Valérie Bonenfant
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Si vous en avez assez de lire les tristes nouvelles des journaux, faites un détour par ce conte !
Ici, pour une fois, on édite un périodique, contenant exclusivement des informations joyeuses !
Comme cela fait du bien de tourner les pages de ce quotidien : enfin du ciel bleu, des fleurs, des naissances…
Une lecture à conseiller à tous ceux qui souhaitent être informés différemment…
Le monde des journaux était tout gris. Des pages entières blanches, recouvertes d’écritures noires serrées. Tout ça donnait un fondu grisâtre, plutôt tristounet.
Un jour, un lecteur assidu de ces quotidiens en eut assez de ces nouvelles sombres. Il eut envie de couleurs. Il imagina alors d’insérer quelques photos colorées à l’appui des faits divers sinistres.
Certes, des tâches de couleurs apparurent, mais souvent d’un rouge sanglant, ou bien d’un bleu inquiétant. Curieusement, le monde des journaux ne s’en égaya pas davantage.
-« Zut alors ! » se dit le lecteur, « ce n’est pas ça que j’attendais… Moi, j’avais envie de frais, de léger, de doux… Pas ces caractères sombres qui annoncent de terribles nouvelles… »
Il décida alors de ne s’intéresser qu’aux bonnes nouvelles. Mais fichtre ! Que c’était difficile d’en trouver ! Vraisemblablement, ça ne courait pas les rues ! Il allait avoir du mal à en dénicher une !
Mais là, enfin, dans un coin, il en aperçut une. Oh, rien de bien extraordinaire en fait : juste une annonce sur le fait que les marguerites allaient bientôt fleurir.
Certes, ce n’était pas la nouvelle du siècle, mais cela contenta un peu notre lecteur, en mal de nature généreuse. Il choisit de la ranger dans sa boîte à bonnes nouvelles, qu’il viendrait consulter de temps en temps, quand il en aurait assez de feuilleter les pages grises des journaux traditionnels.
Quelques jours passèrent sans qu’il ne réussisse à mettre la main sur une autre bonne nouvelle. Quelle denrée rare ! Mais, à force d’efforts, il parvint à en collecter quelques autres, cachées par ci par là ! La naissance d’une portée dans la famille chat du voisin, une météo annoncée belle sur la région de Laska, une classe de l’école de Linne qui avait gagné le concours de dessin…
Le lecteur s’en saisit précieusement et les plaça dans sa boîte à bonnes nouvelles. Au fil du temps, celle-ci se remplit. Curieusement, le lecteur avait moins de difficultés à en trouver. Son entraînement portait ses fruits. Il connaissait maintenant les trucs et astuces pour les repérer.
Bientôt, sa boîte fut pleine.
-« Ben, ça alors, il va falloir que j’en commence une autre ! » s’exclama-t-il, surpris.
Il en choisit une bien grande qui assurément, lui permettrait quelques mois de stockage. Mais, à son grand étonnement, elle fut pleine en moins d’une semaine.
Car, Ô surprise, les bonnes nouvelles arrivaient par paquets entiers, de leur propre initiative, et venaient trouver naturellement leur place dans la boîte…
Le lecteur multiplia ses points d’accueil, trop heureux du succès rencontré.
Bientôt, il fut submergé de bonnes nouvelles.
-« Ca alors ! » s’étonna un collègue, « tu devrais ouvrir un journal, avec toutes ces nouvelles à communiquer ! »
Mais bien sûr ! Quelle bonne idée ! Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Il s’évertua alors à chercher des feuilles, non des blanches mais des colorées : des jaunes, des roses, des vertes, des bleues… Quelques photos lumineuses, dans une harmonie de pastels, et des écritures rondes, qu’il imprima en lettres multicolores.
Ah, la belle page ! Rien à voir avec la une de ces journaux sinistres ! Il poursuivit sa tâche et obtint un vrai journal, d’une épaisseur consistante, empli uniquement de bonnes nouvelles.
-« Pffft ! Tu n’auras aucun succès ! » lui prédit un lecteur gris.
Mais notre lecteur imprimeur s’accrocha. N’y aurait-il qu’un seul exemplaire de son journal de vendu, c’était déjà ça !
Dans ce monde de journaux gris, le quotidien joyeux dénotait. Il attira au début une attention suspicieuse de la part de certains lecteurs, peu habitués à ces couleurs de nouvelles. D’autres en furent même choqués.
Petit à petit, on s’habitua à ces teintes, et certains osèrent même s’y risquer à lire quelques lignes ! Bigre ! Tant de bonheur dérangeait ! C’était encore plus fort en émotion que les journaux gris aux images rouges…
Plusieurs acheteurs, enfin, se manifestèrent... A petite dose, puis de plus en plus souvent, et de plus en plus nombreux. Bientôt, le monde des journaux s’équilibra : des nouvelles grises d’un côté, des informations joyeuses de l’autre.
Les lecteurs semblaient plus détendus, un sourire illuminait même parfois leurs visages. Des irréductibles restaient fermés, austères, mais ils devinrent de plus en plus rares.
Le lecteur créateur du quotidien des bonnes nouvelles était aux anges. Son journal marchait fort.
Une bonne nouvelle qui faisait la une de sa vie, et qu’il publierait sans doute bientôt !