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Le grand Mikado

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Valérie Bonenfant
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Quand les privilèges des seigneurs les éloignent de leur peuple…
Mikado, un chat de noble origine a toujours vécu à l’abri d’un grand palais.
Un jour, il va dehors et découvre un univers de brutalité, de grande misère…et d’entraide aussi ! Cette expérience change son regard du monde, et sa manière de régner…

Mikado était un beau chat siamois, de pure race, blanc aux yeux bleus. Dès sa naissance, il avait été couvé, soigné, autant que le méritait ses nobles origines.
Car son papa et sa maman étaient tous deux issus de la haute et très sélecte société des chats à pedigree. Cela voulait dire que leurs propres parents, grands-parents, arrières grands-parents… étaient tous le fruit d’une lignée pure, où les chats les plus parfaits de la planète s’étaient évertués à se marier ensemble.
Et leurs enfants étaient certes plutôt réussis, il n’y avait qu’à regarder Mikado : le poil doux soyeux, les yeux en amande, le port de queue d’une élégance rare… Un vrai seigneur.
Un jour, Mikado daigna sortir de son palais princier, histoire de se dégourdir les pattes. Il prit une petite rue droit devant, puis une autre à droite, fit un bout de chemin sur la gauche, emprunta un zigzag aérien…et se retrouva complètement perdu.
Mais où était donc passé le palais ? Il essaya de faire le trajet en sens inverse, mais ne parvint qu’à se perdre davantage.
Bon, ce n’était pas si grave. Bientôt, on allait s’apercevoir de sa disparition, et sûr qu’on allait dépêcher une armée de chats serviteurs qui viendraient le récupérer.
Mikado attendit donc les secours, et se coucha car toute cette marche l’avait fatigué. Il s’assoupissait quand une voix nasillarde lui dit :
-« Hey vieux, Tu ne peux pas dormir là, c’est chez moi, alors dégage ! »
C’était Joe, un chat noir balafré, à l’air mauvais, qui s’approchait de lui, le poil hérissé.
-« Tu ne sais pas à qui tu as affaire, pauvre félin. Je suis Mikado le grand, celui du Palais. C’est un honneur qu’un être aussi rare que moi, soit venu dans ces lieux, alors ne le prends pas sur ce ton… » répondit Mikado.
-« Hé alors, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse, que tu sois du Palais… Justement, une bonne raison de plus que je ne t’héberge pas. Toi au moins, tu as un toit, et grand qui plus est, et qui pourrait accueillir tous les chats mal nourris de la ville, alors retournes-y ! » râla Joe.
-« Hein, mais voyons… » essaya d’enchaîner Mikado.
-« Ouste, j’ai dit. File ! Je n’ai rien à offrir à un chat comme toi. » gronda Joe, menaçant.
Mikado s’en alla alors, l’air hautain. Pffft, ce pauvre félin ne méritait vraiment pas le détour. Quelle brute épaisse !
Le siamois continua alors son chemin, au hasard d’une ruelle et tomba sur une bande de matous arrogants :
-« Hé les gars, visez-moi ce minet bourgeois à sa mémère. Rien qu’à voir son poil, on devine qu’il ne doit pas dormir dans la rue tous les jours… » ironisa un chat de gouttière.
-« Et si on lui faisait sa fête ! » ajouta un tigré jaune et noir.
-« Wouais ! Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas défoulé, allons-y ! » lança un autre.
Ca sentait le roussi. Mikado, du haut de sa grandeur, n’eut d’autre recours que de prendre les jambes à son cou, et dare-dare en plus !
Décidément, la vie hors du Palais était pleine de dangers. Quelle jungle ! Et quelle bassesse, tous ces comportements primaires ! Mikado était maintenant pressé de rentrer chez lui. Toutes ces mauvaises rencontres l’avaient émoussé.
Il errait désespérément dans les rues de la cité, quand il croisa Félicie. C’était une petite chatte toute fine, qui faisait sa toilette avec des manières pleines de douceur. Oh ! Peut-être qu’il allait enfin rencontrer quelqu’un avec du savoir-vivre. Mikado s’approcha de la minette et lui demanda :
-« Mademoiselle, auriez-vous l’obligeance de m’indiquer la direction du Palais ? Je me suis égaré et je cherche mon chemin. »
Félicie le regarda et découvrit le jeune siamois.
-« Oui, mon Prince » dit-elle, « je vais vous reconduire… »
Enfin une réponse pleine d’égards et digne de sa condition. Mikado se rengorgea :
-« Je vous en serai reconnaissant, et je saurai être généreux, chère demoiselle… »
-« Ce ne sera pas la peine, Monseigneur, je n’ai besoin de rien, et je ne veux rien. » répondit la chatte, avec un air chagriné.
Et elle se mit silencieusement en route, comme peinée.
Mikado sentit qu’il l’avait blessée, et n’osa plus dire un mot.
Quand ils arrivèrent aux portes du Palais, Mikado était tout gêné.
-« Je ne sais comment vous remercier. »
Félicie l’arrêta d’un regard.
-« Vous n’avez pas à me remercier. Simplement, si je peux me permettre un conseil à votre haute attention, ce serait bien que vous reveniez de temps en temps dans la ville. »
Mikado s’offusqua :
-« Quoi, revenir parmi ces indigents malpolis ? Ah non merci… »
Mais Félicie continua :
-« Il y a beaucoup de malheureux ici bas, et votre seigneurie se trouverait grandie d’agir en faveur de ces pauvres félins, plutôt que de rester ignorant, loin de la vie de la cité. »
Mikado retourna dans ses appartements, ébranlé. Joe le balafré ne roulait pas sur l’or, c’était évident. Quant à la bande de malfrats, à y réfléchir après coup, ils paraissaient plus efflanqués qu’agressifs.
Aussitôt, Mikado ordonna que l’on apporta des victuailles dans les bas quartiers. Il suivit les conseils de Félicie, et entreprit de sortir plus régulièrement dans les rues de la ville.
Il découvrit ainsi la vie des plus pauvres, des chats comme lui, sauf qu’ils n’avaient pas de pedigree…
Et alors ? A quoi pouvait servir ses origines, si ce n’était pour les mettre au service du plus grand nombre ?
Le siamois devint ainsi : Mikado, le grand. Il régna sur sa cité avec bienveillance, et épousa, sans tenir compte de la pureté de sa lignée, une jeune chatte sans pedigree, du nom de Félicie, avec qui il eut de beaux et gentils chatons.












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