Valérie Bonenfant
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Quand le contraire de soi attire…
Un géant ne rêve que de « petit ». Hélas ! Un rêve vain car tout cela est bien loin de lui ! C’est sûr, jamais il ne pourra l’atteindre…
Et pourtant, un oiseau va lui faire découvrir que le « petit » est à sa portée.
Un miracle pour le géant !
Marox était un géant de la campagne. Chez lui, tout était grand : ses pieds, ses mains, ses yeux, son corps…
Autour de lui, tout lui rappelait qu’il était immense : la forêt qu’il écrasait sous ses pas, laissant une empreinte géante de son passage… Ses doigts, trop gros pour saisir les petites choses comme des échelles, le moulin sur la rivière, ou encore la carriole laissée là en plein champ. Son corps plus grand que des dizaines de maisons empilées…
Et pourtant, Marox ne rêvait que d’une chose : le « petit ». Il craquait pour les timbres qu’il avait vus une fois dans une ferme où habitait un collectionneur. Aucun arbre ne lui faisait plus d’effet qu’un bonzaï. C’était un émerveillement !
Quant aux êtres vivants : les bébés étaient son point faible. Il les trouvait si mignons, si fragiles, si tendres. Face à eux, Marox fondait comme neige au soleil…
Mais, quand il en revenait à sa personne, il avait beau chercher : tout était gros, même ses trous de nez, évasés comme des cheminées… Même ses orteils qui ressemblaient à deux tonneaux… Même ses poils, aussi larges que des troncs d’arbres massifs… Désespérant…
-« Je voudrais tellement avoir du petit… C’est terrible, chez moi, absolument tout est grand… Comme je suis malheureux ! »
Kilord, un petit oiseau qui passait dans le coin l’entendit :
-« Quoi ? Tu te plains d’être grand ? Sais-tu combien d’être petits et faibles, voudraient avoir ta taille, pour être à l’abri du danger ? »
-« Le danger, je m’en moque… Seul le « petit » m’intéresse, et il ne m’est même pas accessible… Bouh ! Comme c’est triste ! »
-« Que dis-tu là ? Le « petit » comme « le grand » est accessible à tous… Il suffit d’ouvrir son champ d’investigation, c’est tout ! »
-« Il n’y a rien à découvrir chez moi qui ne soit petit, crois-moi, j’en ai assez fait le tour pour le savoir… »
-« Et bien, je vais te montrer que tu as tort. Et pour commencer, viens, je vais te donner quelque chose qui est petit… »
Plutôt intéressé, Marox s’approcha. Qu’allait donc lui donner cet oiseau : une brindille, un ver de terre, un bout d’herbe coupée… ? Il attendit, les mains ouvertes, que Kilord lui déposa l’objet dans ses paumes, mais, curieusement, l’oiseau vint vers son oreille.
-« Voilà pour toi, spécialement, un premier partage : je vais te confier un « petit » secret : il y a plein de « petit » chez toi ! Alors qu’en dis-tu ? » murmura l’oiseau dans le grand réservoir qui servait d’oreille à Marox.
-« Je dis que tu m’as bien eu ! » répondit Marox, déçu.
-« Ne crois pas ça, Marox ! Je suis sincère… Autre chose, peux-tu faire un petit geste pour ces pauvres paysans qui attendent l’eau de pluie depuis des mois pour arroser leurs récoltes ? Par exemple, leur presser quelques nuages au-dessus de leurs champs ? »
Marox regarda les paysans et leurs champs jaunes. Facilement, il alla saisir quelques nuages bien gonflés qu’il pressa au-dessus des récoltes.
-« Bravo Marox ! Tu es génial ! Voilà un petit geste de ta part qui va faire plaisir à bien des braves gens… Félicitations pour ton « petit » geste, très réussi ! »
Marox s’étonna : il venait de faire du « petit », sans difficultés. Chouette alors ! Il attendit avec attention que Kilord lui dise la suite.
-« Bon, maintenant, allons voir du côté des sentiments. Pourrais-tu faire un petit câlin à la terre pour la remercier de te porter, toi, le géant si lourd… ? »
-« Mais je ne sais pas… » balbutia Marox.
-« C’est très simple, il s’agit de lui témoigner de la tendresse, sans excès, simplement… Allez, vas-y ! »
Embarrassé, Marox s’allongea sur le sol, et tendrement, déposa un baiser sur le sol.
-« Parfait ! » dit Kilord, « tu es très doué pour les « petits » câlins, Marox… Félicitations, encore réussi ! Le « petit » est fait pour toi ! »
Tout heureux, Marox se rengorgea. Ah, s’il s’était douté… Lui, le géant, doué pour le « petit » !
-« Nous allons en rester là pour aujourd’hui, Marox, nous continuerons demain si tu le veux bien, à investiguer le champ du « petit. »
-« Mais, Kilord, nous venons à peine de commencer… »
-« Un « petit » peu pour chaque jour ! Là aussi s’effectue l’apprentissage du « petit », mon ami… Pour l’instant, je te propose que nous allions manger... » dit l’oiseau.
-« J’ai une petite faim… » répondit le géant, déçu d’en rester là de ses leçons.
-« Bravo, encore du « petit »… Tu progresses à pas de géant, dis donc ! »
Marox commença par manger quelques pommes d’un pommier. Puis, l’appétit ouvert, il engloutit un grand champ de maïs et but des tonnes de l’eau de la rivière…
L’oiseau continua de le féliciter.
-« Bien Marox, tu es toujours sur la bonne voie… »
-« Ah oui, pourquoi ? » s’étonna le géant qui, objectivement, ne trouvait pas « petit » son repas.
-« Mais parce que tu es un « petit » coquin ! Tu m’as fait marcher avec ta soi-disant « petite » faim… Des blagues, oui ! » pépia l’oiseau, joyeusement.
Tous deux éclatèrent de rire, avant de piquer un « petit » somme qui allait les emmener vers d’autres découvertes du monde merveilleux du « petit ».