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Le cordonnier Labrioche

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Valérie Bonenfant
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Qui pourrait croire qu’une paire de tongs pourrait transformer un vieil atelier de cordonnerie ? Personne de raisonnable, en tout cas…
Certes, mais ce conte est justement tout sauf raisonnable, alors ne vous étonnez pas d’y découvrir des chaussures vivantes, et dotées d’un sacré tempérament !
Même le cordonnier n’en revient encore pas !
Et pourtant, ce voyage hors de la raison, s’avère assurément salutaire pour lui…

Qui pourrait croire qu’une paire de tongs pourrait transformer un vieil atelier de cordonnerie ? Personne de raisonnable, en tout cas…
Certes, mais ce conte est justement tout sauf raisonnable, alors ne vous étonnez pas d’y découvrir des chaussures vivantes, et dotées d’un sacré tempérament !
Même le cordonnier n’en revient encore pas !
Et pourtant, ce voyage hors de la raison, s’avère assurément salutaire pour lui…



Le cordonnier Labrioche dessin conte pour enfants
Le cordonnier Labrioche
dessin conte pour enfants



Il était une fois un cordonnier de nom de Labrioche. Il travaillait, seul, dans un vieil atelier sombre, entouré de godillots en plus ou moins bon état. Une bien pauvre compagnie, me direz- vous ! Et pourtant, le papi s’en accommodait en parlant à ses chaussures comme à des êtres vivants.
-« Là, ma belle ! Ne t’inquiète pas, c’est bientôt fini, tu vas bientôt guérir… Un bout de fil qui recoud tout, et il n’y paraîtra plus ! »
-« Et toi, ma tendre ! On dirait que tu as une petite fuite sous la semelle. Tu vas avoir un beau pansement de cuir tout neuf… »
-« Oh, et toi, coquine… Tu as perdu ton talon ! Ah ben, tu as dû en faire une blague à ta maîtresse ! »
En réponse, ses chaussures lui racontaient l’histoire de leur maître. Celle-là, la sauvageonne, qui ouvrait grande la bouche, et qui était pleine de terre. Elle lui parlait, de la balade en forêt, et du trou fait par une pierre quand son maître a voulu escalader la paroi.
Et celle-là, cette paire de ballerines, roses brillantes à paillettes. De vrais chaussons de petit rat, qui a dû en danser des ballets !
Et ces bottines à la fourrure épaisse, sûr qu’elles en ont fait des promenades dans la neige ! Le cordonnier vivait ainsi heureux, avec ses galoches.
Or, un jour, voilà qu’un curieux individu lui amena une paire de tongs défectueuses.
-« Elles ont un problème » expliqua-t-il, « la petite tige qui coince l’orteil a tendance à se défaire… Il faudrait la recoller. J’y tiens beaucoup ! Elles ont fait du voyage, ces chaussures de plage… »
Le papi les prit : ça, des chaussures ? Une semelle avec un élastique dessus ! Rien d’exaltant comme réparation… Mais bon, ça se mettait aux pieds, et ça le changerait un peu de ses chaussures fermées. Resté seul, il termina le travail qu’il avait en cours avec des sabots récalcitrants.
-« Ah, vous avez la tête dure, mes cocos, mais je vais quand même m’occuper de vous. Un petit coup de rabot et ça ira mieux ! »
Voilà, c’était fini ! Aux tongs, maintenant ! Ca serait vite fait : un peu de colle, et hop ! Mais, à peine les eut-il saisies, que celles-ci se mirent à onduler, façon danse des îles.
-« Hé, mes cocottes ! Mais vous avez la bougeotte ou quoi ! C’est qu’on n’est pas dans les îles, ici ! » leur dit-il. Mais celles-ci continuaient à s’agiter, en se déformant du milieu.
-« Mais qu’est-ce qui se passe ? J’ai la berlue ou quoi ? Est-ce mes mains, est-ce ma vue ? »
Vite, il se dessaisit des tongs pour reprendre les bons vieux sabots en bois dur et bien lourd. Pas de problème, eux ne bougeaient pas. Alors, il revint vers les tongs. Celles-ci avaient l’air de se tenir calmes… Enfin, tout rentrait dans l’ordre.
Le papi Labrioche reprit son tube de colle et l’approcha d’une des tongs. Mais hop, avant qu’il n’ait pu la toucher, celle-ci bondit et s’écarta.
-« Hey ! Mais elle a sauté, la coquine ! Qu’est-ce que c’est que cette bizarrerie ? C’est un coup de son élastique ou quoi ? »
L’air de rien, il vint vers elle, mais celle-ci, à son approche, bondit à nouveau, en s’éloignant.
-« Veux-tu rester ici ! Satanée espadrille ! Je vais t’apprendre, moi ! »
Ce fut pire ! Sans doute très vexée d’avoir été traitée d’espadrille, la tong s’échappa tout à fait et partit se cacher loin du cordonnier. Celui-ci remua son atelier comme jamais il ne l’avait fait auparavant, pour la retrouver. La poussière volait, les chaussures voltigeaient, les outils circulaient ! Un beau désordre dans l’atelier !
-« Mais où étaient-elles donc passées ? Jamais, il n’avait eu affaire à des chipies pareilles ! Alors, le vieil homme, son atelier sens dessus dessous, sans rien avoir trouvé, s’assit sur sa chaise et commença à discuter.
-« Bon les filles, je m’y suis mal pris avec vous, je le reconnais… D’accord, vous avez envie de danser… Mais moi, ce n’est plus de mon âge… En plus, la biguine, je n’ai jamais bien su faire. Je suis cordonnier, moi, pas danseur… »
-« Allez, soyez raisonnables, revenez ! Votre maître va bientôt arriver pour vous chercher, et vous ne serez pas prêtes. C’est qu’il tient à vous, vous savez… Lui, il doit aimer la danse, assurément ! »
-« J’ai une idée ! Allez, je vous remets d’aplomb, et après, je vous mets une fleur dans l’élastique pour l’accueillir… Sûr que ça va lui faire une bonne surprise ! Qu’en dites-vous ? »
Alors, derrière un tas de pantoufles usagées, sortit l’une des tongs. L’autre émergea de derrière les sabots. Docilement, elles vinrent se placer à portée de l’homme, sans bouger. Cette fois, quand celui-ci fit mine d’approcher le tube de colle, elles ne bronchèrent pas. Elles se laissèrent coller l’élastique, puis attendirent la fleur.
-« Oui, oui… Je n’ai pas oublié, la fleur… Ne vous inquiétez pas ! Il faut simplement que j’en trouve une ou plutôt deux. Attendez, je vais aller voir dans le jardin car, dans mon atelier, sûr qu’il n’y a pas de fleurs… Le papi ouvrit alors ses fenêtres à la lumière, ouvrit la porte donnant sur le jardin. Fichtre, quelle lumière ! Et cette odeur de frais qui vous prenait les narines. Des fleurs ? Oui, il y en avait pleins ! Il cueillit une pâquerette blanche pour l’une et une marguerite bleue pour l’autre. Les tongs frémissaient de contentement. Quel succès quand leur maître revint.
-« Oh, mes merveilles des îles ! Vous êtes encore plus belles que quand je vous ai laissées ! Allez, on rentre à la maison ! »
Et au cordonnier :
-« Ca a changé, chez vous, par rapport à la dernière fois… »
En effet, tout avait changé : finie la poussière sale, terminée l’ambiance sombre de l’atelier. Désormais, tout était propre et lumineux…
Quant aux chaussures, elles voulaient toutes leur petite fleur, et s’étaient mises à la danse : du rap pour les sabots, la valse pour les baskets, la bourrée pour les escarpins…etc !












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