même la cheminée s’effrita.
-« Ce n’est pas possible ! Tout part à vau l’au… Il faut réagir… On ne peut pas laisser croupir notre beau chalet… Les amis, réveillez-vous ! Nous devons agir ! »
Le chaudron, excité, frétilla sur son poêle.
-« Allons allons, la cheminée ! Ressaisie-toi ! Il faut du chaud ! On se gèle ! Jamais, il n’a fait si froid ! »
-« Et toi, le lustre ! Redonne-nous un peu de lumière, on n’y voit rien dans cette maison ! Allez, fais marcher ton ampoule ! »
-« Quant à la vaisselle, préparez-vous ! Car je m’en vais confectionner une de ces soupes dont vous me direz des nouvelles… »
Mais rien ne bougeait. Alors, Polère s’énerva tout à fait et se secoua avec véhémence.
-« Non mais vous allez bouger, oui ! Bande de ramollos ! »
Et il entreprit de faire le tour de la pièce en bringuebalant et en choquant les accessoires qu’il sollicitait.
-« Crénom d’une casserole en cuivre ! Je m’en vais te les réveiller moi, ces ballots d’objets de montagne ! »
Dans le chalet, cela faisait un tintamarre métallique du tonnerre ! On eut dit qu’une armée de couteaux et de fourchettes applaudissaient tous ensemble. Ce fut la cheminée qui parla la première.
-« Mais qu’est-ce que c’est que ce raffut ? Quelqu’un serait-il arrivé ? Vite, je prépare un feu… »
Puis, le lustre alluma sa lumière d’abord timidement, d’un faible halo, puis plus franchement quand il vit le feu crépiter dans la cheminée.
On ne sait pas si c’est à cause de lui, mais la vaisselle se mit alors en ordre sur la table : assiettes, verres, couverts… Tout était prêt pour recevoir les convives.
-« Enfin ! » dit le chaudron, « ben vous en avez mis un temps pour vous réveiller ! Bon, préparons-nous, car j’ai appris que nous allions recevoir de la visite ! »
-« Ah oui ? Quand ? » interrogea la cheminée.
-« Je ne sais pas exactement, mais ça ne devrait pas tarder… » répondit Polère.
-« Chouette, des convives ! » s’exclama le lustre.
-« Enfin, nous allons resservir… Mais cette poussière, il faut l’enlever, c’est dégoûtant ! Vite, un coup de chiffon… Au fait, que nous prépares-tu à manger, Polère ? » dit la vaisselle.
-« Mais ma célèbre spécialité : une délicieuse soupe de légumes, les amis ! »
-« Chouette, chouette, chouette… » se réjouirent-ils, tous ensemble.
Polère, tranquillement, entreprit d’éplucher ses légumes, les coupa en petits morceaux… Ce qui lui prit plusieurs jours.
-« Mais dépêche-toi Polère ! Tu es bien long ! Ils vont arriver et la soupe ne sera pas prête… Faut que tu mettes le turbo, là… »
-« Oui oui, ne vous inquiétez pas… »
La cheminée vérifia sa réserve de bois, le lustre continua d’éclairer, sans relâche, et la vaisselle patientait, tant bien que mal.
-« Mais Polère, ta soupe mijote depuis des semaines, et ils ne sont toujours pas là… Elle va être trop cuite… »
-« Taratata, vous n’y connaissez rien en mijotage… Le chaudron, c’est moi, occupez-vous plutôt de vos affaires, chacun son métier ! »
Plus personne n’osa rien dire… Mais quand le mijotage dura plusieurs mois, les accessoires devinrent sceptiques.
-« Ils ne viendront pas ! » se résigna la cheminée, « ils ont dû se perdre dans la montagne… »
-« Si ce n’est pas malheureux quand même, tous ces efforts pour rien… »
-« Oui, à se demander s’ils avaient vraiment prévu de venir. Je crois que nous sommes condamnés à devenir délabrés… »
-« Oh, ça suffit vos commentaires défaitistes… Vous saperiez le moral d’une armée de chaudrons optimistes ! Du courage que diable, et de l’espoir ! »
Plusieurs jours plus tard, alors que la lumière de la pièce commençait à vaciller, que le feu de cheminée était prêt de s’éteindre, et que certaines assiettes étaient retournées au placard, des pas se firent entendre, à l’extérieur. La porte s’ouvrit sur une équipée de randonneurs, transis de froid.
-« J’ai bien cru qu’on allait y rester… » dit l’un, en grelottant, « avec cette neige épaisse partout, impossible de se repérer… »
-« Oui, on était perdu, c’est clair. Heureusement qu’on a trouvé cet abri… »
-« En plus, il y fait bon, sentez un peu cette chaleur, comme ça fait du bien ! »
-« Trop cool, il y a même de la soupe chaude ! On va se régaler. »
Ils passèrent aussitôt à table, où ils échangèrent, discutèrent, rirent et dégustèrent… Bref, où ils passèrent un vrai moment de plaisir !
-« C’était génial, cette soirée ! » conclut l’un.
-« Ouais, miraculeux ! Un vrai bonheur ! » renchérit un autre.
-« Qu’est-ce qu’on est bien ici ! Que diriez-vous de retaper ce chalet ? Ce doit être sympa, l’été aussi ! »
- « Oh oui ! Faisons-en un gîte pour les randonneurs ! »
Et voilà comment Polère et ses amis furent à nouveau mis à contribution, dans ce beau chalet de la montagne.












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