Valérie Bonenfant
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Comment intéresser un adolescent blasé, à une randonnée en montagne ?
Un challenge pas facile pour ses parents, qui, bien que désolés, sont sur le point de laisser tomber…
Qu’à cela ne tienne, la nature, elle, ne va pas abandonner, et réserver des surprises au jeune homme qui vont carrément l’enthousiasmer !
Un conte « cool »… !
Le lac Framboise était un lac de montagne. Bordé de grands arbres, il recevait la visite fréquente des animaux des bois qui venaient se désaltérer à son eau pure.
Parfois, il accueillait quelques touristes, attirés par la belle nature.
Un jour, il vit arriver une famille, deux adultes et un grand garçon. Celui-ci, visiblement, ronchonnait :
-« C’est ça, votre fichu lac… Je me suis tapé toute cette dure montée pour voir ça ! Pas de quoi décoiffer un chauve ! C’est nase comme endroit ! »
-« Voyons Victor, reconnais-le, c’est très beau ! Le lac Framboise est magnifique. Admire sa belle eau émeraude ! » dit la maman.
-« Je dirais même plus, respire-le, sens-le, vis-le… C’est magique, on est comme imprégné… » ajouta le papa, exalté.
-« Même pas une buvette où l’on puisse se déssoiffer. Ce n’est pas un lac, c’est un trou ! Même pas un flipper, même pas un ordinateur, rien, le néant… » râla le jeune, dégoûté.
-« C’est désolant… » conclut le père, dépité, « irrécupérable, je le crains… »
-« Nous aurions tant aimé partager avec toi le plaisir d’être dans la nature… » soupira la maman, résignée, « enfin, puisque tu t’ennuies, nous allons redescendre… »
Le lac Framboise décida alors d’intervenir. Il ne pouvait pas laisser ainsi l’adolescent, insensible à sa beauté.
Alors, il se para de ses plus beaux atours. Il se dépouilla des feuilles abîmées sur les arbres environnants, verdit ses abords, et fit miroiter ses eaux couleur émeraude. Ensuite, il appela à la rescousse tous ses amis de la forêt : écureuils, chevreuils, hiboux, lapins des bois, renards… Tous vinrent au bord du lac.
-« Regardez, c’est merveilleux ! » s’enthousiasma le père.
-« Qu’ils sont beaux ! » s’exclama la mère.
Victor regarda le spectacle, impassible.
-« Ben quoi, des bêtes qui venaient boire, y avait pas de quoi se faire mousser auprès des filles… ! » pensa-t-il.
-« C’est un vrai défilé ! Ils arrivent par deux, les uns derrière les autres… ! On a de la chance : on est pile tombé sur l’heure où ils viennent se désaltérer ! » se réjouit le papa.
-« Je n’ai rien vu d’aussi beau, majestueux et étonnant ! » s’émerveilla la maman.
-« Mais si, au zoo, tu vois la même chose : bon c’est payant, mais c’est moins dur à atteindre… » répondit le jeune garçon.
Décidément, ce jeune-là était difficile à intéresser. Le lac Framboise réfléchit : il n’allait quand même pas se dénaturer et déclencher une vague de surf sur ses eaux pour lui donner des sensations comme aimaient les jeunes sur l’océan.
Alors, il lui vint une idée. Il convia une autre famille de trois individus, les princes de la forêt : le cerf, la biche, et leur faon. Ceux-ci répondirent à l’appel du lac. Ce fut d’abord le couple qui se présenta :
-« Fabuleux ! » s’exclama le père, « et dire que j’ai oublié mon appareil photo ! »
-« Ils sont merveilleux… » parvint à murmurer la maman, éblouie.
Puis, le faon suivit, au pas encore incertain, sur ses grandes jambes :
-« Bambi… ! » fondit alors Victor, « oh maman, c’est géant ! »
Il resta là, saisi par la magie du moment, sans bouger. Le lac Framboise et ses amis l’avaient ensorcelé.
Quand Victor redescendit, il était transformé : son regard avait pris de l’intensité, son allure de la détermination, et son sourire avait perdu cet air narquois et suffisant. Il avait été touché par la grâce. La nature lui avait offert un magnifique cadeau qui allait marquer à jamais sa vie.
Désormais, à ses amis qui venaient le chercher le samedi pour jouer au baby-foot, il répondait :
-« Désolé, je ne suis pas disponible, je pars faire une rando à la cime de Malfassé… »
Et à ceux du dimanche qui l’appelaient pour aller au cinéma.
-« Non merci. Aujourd’hui, je monte au lac Foncé… »
Car Victor était devenu un amateur de randonnées pédestres. Aucune montée ne lui paraissait désormais trop dure pour accéder aux merveilles de la nature, qu’il aimait profondément.